« Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ». C’est bien la seule phrase que mon inculture notoire me laissait connaître de l’obscur et mystique poète Pierre Reverdy. Va savoir pourquoi ?
Dans ma recherche obsédante du vrai sens du mot « Amour », cette maxime m’a toujours interpellé. Mais avec Zig, elle m’est douloureuse. Il m’est inacceptable que les dites preuves puissent se résumer à des preuves matérielles. Matérielles et financières, s’entend. Comment pourrais-je éviter qu’entre un retraité modeste, mais sans véritable soucis de train de vie et un jeune en galère, plus ou moins marginalisé, plutôt moins que plus motivé par la recherche d’un emploi inévitablement précaire et peu valorisant, jusqu’à présent plutôt moins que peu gâté par la vie, ne s’immisce les questions pécuniaires ? En feignant de les ignorer, en s’attachant à toujours aller au-delà. Au-delà. La quête de la vraie vérité. Sans sombrer dans le « toujours plus ».
Oui. Oui. Oui. C’est dans le reste que j’ai puisé mes plus grands moments d’ivresse. Le reste. Ce que les autres ne voient pas, ne regardent pas. Les gestes de tendresse, les confidences confiantes. Les moments de complicité intense. Ces moments où nous semblions oublier, tous les deux, que j’étais un sexagénaire obèse, peu avenant et installé dans la vie, et lui un éphèbe trop beau pour être honnête à la demande énorme. Nous en avons eu de ces moments intenses et généreux ! De ces moments qui, après, me faisaient pleurer. De bonheur.
Des histoires de pognon ? Même pas. Zig ne s’est pour ainsi dire jamais positionné en demande, si ce n’est sur des aspects mineurs et secondaires. Non, je crois que généralement ces jeunes n’ont pas ce problème. Pas sous cette forme. Pour eux, l’argent n’a pas vraiment d’intérêt. C’est pratique d’en avoir, sans plus. Quand il n’y en a pas, ils s’en passent. Ils peuvent vivre des semaines sans un sous, comme, suite à quelque « bon coup », disposer d’une somme conséquente qu’ils engloutissent en un claquement de doigt. Ils portent sans complexe un blouson à trois cents €uros, avec vingt centimes en poche. S’ils doivent manger des patates pendant un mois, ils se contentent de patates. Sans geindre ni pleurnicher. En revanche, hors le plaisir immédiat, rien n’a vraiment de valeur à leurs yeux. Zig n’arrive pas à comprendre la « gravité » du dernier accident. Près de six mille €uros de réparation ? « Et alors ? Tu ne vas pas pouvoir manger de viande en fin de mois ? » Ben… L’assurance… Cette société basée sur l’assistanat ne les aide pas à comprendre.
Et ces réflexions ne sont même pas en lien avec l’existence ou non d’un revenu régulier. Je constate les mêmes attitudes et comportements chez des copains de Zig qui travaillent, ont salaire et logement. S’y rajoute « Ce qui est à moi est à toi », souvent troublant pour notre culture d’occidentaux normés et formatés. C’est ainsi que Zig a survécu pendant ses années de galère. C’est ainsi qu’il trouve naturel de refiler à un pote le blouson que je lui ai offert peu avant…
Et je dois l’avouer : il me plait de voir remises en cause ces valeurs capitalistes.
N’allez pas supposer que je ripe et suis bien loin de ce que laissait envisager mon titre racoleur ! Non. Je suis toujours sur la même idée : c’est quoi, aimer ? Zig ne me voit-il que comme un portefeuille bien rempli ? Me plait-il de me laisser sucer le sang ?
En cause, deux-trois phrases que j’ai prises en pleine poire lors de récentes réunions familiale et amicales.
- « Je m’interroge : jusqu’où va-t-il te mener par le bout du nez ? »
- « Comprends bien ! On dit ça parce que l’on t’aime et que l’on s’inquiète pour toi ! »
Dis, Papy, ça veut dire quoi, « aimer » ?
Il n’y a pas que le cul, ma bonne dame ! Il y a aussi l’amour filial, l’amour familial ! L’amour-amitié !
Je semble dire là des choses équivoques et injustes. Ce ne sont pas mes enfants qui se sont permis le moindre reproche. Je l’ai dit dans un billet il y a pas mal de temps déjà : tous les trois ont accueilli Zig généreusement, et je dirais fraternellement. Normal : il est foncièrement « aimable » ! Non. Les personnes qui s’interrogent sont des gens, amis et famille, qui ne l’ont jamais rencontré. La question n’est d’ailleurs pas là : a-t-on le droit, au nom de l’amour (un peu, beaucoup, passionnément…) qu’on lui porte, de s’interroger sur ce qui est bon pour telle ou telle personne ? La question s’est posée pour mes enfants aussi, je le sais bien ! Avant de connaître l’objet de ma passion brutale, ils se sont demandé dans quel merdier j’étais en train de m’embringuer ! Bien entendu ! Beaucoup diront que c’est normal. Moi, je dis non.
Si on aime vraiment quelqu’un, on ne doit pas s’interroger sur les risques qu’il court, mais s’il semble être vraiment heureux de ce qu’il vit. S’il est heureux, qu’importe le reste !
Il m’a été reproché d’avoir pris des risques inconsidérés lors de mes aventures au Maroc. Putain de tout sécuritaire !
Il m’a été conseillé de faire attention, de ne pas me laisser bouffer. Mais Nom de Dieu, je m’en fous de me faire bouffer ou non ! Je ne suis pas un gamin. Je vis ! Et ce qui devrait compter aux yeux de ceux qui disent m’aimer, c’est justement, que j’ai pu retrouver des raisons de vivre. Simplement.
Si aujourd’hui je prends mes distances avec Zig, ce n’est pas pour le mal qu’il a fait à ma voiture ou à mon patrimoine ! C’est parce que je me demande si, au final, notre relation ne lui fait pas plus de mal que de bien. C’est une question de principe de réalité. Quand on tire trop sur un cordage, quelle que soit sa grosseur, il finit par casser. « La machine est cassée. » Il ne peut pas vraiment devenir adulte sans la prise en compte de cette réalité. Et je souhaite son bonheur d’homme. Par-dessus tout.
Peut-être ai-je aussi surestimé mes forces : mon désir me submerge et me fait peur. Or je ne veux rien obtenir de lui qu’il ne me donne spontanément. « A la folie » n’était pas loin. Je l’éloigne.
L'amour est un feu qui vivifie et non une flamme qui dévore. J.-P. Stahl
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Fin Novembre 2010 je rencontrais mon Chérubin.
Aujourd'hui il approche de ses 25 ans, et j'ai moi-même dépassé les 68 bougies.
Depuis plus de deux ans et demi, je vis la relation à laquelle je n'ai jamais réussi à croire.
Et alors ?
Je ne fanfaronne pas. Je ne m’affiche pas : moins d’une quinzaine de lecteurs aborde ces pages, la très grande majorité ne dépassant pas l’affichage issu d’une requête vaseuse dans un quelconque moteur de recherche.
Les rares lecteurs réguliers attendent probablement la fin de l’histoire. Avec plus ou moins de sadisme, plus ou moins de curiosité.
C’est curieux. Je ne veux plus penser à ceux qui me lisent, d’où l’épuration en cours de la mise en page, et en même temps je suis incapable de fermer le blog. Encore moins de tout détruire. Fétichisme ?