Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 09:08

 

« La perfection ne supporte pas l’absence de la moindre aspérité »…

J’étais plutôt content de moi, après avoir trouvé ce titre. Je ne parlais pas de mon Adonis : heureusement il n’est pas parfait, puisqu’il est prodigieusement humain. Mais je pensais à notre relation, qui, à force d’aller au-delà de mes espérances les plus folles, finissait par sembler d’une perfection douteuse… Jusqu’à notre première dispute, ou pour être plus juste, jusqu’à ma première vraie grosse colère. Inutile et vaine, comme il se doit. Il m’a regardé avec ses magnifiques yeux agrandis par l’étonnement : « Toi, très vite énervé ! Au Maroc, non ! Toujours comme ça : (et sa main fine et élégante simulait de glisser sur une surface parfaite plane) ».

Il avait raison, le bougre ! Et intérieurement je me liquéfiais, même si mon orgueil de : vieux, français, con, prétentieux, autoritaire, (mettre les qualificatifs dans l’ordre qui vous semble le plus juste), a fait que je me suis muré dans une posture arrogante. Jusqu’à ce qu’il me prenne dans ses bras et m’entraîne dans la chambre. Il a des arguments auxquels je ne peux résister. Après l’amour, j’ai pleuré comme une Madeleine sur son épaule en lui demandant pardon. Toute honte bue.

L’objet du litige ? Il faisait la fine bouche sur un plat que j’avais amoureusement concocté. Il est difficile comme pas possible. Pire qu’un marocain ! C’est dire ! J’avais donc construit dans ma tête un billet où je m’ordonnais d’être raisonnable et tolérant. D’où ce titre. Mais le drôle a eu d’autres arguments, et a fait preuve d’estimables efforts pour faire par la suite honneur à ma cuisine. Le billet devenait ridicule. A la poubelle. La perfection est parfaite.

« Mystère ou secrets honteux ? »

Ce titre là aussi, m’obsédait depuis plusieurs semaines. Dans le secret hermétique où  il enfermait notre relation, je fantasmais sur mille éventualités. Sa difficulté à assumer son homosexualité, en premier lieu, bien entendu ; La possibilité, malgré les centaines de preuves contraires, qu’il me jouait une comédie machiavélique ; L’éventualité que sa famille ne soit pas « montrable », qu’il en ait honte, le soin porté à l’entretien de son linge l’infirmait ; Ou alors que sa famille soit très rigoriste et ne supporterait pas une relation, même amicale, avec un étranger, vieux de surcroit, éventualité rendue peu vraisemblable  par une visible distance vis-à-vis des préceptes musulmans ; et bien d’autres idées saugrenues autant que douloureuses, que je n’oserais même pas coucher ici sur le clavier m’agressaient par surprise…

1102120003Surtout, je me sentais enfermé dans une impasse qui me semblait dangereuse. Je ne supportais pas l’idée que tout puisse brutalement imploser. Au fur et à mesure de ses progrès en français, nous avons pu aller ensembles plus avant dans cette réflexion. À chaque avancée, ses efforts pour dépasser ses réticences me bouleversent. Jusqu’à vendredi où nous avons paisiblement parlé, mais de façon intense, avant qu’il aille « manger le couscous dans sa famille ». Moment sacré de la semaine marocaine, tout autant pour les non-pratiquants que pour ceux qui précèdent le repas de la « grande prière » à la Mosquée. En revenant, le soir, il m’a informé que dès le lendemain je « verrais la Maman et le Papé au jardin. » J’ai profité qu’il se blottisse sur mon épaule pour éponger quelques larmes.

A la poubelle, le billet et le titre. J’étais sur la voie de la normalisation.

Au-delà de ce que j’avais pu imaginer. Car « voir la Maman et le Papé dans le jardin » m’avait fait redouter un rapide coup d’œil par-dessus une haie ! Oh, non ! Le puzzle a enfin pris cohérence. Le quartier où je l’ai parfois conduit, modeste. L’histoire du jardin, privilège invraisemblable ici, d’autant que des photos m’avaient laissé deviner un très bel agencement ! Cette famille que je ressentais à la fois modeste, et sur quelques points sensiblement au dessus de la moyenne. Or donc. Le Papé que Chérubin appelle si souvent est en fait le Papa ! Nous devons avoir sensiblement le même âge. Il a effectivement un très grand jardin qui jouxte une coquette propriété dont il est le « gardien ». Terrain appartenant à un membre éloigné de la famille, exerçant une profession médicale en France, visiblement aisé. Alors, ce jardin, concession à « l’employé-gardien-cousin », ou vague et lointain partage familial ? Qu’importe ! Ils sont heureux dans un petit cabanon de deux (grandes) pièces érigé de bric et de broc (et surtout de gros bambous !) au milieu de cette verdure. Le Papé dort là pour « garder », et dans la journée toute la famille abandonne volontiers l’appartement du 4° étage sans ascenseur pour vivre au grand air.

Outre la Maman et le Papé, j’y ai rencontré deux des grands frères. Deux grands et beaux mâles à la ressemblance troublante avec mon Chérubin. J’en étais tout chose ! Trois d’un coup, là, je ne savais plus où donner de la tête ! Et absolument adorables, cela va de soi. Cela s’explique : le « Papé », ridé comme une vieille pomme, a dû être  très, très bel homme (il a de beaux restes), toujours athlétique et souple, avec des yeux gris-bleue du meilleur effet… Chérubin me racontait en riant qu’à sa naissance sa maman avait pleuré parce que, comme ses grands frères, il n’avait pas les yeux de son père ! Moi, je m’en réjouis : ses yeux de jais sont un de ses atouts majeurs.

1102120019J’ai été accueilli comme un vieil ami de longue date, petit repas sur le pouce, mais délicieux, bien entendu. Pendant que mon Chérubin allait à ses cours, je me suis promené avec l’un des frères. Je planais. Chérubin se détend. Il a compris que tout peut être naturellement simple. Si nous ne montrons pas nous-mêmes du doigt où se trouvent les meurtrissures.

Vendredi prochain, j’assiste à un match de foot de mon homme, puis couscous en famille, puis promenade avec les frères dans mon bolide ! Il y aura trois mois, jour pour jour, que nous nous sommes rencontrés et plus quittés, hormis mon incursion en France.

En projet, en Mars un voyage avec le Papé dans sa région natale…

Tout ça s’organise…

Ya plus rien à jeter. Je ferme la poubelle.

Publié dans : Carnets de route
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Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
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      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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Qui je suis

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  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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