Enfance d'un Homo

Mardi 29 janvier 2008 2 29 /01 /Jan /2008 02:00

Mon coup de gueule d’hier m’a finalement fait du bien. J’ai un peu plus bougé aujourd’hui.

Quelle idée m’a pris de fouiller la table de nuit de Monique ? Je n’y avais pas encore touché. Et là, j’ai trouvé, soigneusement rangée dans le fond, ma correspondance reçue pendant ma détention. Pourquoi était-elle là, à portée de sa main ? L’a-t-elle relue pendant ces derniers mois ? Pour ma part, j’aurais bien été incapable de dire où ces lettres étaient rangées. Si je les avais seulement gardées... J’y faisais allusion dans ce billet sur mon père.

Rangées par ordre chronologique, je suis très vite tombé sur les missives en question échangées avec mon paternel... Y compris le double de ma propre lettre. Je les ai relues. Gros serrement au cœur. J’avais, ancré au plus profond de moi, le souvenir d’une réponse sèche, sévère, mordante. Je ne retrouve que le courrier d’un homme abattu, désespéré, torturé, qui n’a rien compris, qui ne comprend rien...

Que n’ai-je relu ces lettres plus tôt, de son vivant ? ...

J’ai choisi de vous laisser juge. L’incommunicabilité des " coming-out " est toute là, je trouve.

 

Fleury, le 10 octobre 1978

 

Papa,

 

Je te demande de rester calme, de lire cette lettre jusqu’au bout avant de réagir. Je sais qu’elle va te faire très mal, et je ne m’y résous que parce que les circonstances ne me permettent pas de faire autrement, et qu’il ne m’est pas possible de laisser seule Monique face à toi. Même si elle te racontait des histoires au téléphone, tu ne tarderais pas à trouver mon absence étrange, et peut-être t’inquièterais-tu inutilement sur ma santé, ou sur autre chose. Non, je ne suis pas malade, non, je n’ai pas quitté Monique.

Depuis le vendredi 6 octobre, je suis incarcéré à la prison de Fleury Mérogis. Non, je n’ai pas commis de crime, ni aucun autre acte crapuleux. Ce qui m’a conduit ici est la même raison qui, il y a treize ans avait motivé ma tentative de suicide. Oui, Papa, tu as bien compris, je suis poursuivi pour avoir joué à touche-pipi avec des jeunes et pour incitation de mineurs à la débauche. C’est quelque chose qu’ " on " ne pardonne pas à un éducateur du Ministère de la Justice.

Sensibilisé par tes réactions épidermiques contre des Charles Trenet et autres Mourousi, je sais que tu ne me pardonneras pas davantage. D’autant qu’à tes yeux se rajoute un autre crime, peut-être le plus grand, celui de faire souffrir Monique et les enfants.

Je ne chercherai pas à me justifier, je n’en ai pas envie. Je n’ai pas honte, Papa, d’être ce que je n’ai pas choisi d’être. Je ne te demande que d’être convaincu, quoi que l’on dise, que jamais, tu m’entends, jamais, je n’ai abusé d’un jeune, jamais je n’ai fait fi de ce profond respect de la personne humaine qui a guidé toute ma vie. Jamais je n’ai profité de ma profession pour séduire un adolescent qui m’était confié. Tu sais bien que je porte trop haut l’opinion que j’avais de la fonction éducative pour seulement l’imaginer. Tout cela, Papa, je te demande de le croire. Le reste n’est que l’affaire de moi-même face à ma conscience. Ça ne regarde que moi seul, avec Monique.

 

Comme j’aurais voulu n’avoir jamais à te parler de tout ceci ! Je te sentais tellement heureux depuis mon mariage. Je te sentais tellement rassuré à chaque naissance de mes enfants. Nous n’avons jamais reparlé, ni fait allusion à quoi que ce soit, depuis le drame de Tarbes.

Pourquoi t’aurais-je confié nos difficultés de tous les jours à Monique et moi pour construire NOTRE vie ? J’ai eu une immense chance, que m’envieraient tous ceux qui, comme moi, ont tiré le mauvais jeton ; j’ai rencontré une femme merveilleuse qui m’aime, qui m’aime pour moi, tel que je suis.

Quels que soient tes sentiments à mon égard, je te supplie d’être bon pour elle. Elle et les enfants ont été, restent ma seule raison de vivre et d’espérer. Le sort lui fait traverser une crise effroyable. Continue à l’aimer comme ta fille. Elle le mérite plus qu’aucune autre.

