Je dois faire refaire mon passeport, et les hasards administratifs m’ont conduit à l’Hôtel de Ville d’Avignon. Il y avait bien longtemps que je n’avais pas mis les pieds dans la vieille ville. Bien longtemps. J’ai du mal à m’en souvenir. Je crois bien qu’à l’époque j’étais encore accro de Zig, je l’avais emmené dans un restaurant un peu chic. Accro… Oui, je peux dire ça comme ça, même si ce que je pouvais éprouver alors me semble aujourd’hui foncièrement stérile et vain. Sec.
Aucune commune mesure avec l’amour que je porte à Chérubin, passion qui me brûle de l’intérieur.
Quoi que. Justement. Je m’interroge. Aucune commune mesure, c’est évident. Mais est-ce si éloigné ?
J’ai éprouvé une drôle de sensation en me retrouvant sur la place de l’Horloge. La même que celle qui m’avait troublé en marchant dernièrement dans les rues d’Arles. Je n’y suis pas à ma place. Quelque chose cloche : un vide auprès de moi : Monique. Je n’étais venu en Provence que pour elle. Je n’y ai plus ma place. Un vide. Amour vide et amour trop plein. Ma place. Je dois fouiller.
Avignon. J’y ai eu une bonne copine dans le temps. Une copine de blog. Qui aimait ce que j’écrivais. Qui me regardait tendrement avec ses immenses yeux bleus. Exit l’amitié. Inconsciemment mes pas m’ont rapproché de ses points d’ancrage. Je ne pouvais pas la louper. Je l’ai vue. Avec le sourire pincé de la fille qui rencontre un ex de sa meilleure amie, elle est venue me faire un ersatz de baiser du bout de ses lèvres en cul de poule. En bonne commerciale qu’elle est.
Anecdotique. Oui, isolé, le fait est vulgairement anecdotique. Mais si non-isolé ?
Avez-vous essayé de vous regarder dans une glace ? J’entends, réellement regardé, en essayant de traverser le miroir pour voir à l’arrière des prunelles ? En essayant de briser votre propre masque ? En fait, je crois que l’on a beau essayer, ceci s’avère totalement impossible. Voir le derrière du masque équivaudrait à une condamnation inexorable. Ce que l’on cache derrière un masque est tout simplement ce qui nous révulse, ce qui nous fait le plus peur. On le cache d’abord à soi-même, bien avant de le soustraire au regard des autres.
Je crois bien que depuis mon retour en France je suis en train de me glisser derrière le masque.
Je m’y faufile malgré moi, en quelque sorte à reculons. Histoire d’avoir l’air de regarder ailleurs.
Marion m’a fait un baiser en cul de poule. Oui, bon, et alors ? Alors ?... Je l’aimais bien, j’aimais beaucoup ce qu’elle écrivait. Je n’ai pas compris son brutal éloignement. Je n’ai pas été capable de comprendre. Je le sais, cela m’eut mis en danger. Anecdotique ? Tsssss…. Comme anecdotiques sont les effacements progressifs de tous les liens d’amitié qui s’étaient créés autour de mon blog. Ce n’est pas une, mais deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, se peut cinquante défections du même genre…
Des femmes et des garçons à qui je rêvais d’offrir mon amitié-amour, et à qui je n’ai fait qu’infliger jusqu’à plus soif mon égocentrisme. Et que fais-je d’autre, de différent aujourd’hui ?
Ce billet n’a pas pour but de me faire plaindre. Je n’ai plus rien à fiche des marques d’amitié. Je fais une tentative de lucidité. Pour moi. Pour Chérubin.
Ce n’est pas une clause de style : je suis seul. Tous ceux qui à un moment ou à un autre m’ont manifesté quelque sympathie se sont dorénavant détournés de moi. Tous. Mes « meilleurs amis » (si, si, j’ai cru un temps que cela pouvait exister), mes relations professionnelles, nos voisins pendant trente ans, une grande part de ma famille même. Je suis seul.
Je peux à ce stade du constat boucler sur ma relation avec « mes » amours. J’ai connu Zig lorsque je me battais contre un deuil qu’inconsciemment je me refusais à faire. J’étais alors entouré d’amis, de bon(ne)s copin(e)s de la blogosphère. Je me sentais quand même effroyablement seul, et Zig, cet archange du démon m’a scotché comme un vulgaire attrape-mouches. Je lui aurais tout donné, il ne m’a rien cédé. Probablement, quelque part, cela me convenait ainsi.
Chérubin m’a pris en traite : Il m’a offert un plan Q, et s’est accroché à moi
comme la moule au rocher. (Je suis bien : entre l’attrape-mouche et le rocher à moules…)
Chérubin a su se faire aimer. Sans aucun doute. Lui aussi a de l’amour à revendre. Il ne m’a rien refusé, il a tout exigé, il n’en a jamais assez. Je l’aime d’un amour qui m’échappe et subrepticement commence à me faire peur. Deux choses :
Aujourd'hui, je suis effectivement seul. Ignominieusement seul. C’est pour ça que je m’accroche ? Ce n’est qu’une bouée ? Une merveilleuse bouée ?
Il a énormément besoin d’amour. Maintenant, je connais mieux ses goûts : il semblerait « gérontophile tendance nounours » ; classification vulgairement matérialiste des désirs et des fantasmes. Oui. Oui... Il m’aime, ou il croit m’aimer ?
Nous nous mentons, ou nous nous aimons ?
Depuis au moins quarante ans je m’interroge sur ma capacité à aimer. Accessoirement sur le sens de ce verbe. Je me suis laissé aimer de façon effroyablement égoïste par une femme qui m’a tout sacrifié. Comprenant bien trop tard que je l’aimais passionnément, que c’était ça l’amour, que ce sentiment impliquait une abnégation totale, un don inconditionnel de soi. Je l’avais reçu ainsi, je n’en avais pas concédé le millième.
Depuis neuf mois j’aime un garçon, un jeune Dieu, et j’ai continuellement peur de ne livrer que des bribes mesquines d’une tendresse dont il a une soif inextinguible. JE veux son bonheur, et je frémis de penser « JE ». Nuit et jour je ne pense qu’à lui, et à chaque discussion sérieuse je constate combien il se vit seul à côté de moi. Comme le naufragé qui, à chacun de ses coups de rames, voit l’île salvatrice s’éloigner. Je tends mes bras, je tends mes bras… Comme je voudrais qu’il s’accroche et vienne se reposer sur mon rivage ! Est-il trop exigeant ou suis-je trop égoïste ?
Un amour trop simple ne me conviendrait sans doute pas. Le pressent-il ?
Il y a neuf mois que mon regard s’est posé pour la première fois sur lui. Il me voulait. Il m’a eu. Je n’avais jamais aimé un homme aussi longtemps. NON ! Je n’avais jamais aimé un homme.
Je n’ai plus rien à trouver. Je n’ai plus rien à prouver. « JE » ne dois plus être.
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 21857
En ligne : Selon OB : 7
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. Je verrai.