Ce n’est pas évident, à soixante sept ans, de constater que jusque là on n’a jamais vraiment aimé. Cette phrase est horrible ! Je devrais être moins sévère avec moi : disons, « d’être mis en face du fait que l’on n’est jamais satisfait des sentiments, pourtant sublimes, que l’on croit éprouver ».
Pendant des années j’ai été bouffi d’orgueil en parvenant à me convaincre que Monique et moi vivions une idylle d’exception, que le commun des mortels ne pouvait même pas appréhender, avec son petit cœur racorni... Or, je n’étais que supporté jusqu’à l’abnégation par une femme volontaire qui avait décidé une fois pour toutes que, quoi qu’il arrive, elle ne ferait jamais machine arrière.
Et si, au détour d’un chemin, elle avait rencontré le véritable amour ? Quelle question… Je sais bien qu’elle se serait sacrifiée.
Et si moi, j’avais brutalement pris conscience de l’égoïsme immonde qui me faisait profiter le la situation ? Quelle question… La satisfaction de mes petites perversions avant de rentrer dans le cocon d’un amour chaleureux était tellement confortable ! Et sécurisant.
Je me suis laissé aimer. Je l’ai déjà dit. Pourquoi le redire ?
Voici plus de seize mois que je clame sur tous les tons que j’ai enfin compris ce qu’est l’amour.
Que je joue –Est-ce que je joue ?-, l’amoureux absolument sincère (d’autant plus sincère que l’invraisemblance de cet amour l’obsède !), qui se donne totalement à un but unique : le bonheur sans nuance de l’être aimé.
Et si je n’avais, encore une fois, rien compris du tout ? Ou rien voulu comprendre ? Ou si je m’avérais incapable de percer la carapace de la vraie réalité ?
Des échanges un peu difficiles entre nous. Une histoire d’impatience. L’acquisition d’une trop vieille voiture, trop déglinguée, trop peu fiable. Les économies que je m’acharne à lui faire constituer dilapidée sur un coup de dé. Je gronde un peu. Pour son bien n’est-ce pas ? Mes boyaux se tordent quand je sèche ses larmes.
-
Je
fais quoi moi ? J’attends ? Je suis seul au monde. Toujours tout seul !
- Ne dis pas ça ! Tu n’as pas le droit de dire ça ! Tu as plus de chances que beaucoup de jeunes marocains de ton âge ! Une maman qui t’adore, un père tranquille et qui vous fiche une paix royale, des frères qui t’admirent et t’aiment…
- Tais-toi, tu sais rien ! Ils sont tous gentils avec moi, mais ils demandent toujours, et ne donnent jamais ! Le Papé, il dit, il dit, mais quand je lui demande de l’argent, il n’a pas ! Il avait dit « passe le permis et je te paye la voiture ! » J’ai le permis, et il veut plus m’aider pour la voiture. Les frères, ils demandent toujours que je leur prête de l’argent, un bracelet, une montre… Mais eux, jamais ils donnent rien !
- Arrête ! Et moi alors ?
- Toi aussi ! Tu me dis toujours « Attends ! », « Attends que je revienne de France », « attends le Ramadan », « attends encore un peu »… Et je fais quoi, moi ? J’attends d’être trop vieux ? Je veux travailler ! En travaillant comme couturier, je gagne quoi ? Je cache quoi comme argent ? (cache = économise) Je veux commencer maintenant, essayer quelque chose, si ça marche pas, essayer autre chose, essayer encore, je veux réussir !
Il vient de regarder un match de foot.
- C’est comme le match, là… Toi tu joues le temps additionnel des arrêts de jeu et tu sais déjà que tu as gagné. Alors tu joues, tu fais du beau jeu, tu te fais plaisir… Moi, je joue le début de la première mi-temps, et je ne sais pas si je vais gagner ou être battu dix à zéro ! Alors je fonce, j’essaye des tactiques, je provoque l’adversaire. Je veux vite voir si je peux gagner… Et je veux qu’on me dise que je suis le meilleur…
Aimer ? Pas si facile !
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Fin Novembre 2010 je rencontrais mon Chérubin.
Aujourd'hui il approche de ses 25 ans, et j'ai moi-même dépassé les 68 bougies.
Depuis plus de deux ans et demi, je vis la relation à laquelle je n'ai jamais réussi à croire.
Et alors ?
Je ne fanfaronne pas. Je ne m’affiche pas : moins d’une quinzaine de lecteurs aborde ces pages, la très grande majorité ne dépassant pas l’affichage issu d’une requête vaseuse dans un quelconque moteur de recherche.
Les rares lecteurs réguliers attendent probablement la fin de l’histoire. Avec plus ou moins de sadisme, plus ou moins de curiosité.
C’est curieux. Je ne veux plus penser à ceux qui me lisent, d’où l’épuration en cours de la mise en page, et en même temps je suis incapable de fermer le blog. Encore moins de tout détruire. Fétichisme ?