Carnets de route

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Si vite !

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Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 15:52

 

 

En attP1070664endant que le repas soit prêt, j’ai vu qu’il est allé farfouiller dans mon blog. Il y avait longtemps qu’il n’avait cherché à le lire : la traduction est ligne est vraiment trop mauvaise. Ou plutôt, un peu de modestie, elle ne correspond pas à mon type d’écriture. Mes circonvolutions traduites sont imbittables. Il se lasse de jouer aux devinettes. Je suis toujours discret pendant sa lecture. Ce jour là il est resté songeur en venant à table.

 

 

-          Je sais, tu ne m’aimes plus !

 

-          Qu’est-ce que tu racontes ? Arrrrête ! Tu vas pas remettre une couche de ta jalousie ? Arrrrête !

 

-          Non, suis pas jaloux ! Toi m’aimes plus comme avant ! Je le sais.

 

-          Tu vas chercher quoi, encore ?

 

-          Je sais c’est tout !

 

-          Mais j’ai fait quoi ? Explique ?

 

-          Avant tu disais « Chérubin ». « Chérubin, ci », Chérubin ça »… Maintenant c’est seulement « lui ». « Lui, il conduit », « Lui il aime la Neige », « Lui… »

 

-          Mais ça va pas, non ? C’est justement parce  que je t’aime, que je parle de « Lui » !!

 

-          Non, tu m’aimes plus, je le sais !...  

 

 

Était-ce du beurre ou du fromage ? Il aime bien jouer avec ma candeur et ma crédulité en faisant des « smileys » farcis d’une mauvaise foi confondante. Mais là, je doutais. Et plutôt que d’avouer mon trouble je suis devenu sec et cassant :  

 

 

-          Arrête ! tu m’énerves. Tu es ridicule. Je t’aime, et tu le sais !

 

-          « Tu me tue ! Hé ! Tu me tue ! » (Il adore m’imiter. Il paraîtrait que je dis souvent cette phrase lorsque je suis à court d’arguments…)

 

-          … …

 

-          Allez ! Parle ! Dis pourquoi du dis maintenant « lui », comme ça ! (Geste méprisant par-dessus son épaule…)

 

-          Arrête ! Tu me saoule ! J’écris comme ça parce que j’ai envie, c’est tout !

 

 

Fin du repas morose. Je ne sais toujours pas si c’est du lard ou du cochon. Si j’ose, dans un pays musulman…  

 

 

… … …  

 

 

-          Viens ici ! Allez, viens ici !

 

 

Il a installé la télévision dans la chambre, et s’est allongé pour la regarder. Moi, le moral en berne, totalement inefficace je tournicote, papillonnant de l’ordinateur à une ou deux choses à ranger.

 

Il accompagne son ordre péremptoire d’une frappe explicite sur la literie à l’emplacement qu’il veut me voir occuper rapidement. « Viens ici ! »

 

Je m’en veux de n’avoir pas été capable d’expliquer simplement les choses. Je ne me fais donc pas trop prier, je le rejoins et me blottis dans ses bras comme il le souhaite, tout en essayant de bâtir dans ma tête les explications que j’aurais dû apporter le plus simplement et le plus naturellement du monde.

 

Je me tais. La télévision serine, sur Machin-Truc.FM, les mélodies orientales qu’il aime avoir en fond d’ambiance. J’ai remarqué ça dans à peu près toutes les familles marocaines qui m’ont reçu : la télé est allumée en permanence. Idem d’ailleurs dans presque toutes les boutiques de l’Avenue : les commerçants attendent le chaland un œil sur l’écran. Foot ou musique orientale.

 

 

Silence de ma part, donc. J’ai glissé ma main sous le jogging qui lui sert de pyjama en hiver (ça caille un peu, nous n’avons qu’un petit chauffage d’appoint électrique, et sur la montagne voisine il neige ! La pulpe de mes doigts s’électrise sur le velouté de sa peau. Je sens les larmes grimper violemment vers mes yeux. Il se tourne vers moi, ma main droite se retrouve naturellement sur son dos. Je joue à provoquer le frémissement de ses muscles, je descends apprécier la finesse et la sensualité de sa taille, je titille la fine toison de duvet  blottie dans sa merveilleuse chute de reins, ce qui inévitablement  m’enivre et me rend fou de désir. Ce n’est pas le moment, je remonte vers ses épaules musclées…  

 

 

-          Allez, gratte !

 

 

Je remplace la pulpe de mes doigts par le bout des ongles et je gratouille sa colonne vertébrale à la recherche d’un petit bouton hypothétique autour d’un grain de beauté prohéminent, en plein centre de son dos. Je sais ce qu’il aime. Il se pâme littéralement. Les yeux clos, il se tortille pour guider mes doigts vers les points les plus sensibles…

 

 

-          Allez ! Parle ! Dis maintenant pourquoi du dis « lui », comme ça !

 

 

Je le sais bien, il n’abandonne jamais avant d’avoir une réponse satisfaisante à la question posée…

 

 

-          Mais tout simplement parce que je t’aime mon amour. Regarde comment je l’écris en français : le plus souvent, je mets une majuscule, « Lui », comme si je parlais d’un Dieu. Tu es « mon » Dieu !

 

-          … …

 

-          … … (Tendresse. Baisers à la commissure de ses lèvres…)

 

-          Pourquoi tu as pas dit ça, juste ça, tout à l’heure ?

 

-          J’étais trop triste en te voyant fâché. Et puis je ne savais pas si tu étais sérieux. Ou si tu cherchais un prétexte pour te disputer avec moi, parce que tu ne m’aimes plus…

 

-          Arrrrête ! Je t’aime, moi !  