 

Dans mon malheur, j’ai tout de suite pensé à Maman. Je suis heureux qu’elle soit partie en emportant l’image de mon bonheur. Elle connaissait mes souffrances, mais avait été tellement heureuse en connaissant Monique. Si tu le veux bien, dépose pour moi quelques fleurs sur sa tombe. Peut-être ne pourrai-je jamais venir m’y recueillir. JC était venu à la maison le dimanche précédent mon arrestation. Il a dû te dire ce que nous pensions par rapport au monument. Pour S. et lui, fais ce que tu juges bon de faire. De toute façon je ne pense pas leur imposer de nouveau ma présence, même si j’en avais l’occasion. S. a le cœur de Maman. Je sais qu’elle comprendrait. JC ne m’a jamais aimé. Il ne sera sans doute pas étonné de ce qu’il avait toujours soupçonné. Quant au reste de la famille... Je ne reviendrai pas à B... .

 

Je m’étais toujours retenu de crier au monde son injustice par pudeur pour notre famille. La loi dans son aveuglement m’a enlevé toute raison de retenue. Je ne renierai pas ce qui a été ma vie. Avec mes faibles moyens, je dirai que chacun a le droit de vivre la sienne. Non, je ne me tairai pas. Si, par quelque hasard, certaines de mes paroles venaient à tes oreilles et te choquaient, te faisaient mal, ne m’en veux pas. N’est-ce pas toi qui m’a inculqué cet esprit de lutte pour la justice, ce militantisme combattant pour les causes que l’on croit justes ?

... ...

Voila Papa. Je ne te dirai jamais assez combien je souffre d’avoir dû te parler de cela. Je t’en supplie fais face. S’il t’arrivait quelque chose maintenant, je ne me le pardonnerais pas.

 

Ton fils, qui t’a toujours aimé, et profondément respecté,

Boby.

 

Et je recevais la réponse ci-dessous, de nombreux et longs jours après... (Tout mon courrier, entré et sorti, passait par le bureau du juge d’instruction, comme celui d’un dangereux malfrat...)

 

 

B...., le 26 octobre 78

 

Mon cher Boby

 

Je n’ai pas besoin de te dire que ta lettre a été un coup de massue. Depuis trois jours que je l’ai reçue, je l’ai lue dix fois. Je n’ai toujours pas compris grand chose. Je vais sans doute te paraître borné, mais je suis d’une autre génération. Pour moi, l’homme ET la femme. On peut se tromper de femme, mais pas de sexe.

Tu me parles de cette histoire de Tarbes. Mais pour moi c’était fini, et je n’avais pris cela que pour des gamineries. Je suis toujours allé dans la vie avec des œillères, droit devant moi..

Oui, ton mariage m’avait complètement rassuré ! Mais Boby, si ton penchant (que je n’arrive toujours pas à comprendre) est aussi fort que tu le dis. Pourquoi avoir mis une femme dans la peine et les difficultés ? Pourquoi avoir trois enfants ? Et cet été tu disais que si tu en avais les moyens vous en auriez un autre. Je t’ai jugé inconscient, mais là se sont arrêtées mes déductions. Je ne comprends pas. Je ne te condamne pas. Je ne t’accuse pas. Je ne comprends pas. Tu me parles des Trenet, Mourousi et autres Chazaud. Ils avaient mon mépris, mais eux, ils sont restés célibataires.

Dans mon esprit bien troublé, une idée : Monique et les enfants. Que vont-ils devenir ? Monique tiendra-t-elle le coup ? Si je comprends ta lettre tu penses être là pour longtemps. Je me rappelle que Trenet, malgré tous les pistons, en avait pris pour deux ans.

Tu me demandes de ne pas rejeter Monique. Mais pourquoi ? Elle n’est pas responsable, et elle a le mauvais rôle.

Tu me fais une grande tirade pour me dire que tout le monde a le droit de vivre sa vie. Sa vie, oui, bien sûr. Mais pas disposer de celle des autres. Aussi tu peux dire à Monique qu’elle est ici chez elle, qu’elle peut me demander tout ce qui est dans mes moyens. Je ne peux pas grand chose malheureusement. Je la recevrai toujours comme ma fille.

