Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /Fév /2010 14:30

 

Oui, en quelque sorte. C’est sans doute insupportable à lire, pour certains d’entre-vous. Quand je suis trop heureux je culpabilise, ensuite je souffre, ensuite je me pourris la vie, ensuite j’emmerde les quelques lecteurs –et lectrices ! surtout ! – d’ici avec mes états d’âme. C’est ainsi. Sans doute n’étais-je pas fait pour le bonheur. Sûr : il me fait peur. Rajoutez une bonne couche de nombrilisme, et vous obtenez le soufflé qui gonfle, qui gonfle ! Et retombe plat comme une galette.

Après le week-end dernier, c’est effectivement le fait que j’aie pu être heureux qui s’avère insupportable. Un énorme, un phénoménal sentiment de trahison vis-à-vis de l’amour que me portait Monique. Pendant toute la semaine je n’ai pensé qu’à ça.

« Comment est-ce possible ? », « Comment puis-je trouver la situation acceptable ? »

« Deux ans. Il n’y a que deux ans ! »

Pendant mes quarante années de vie de couple, j’ai baisé avec des dizaines, des centaines, voire des milliers de mecs différents, si j’en crois les savants calculs que je m’étais amusé à faire ici

Je n’ai jamais eu le sentiment de tromper ma femme. Elle seule comptait. Le reste n’était qu’hygiène de vie. (Je ne manifesterai jamais assez de contrition vis-à-vis de tous ces jeunes mecs qui n’ont été pour moi qu’un exutoire, alors qu’eux attendaient probablement plus, voire beaucoup plus !)

Même la longue relation avec Jean-Yves, alors que je ne connaissais pas encore Monique, n’a été qu’une bluette sans grande portée : aujourd’hui je me rends compte que je l’ai fui trop facilement ;

Même Mehdi n’a pas éveillé une réelle passion : j’ai été capable de lui dire « non » ;

Même Eric, qui m’a dominé comme aucun autre, n’a vraiment bouleversé ma vie.

Aujourd’hui, je suis frappe-dingue d’une adorable racaille de vingt-et-un ans, j’ai trois-quatre « petits copains » qui se prêtent (semble-t-il volontiers) à mes élans de tendresse sensuelle. Et j’ai le sentiment de ne plus être le même homme.

Vous rendez-vous compte ? Je ne serais plus ce que j’étais !

Ce que j’étais était-il, ou semblait-il être ?

Ai-je aimé, ou me suis-je joué la comédie pendant quarante ans ?

Monique ! Je n’ai été, je n’ai respiré que par, et pour toi ! Je ne peux pas m’être menti à ce point pendant des décennies !

Etrange, en vérité. Depuis trois ou quatre nuits, Monique remplit mes rêves. Toujours dans des petites histoires de tâches quotidiennes. Cette nuit, elle avait retrouvé un appétit qui la fuyait si facilement, parce qu’elle avait suçoté des petits bouts de cartons. Elle s’apercevait brusquement que ces petits tubes étaient en fait les filtres (les « souris ») que Zig abandonne un peu partout lorsqu’il fume… Et elle se mettait à fumer, alors que moi, j’ai enfin abandonné ! (J’ai cessé après sa mort, bien que pendant quarante ans elle ait vainement tenté d’obtenir cette décision de ma part, et je culpabilise de ça, je culpabilise !)

Mon bonheur actuel serait donc une trahison ?

Je suis un ravagé. Je dis souvent que je me complais à couper les cheveux en quatre dans le sens de la longueur. Je bats trop volontiers ma coulpe. Je pleurniche et gémis. Ok, cela doit faire partie de mon personnage. Mais là ! Il s’agirait d’une remise en cause trop fondamentale, trop insupportable ! Prendre conscience que je me suis menti à moi-même et que j’ai menti aux autres pendant si longtemps, je ne le supporterais pas. Qui le supporterait ?

J’ai eu des moments très bas cette semaine. Heureusement Zig était là, encore plus prévenant et plus attentif qu’à l’habitude. Il a passé son permis de conduire. NOUS l’avons eu ! Son bonheur d’avoir passé un gros obstacle, les projets qui en découlent, la joie de sa famille, m’ont obligé à penser à autre chose, à positiver. J’en avais besoin.

Je commence à voir plus clair dans le magma qui bouillonne dans ma tête. Je suis bien loin d’en arriver à un tri et à une synthèse. Mais j’avance. Du moins je l’espère.