 

 

Tendre étreinte. Nous restons fusionnellement enlacés. J’en suis profondément troublé. Cette sérénité m’agresse : j’ai des vertiges lorsque je dois constater mon bonheur tout simple. Je voudrais figer ces instants dans l’éternité, et le sentiment que ma fin est proche m’envahit comme une évidence. Dichotomie. Déchirure. Souffrance.

 

 

-          Tu écris pas beaucoup ces jours-ci ?

 

-          Tu as vu. A part le dernier billet vaguement politique, je n’ai posté que des citations des livres que je lis, histoire que ceux qui m’aiment ne s’inquiètent pas. Mais je n’ai pas envie d’écrire pour écrire.

 

-          Mais pourquoi tu écris pas ?

 

-          Je n’ai pas envie de raconter. De raconter « nous ». De plus en plus, je ressens combien ce que je dis peut être mal compris. Même les amis qui me complimentent pour ma chance ne me semblent pas vraiment sincères.

 

-          Pourquoi ?

 

-          Mais chéri, parce que notre histoire est invraisemblable ! Je crois que personne ne peut sincèrement et naturellement admettre qu’un vieux qui va avoir 70 ans puisse être aimé par un beau garçon de la vingtaine ! Je suis certain que tous pensent qu’il y a anguille sous roche !

 

-          C’est quoi, « guillesourouche » ? C’est pas bon ?

 

-          Je veux dire qu’ils pensent qu’un garçon qui accepte des relations physiques avec un vieux a des idées derrière la tête.

 

-          Mais toi t’as pas 70 ans !

 

-          Tu parles ! Dans deux mois j’aurai 67 ans ! Je suis plus proche de 70 que de 60 !

 

-          Mais moi j’ai plus de vingt ans !

 

-          Tu parles ! 23 ! Et tu t’amuses parce que tes amis et les filles que tu dragues croient que tu es plus jeune ! Tu fais la vingtaine, pas plus !

 

-          Moi, je t’aime. Pourquoi ils disent que c’est pas vrai ?

 

-          Ils ne « disent » pas ! C’est moi qui ressens ça. De la culpabilité peut-être ? Sentiment de profiter de toi ?

 

-          Même tes enfants ils pensent ça ?

 

-          Non, je ne crois pas. Mais parce que je leur ai beaucoup parlé de toi. Et ils t’ont vu et parlé en visiophonie. Quand on voit tes yeux, on sait que tu n’as pas de mauvaises idées… Et encore ! Que doivent-ils vraiment penser au fond d’eux même ? L’amant  de leur père a l’âge d’être leur neveu, sinon leur fils…

 

 

-          Mais avant tu racontais des choses ?...

 

-          Pas pareil. Je tenais des « Carnets de Route ». Je racontais mes balades au Maroc avec toi, et notre voyage pour aller l’un vers l’autre… Maintenant, j’ai plus de mal pour aborder « notre vie » au quotidien. Quand j’essaye, j’ai l’impression d’entendre des ricanements. Oui, ce doit être ça, je culpabilise un maximum. Tu es trop beau pour moi. Et puis, ce sentiment de toute une vie gâchée, d’être passé à côté de ma vraie vie.

 

-          Tu dis toujours que tu aimais ta femme ? Et tes enfants ?

 

-          Bien sûr ! Je le ressens dans mes tripes ! Mais depuis que je te connais je ressens très fort, en dedans, que je ne l’ai pas rendue heureuse comme elle le méritait, et même mes enfants, mon égoïsme leur a probablement fait beaucoup de mal. Tu as ébranlé mon égoïsme ! C’est dingue ! Du coup, je m’interroge sur le rôle de cet égoïsme dans notre relation, à nous. Tu me dis que tu m’aimes. Mais, tu m’aimes, ou je profite de toi ? Qu’est-ce qu’il y a vraiment dans ta tête ? Tu sais bien que ça ne peut pas durer.

 

-          Pourquoi tu dis ça ?

 

-          Je suis vieux. Je mourrai bientôt.    Toi, tu as toute la vie devant toi… Ah, si nous nous étions connus lorsque j’avais 30 ans !

 

-          (Rire…) Je t’aurais pas dragué ! Je t’aurais même pas regardé ! C’est maintenant que tu es beau ! J’aime pas tes photos d’avant !

 

-          Arrête ! T’écoutes pas ce que je dis ! Tu ne peux pas vivre comme si nous, c’était pour l’éternité !

 

-          « Les ternités » ? C’est quoi, ça ?

 

-          Pour toujours, je veux dire !

 

-          Ben, je sais. Mais justement, je profite maintenant.

 

-          Voilà. C’est ce que les gens doivent penser ! Tu profites. Et ils pensent intérêts matériels ! Flouze, confort…

 

-          C’est pas vrai ! Moi, je veux pas de flouze ! Je veux travailler ! Un bon travail, pour gagner du flouze et pouvoir vivre bien. Avoir une belle maison. Aider le Papa et la Maman. Et les frères aussi.

 

-          Tu y arriveras ! Mais il faut prendre ton temps ! Upchouilla ! Tranquille ! Profite que je suis là pour trouver la bonne idée. Pour trouver le bon commerce. Pour mettre de l’argent de côté pour pouvoir acheter un véhicule. Quand je ne serai plus là, « on verra »…

 

-          Mais je vais trouver ! J’aurai du flouze ! Et alors je t’en donnerai aussi à toi ! Beaucoup !  

 

 

 

 

La suite de la soirée n’est pas racontable dans le blog.

 

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    Pendant un an, j'ai tenu régulièrement ce blog, alors que j'accompagnais ma femme dans un combat perdu d'avance contre le crabe...

     

Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
 
       
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  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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