Quant à S. que j’ai eu au téléphone hier au soir, je n’ai rien dit. Je verrai plus tard. JC vient pour Toussaint. Je pense que je ne dirai rien pour le moment, je veux comprendre un peu mieux la situation. Tu dois me trouver bien borné, aussi éclaire un peu ma lanterne en appelant un chat un chat.

Tu portes des jugements sur l’affection de ton frère et de ta sœur, mais es-tu sûr que tu avais toujours raison ?

Boby, ma lettre doit être bien décousue, mais je n’arrive pas à avoir de l’ordre dans mes idées.

Ta lettre a mis six jours pour arriver. Si celle-ci met aussi longtemps, tu dois penser que je t’ai abandonné.

Je te laisse, Boby. Je t’embrasse très affectueusement et reste ton père très affectueux.

Papa.

 

Nous n’en avons jamais plus reparlé. Jamais. Tous les ans nous passions un mois à B.... auprès de lui. Mais nous ne sommes jamais revenus sur la question...

J’ai dit que je vous laissais juge. Je précise quand même que les " gamineries " ont été faites par un jeune homme de vingt ans qui a essayé, au travers de ce suicide, de faire son coming-out...

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Mercredi 5 décembre 2007 3 05 /12 /Déc /2007 16:03

(Début...)

Papa012.jpg
Je pourrais dire que mes parents avaient une éducation libérale, en avance sur leur temps. Les enfants étaient considérés comme des personnes responsables, ils leur faisaient confiance, ils respectaient, le plus souvent, leurs choix. Image presque trop idyllique...


Ce n'est toujours pas moi qu'ils regardent ainsi...
Mais mon premier neveu... Je dois avoir 16 ou 17 ans,
et je prends la photo...


C’est vrai. Mon frère avait quatorze ans quand il a décidé de s’engager dans la marine et qu’il a rejoint l’Ecole des Mousses de Brest. Je n’ai jamais entendu mes parents émettre la moindre réserve ou le moindre regret. Je n’avais que quatre ans quand il est parti. Je ne peux avoir de souvenirs. Mais plus tard, lorsqu’il sillonnait le monde avec le bateau école et ensuite sur les différents bâtiments sur lesquels il a servi, malgré les longs mois de silence, je n’ai jamais perçu la moindre amertume ou entendu la moindre réflexion de la part de mes parents. Lorsqu’il venait en permission, environ tous les deux ans, c’était la fête. Simplement.

Juste, un jour, alors que nous bavassions comme d’habitude, ma mère émit la supposition que mon frère avait choisi de s’engager lorsqu’il avait vu le commerce péricliter. Pour ne plus être une charge pour eux. Simple constatation. Sans jugement. Sans culpabilité. C’était une éventualité. C’est tout.

C’est vrai. Ma sœur est partie en internat dès la 6°, donc vers onze ans, et je n’ai pas davantage entendu mes parents se plaindre de son absence. Après notre départ de Gironde, elle était restée dans son lycée d’origine, donc assez loin de notre nouveau domicile. Ils avaient fait appel à des amis pour lui servir de correspondants, et pour l’accueillir aux petites vacances. Pendant les grandes, elle n’apparaissait que pour repartir aussitôt en colonie de vacances. D’abord comme colon, ensuite comme aide monitrice, puis comme monitrice en titre. Elle faisait ce qu’elle voulait faire. Point. Elle se préparait à son futur métier d'institutrice. Pas de contestation, pas de reproches. C’était la vie.

C’est vrai. Je n’ai jamais connu ces interrogatoires et ces suspicions que mes camarades de classe avaient à subir si fréquemment. Je n’avais pas à mentir, puisqu’on ne me demandait pas de rendre des comptes sur mes activités extérieures. Bon, je savais les choses qu’il valait mieux cacher. D’instinct. Je ne me suis jamais vanté d’avoir commencé à fumer dès l’âge de huit ans. Je planquais les cigarettes et les allumettes dans un local à poubelles avant de rentrer... Je ne me suis pas davantage vanté de mes séances de touche pipi... Mais, pas de fausse innocence, ils ne devaient pas être dupes. Je dois le reconnaître, je me sentais très libre. Dans la mesure bien sûr, où l’image de la famille n’était pas remise en cause. Les clashes et incidents que je relatais précédemment avaient, j’en suis sûr, toujours un lien avec des racontars qui étaient remontés jusqu’à mon père.