Nous sommes ce que nous sommes, et surtout nous cristallisons les résultats d’un vécu qui nous échappe. Ce que j’ai vécu dans mon enfance et mon adolescence n’a rien à voir avec ce que peuvent vivre bon nombre de jeunes gays aujourd’hui. (Pas tous hélas ! Je suis même convaincu  que par rapport à ceux-ci, j’ai eu bien de la chance !)

Pour en revenir à mon raisonnement, tel que je m’étais construit, conscient de mon homosexualité, mais obsédé par la « normalité » et le désir d’enfants, je n’aurais pas accepté de vivre une sexualité monolithique.

(Je crois essentiel de le préciser : quand je dis que « je n’aurais pas accepté » je fais allusion à mon état d’esprit suicidaire qui ne me fait pas parler dans le vide lorsque je dis que je ne dépasserai pas telle ou telle limite. Sur cet aspect des choses, je suis vraiment étonné de constater que chaque fois que j’approche d’une telle limite, un évènement majeur m’en éloigne. Ainsi de l’amour de Monique. Ainsi de ma rencontre avec Zig.)

Je ne dirais pas que Monique a fait de moi un homme. Mais elle m’a permis de le rester. J’avais connu quelques autres femmes avant elle. Chaque fois m’amenait à conclure que je n’étais pas fait pour l’amour d’une femme. Que, même si j’aimais le corps des femmes et les posséder,  j’étais pédé, et qu’il fallait que je l’assume. Mais je ne parvenais pas à assumer l’absence de petits bras potelés autour de mon cou. Monique m’a aimé, et surtout, surtout, m’a accepté dans toute ma complexité. Elle m’a redonné des raisons de vivre.

Bien entendu, j’ai été heureux ! Comme dans n’importe quel couple qui s’aime. Bien entendu, j’ai été père ! Dans quelques jours il va y avoir trente sept ans qu’il ne se passe pas un seul coucher de soleil sans qu’à un moment du jour je n’ai eu les larmes au bord des paupières à la pensée de cet immense bonheur que j’ai eu et qui remplit toujours ma vie. Mais Monique m’a apporté bien plus.

Inlassablement, toute sa vie, elle m’a poussé à essayer d’être moi-même. A m’obliger à être vrai. « Ce n’est pas toi, ça ! ». « Arrête de te raconter des histoires ! ». « Si tu m’aimes, pourquoi alors … ? ». « Arrête de nier ! Je le sais avant toi, que tel ou tel mec va te plaire ! »

Inlassablement, en femme aimante, elle m’a construit, restauré, réhabilité –surtout à mes propres yeux–. Je ne serais pas ce que je suis, sans elle.

Epaules.jpgJe peux donc même penser que je n’aurais pas aimé Zig ainsi, sans elle. Je dis bien aimé ! Pas désiré ! Je sais bien que ce garçon a, non seulement le physique, mais aussi toute la sensualité et le charisme qui m’ont, de tout temps, bouleversé ! Mais l’aimer ! L’accepter, lui aussi dans toute sa complexité, savoir l’écouter, l’accompagner… Savoir reconnaître mes débordements et mes impatiences… Savoir avancer auprès de lui, sans attendre la moindre contrepartie…

Même sexuellement, peut-être bien. C’est Monique qui m’a appris, fait découvrir, la tendresse, l’attention portée à l’autre sans qu’il y ait nécessairement un rapport sexuel. J’étais plutôt bourrin avant elle, ne serait-ce qu’en raison de ma crainte obsessionnelle des « pannes ».

Et puis, par ailleurs, je le sais bien, sans amour mes jours étaient comptés lorsque j’ai rencontré Zig.

S’il n’y avait eu que cette dernière raison, j’aurais pu m’amouracher du premier éphèbe qui me tombait entre les mains. Sans me flatter, quelques jolis biquets m’ont accordé leurs faveurs ces deux dernières années. Aucun n’a. Jusqu’à ce que.

 

Pourquoi est-ce donc si difficile à assumer ? Je ne suis l’amoureux transi de Zig que parce que Monique m’a fait ainsi. Elle seule le savait. Moi, je ne savais et ne voyais rien. Bourrin, toujours.

Publié dans : Un amour improbable
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La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
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      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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Qui je suis

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  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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