C’est vrai. Lorsque à quinze ans je suis devenu interne, mes parents m’ont laissé encore plus d’indépendance. Je n’étais pas tenu comme d’autres à écrire régulièrement. Nos silences réciproques pouvaient durer des semaines... Lorsque j'ai été seul à Paris, ces silences duraient parfois des mois... Il m’est arrivé de débarquer à la maison sans prévenir, après plusieurs mois sans avoir donné de nouvelles (nous n’avions pas de téléphone, les portables n’existaient pas !). Ma mère rajoutait un couvert. Mon lit était toujours fait. Pas d'acrimonie. Pas de commentaire.

 

C’est vrai... Mais l’espace est tellement ténu entre le respect de l’individualisme et l’indifférence...

 

Bon, il y a des traditions familiales. Des pratiques non verbalisées, mais fortes et comme une évidence...

Je devais avoir treize ans. Je n’avais pas vu ma Marraine depuis près de deux ans. J’avais rencontré un transporteur "du pays", qui livrait des fruits et légumes au commerce du coin. Je lui avais parlé. J’ai demandé à mon père de partir avec ce camionneur qui m’amènerait jusqu’à Moissac. Mon père est allé le voir et a donné son accord. Je suis parti, avec dans la poche le nom et l’adresse d’une cousine de Papa qui habitait cette ville. C’est tout.

Nous avons eu des petits soucis sur la route, et nous ne sommes arrivés à destination que tard le soir, vers neuf heures. Il faisait quasiment nuit. J’ai réussi à trouver l’adresse, j’ai frappé, je n’ai pas été entendu, j’ai alors frappé à des volets qui laissaient filtrer de la lumière. Ils se sont ouverts...

  • - " Rhôôô... C’est pas vrai... Ça, c’est un fils F... Mais entre, entre ! ... "
  •  

Et la porte s’est ouverte...

  • - " Rhôôô... Tu es Boby, c’est ça ?... Rhôôô ! Ce que tu ressembles à ton père ! (Rires...) En un peu plus grand, quand même !... 
  • - ...
  • - Mais... Entre, entre donc ! Et je suis sûre que tu n’as pas mangé ! Mais viens donc ! ... Et d’où tu viens comme ça ?... "
  •  

Voilà. J’avançais, tout intimidé dans cette famille que je ne connaissais pas... J’étais un fils F... . J’étais accueilli, sans commentaire, sans réflexion, sans étonnement. Ils n’avaient pas de nouvelles de mon père depuis plusieurs années... J’allais leur en donner...

 

C’est ça, la famille F... ! Le lendemain, le mari m’a conduit chez un autre cousin qui habitait à une vingtaine de kilomètres... Qui m’a également accueilli à bras ouverts. Il a voulu me garder au moins une nuit à coucher, et a appelé ma Marraine (il avait le téléphone, lui...) pour qu’elle vienne me chercher le lendemain.

Je n’ai pu prévenir mes parents que j’étais bien arrivé que trois jours après mon départ... Ils n’avaient pas lancé d’avis de recherche !

C’est vrai... Mais l’espace est tellement ténu entre le respect de l’individualisme et l’indifférence...

Papa013.jpg
Toujours pas à moi qu'ils sourient... Mais à mon beau-père
qui prend la photo, en visite l'année de mon mariage...

 

Tellement ténu que parfois j’ai douté... Douté... ? Non, bien plutôt pensé que mes parents se fichaient éperdument de ce que je vivais ou de ce qu’il pouvait m’arriver... Indifférence. Inexistence. Dénie. J’ai toujours été farouchement attaché à mon indépendance. Et je souffrais de l’absence de regard sur mon vécu. Contradictions, qui nous étouffent...

Dans ce texte écrit il y a plus de trente ans, j’ai raconté nos maigres échanges après ma tentative de suicide, l’année de terminale. Combien ai-je cogité sur les courtes phrases qu’il avait prononcées ! Son interrogation sur ce que j’avais pu penser pour " faire ça à ta mère "... C’est donc que pour lui ma vie ou ma mort n’avait aucune importance. Seule ma mère aurait été affectée... Son questionnement sur mon rôle, actif ou passif, dans la relation homosexuelle. C’est donc que seules les apparences comptaient pour lui. Si j’étais un " pointeur ", il y avait moindre mal... Lorsque l’on a envie de se torturer, il est facile de voir les choses négativement...

Après cet " incident " et mon changement d’établissement, interne à Bayonne, je me trouvais rapproché de ma famille. Tous les dimanches je quittais l’internat pour aller chez mon frère, qui m’avait inscrit d’office dans le club de rugby où il avait des responsabilités. Le samedi, entraînement. Le dimanche, match, avec les juniors ou avec l’équipe réserve. Je n’étais jamais laissé à moi-même... Ce que j’en ai voulu à mon père de s’être, ainsi, débarrassé de moi... Plus de problème : il avait refilé le bébé à son fils aîné... Il a fallu que je sois adulte pour, soudainement, prendre conscience que mes parents avaient choisi cette solution dans mon intérêt. Parce qu’ils se sentaient dépassés par ce grand adolescent, ou ce jeune adulte, comme on veut, qu’ils ne comprenaient pas. Ce n’est qu’après l’entretien avec mon frère (dont je parle dans un billet précédent) que j’ai réalisé que ce dernier était au courant de tout depuis le début, et qu’il " travaillait " en parfaite coordination avec Papa... J’avais alors près de cinquante ans... C’est dire combien les œillères furent tenaces...

 

Attention... Je ne veux pas dire là que j’étais absolument obtus et borné... Ce que je vivais au quotidien devait quand même me conforter quelque peu dans ce sentiment d’indifférence à mon égard. Quand j’ai annoncé quelques mois plus tard mon départ pour Paris, ils n’ont fait montre que d’une impassibilité à toute épreuve. Aucun conseil, aucune mise en garde. Tout au plus l’adresse de cousins qui tenaient un hôtel à Paris, comme point de chute possible. Pas d’émotion visible dans la séparation. " Salut mon fils, à la prochaine ". En quelque sorte.

Lorsque j’ai présenté Monique, pas davantage d’émotion. Accueil à bras ouverts, certes. Affection vis à vis d’elle sans réserve, qui s'est prolongée jusqu'au dernier jour. En somme, elle avait instantanément pris la place que je n’avais jamais eue.

Lorsque j’ai été incarcéré, il fut sans pitié. Je n’étais pas pardonnable. " On a le droit de se tromper de femme, pas de sexe... ", " Je pensais que tu étais guéri. Si ce n’était pas le cas, tu n’avais pas le droit d’entraîner une femme et des enfants dans tes aventures... " Je ne sais pas si j’ai gardé cette lettre. Je ne l’ai jamais recherchée. Mais ses mots sont gravés à jamais dans mon âme.

Lorsque Monique l’a eu au téléphone, il s’est mis à disposition pour elle, si elle avait besoin. Quant à moi, " Je crois que nous nous sommes tout dit... ". Fermez le ban...

Il n’a pas téléphoné une seule fois pendant mon séjour à Fleury. Ni les deux années qui ont suivi, où je refusais de descendre au pays. Lorsque nous y sommes retournés, " à cause des enfants ", pas un mot. Pas une allusion. Comme si j’étais absent depuis la veille. C’est un oncle, par alliance, celui dont je craignais le plus la sévérité dans mon enfance, qui m’a serré dans ses bras, m’a longuement embrassé en me disant qu’ils " savaient ", et que ça ne changeait rien pour eux, qu’ils m’aimaient toujours... Je n’ai pas pu répondre. Je pleurais, c’est tout.

 

Pendant les années qui ont suivi, nous sommes descendus régulièrement. Encore pour les enfants. Pour lui aussi, bien sûr, et pour toute la famille. Mes enfants l’adoraient. Mais il ne lui serait pas venu à l’idée de proposer à Fred, le plus grand, de l’accompagner au jardin... Il fallait que ce soit nous qui lui disions que le gamin serait heureux de passer ce moment avec lui. Alors il l’emmenait, sans problème. Mais il n’en aurait pas eu l’idée seul... C’est au travers de mes enfants, de l’affection que visiblement il leur portait sans être capable de l’exprimer, que j’ai commencé à le comprendre...

Un ours mal léché, qui, va savoir pourquoi, avait mis ses sentiments sous boisseau...

Et dire que ma femme ne cesse d’affirmer que je lui ressemble de plus en plus...

 

(Fin provisoire)

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Bonjour...

    Pendant un an, j'ai tenu régulièrement ce blog, alors que j'accompagnais ma femme dans un combat perdu d'avance contre le crabe...

     

Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
 
       
 En tête de colonne, vous trouverez le sommaire des archives.

 

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Qui je suis

  • Boby
  • Les petites histoires de Boby
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  • 29/04/1945
  • Provence Région Parisienne ARLES Gascon Fès au Maroc
  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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