Je continue à fouiller les fonds de tiroirs de la petite librairie où j’ai trouvé mon bonheur jusqu’à présent. Une petite vieille toute rabougrie mais parlant un français impeccable exhume pour moi tous les auteur(e)s marocain(e)s écrivant en langue française. Et je découvre de petits bijoux.
Enfin, aujourd’hui j’ai entamé un petit recueil qui vient de sortir. C’est une réédition d’un document sorti en 1984, qui aurait eu, dit-on, un énorme succès dans le monde intellectuel. J’ignorais. Je suis tellement ignare ! L’auteure, Fatéma Mernissi, est une prof de fac d’accord, mais sa culture me laisse sur le cul. Tout court.
« Y-a-t-il donc des symptômes, des comportements qui ne trompent pas lorsque quelqu’un prétend qu’il est amoureux ?
Il paraît qu’il y a effectivement des signes repérables, et c’est un homme qui nous le dit. Un homme qui a un tel charme lorsqu’il parle de ces choses ! Vous avez deviné, je parle d’Ibn Hazm. Le seul, l’unique, le rafiné, le subtil. Cet andalou délicat fut, on le sait, très sentimental. Sentimental malgré sa cérébralité… ou peut-être à cause d’elle, car ce fut l’un des créateurs les plus fertiles de son siècle. D’après lui, il faut avant tout surveiller l’œil de celui qui prétend aimer.
« L’amour, nous dit-il, dans Le Collier de la colombe, a des signes que l’homme sagace décèle et dont toute personne intelligente s’avise. Le premier, c’est la contemplation prolongée (de l’être aimé). Or, l’œil c’est la porte grande ouverte sur l’âme : il scrute ses secrets, il exprime ses pensées intimes ; il est le truchement du for intérieur. C’est ainsi qu’on voit l’amoureux qui regarde (l’être aimé) ne point sourciller, se déplacer en même temps que l’aimé, s’écarter quand il s’écarte, prendre la direction qu’il prend, à l’instar du caméléon qui suit toujours le soleil. »
Mais il faut aussi faire attention au discours. Si votre interlocuteur vous regarde en débitant des incongruités, alors, c’est sûr, il est prêt à devenir votre esclave.
Car, poursuit Ibn Hazm, « sont encore des signes de l’amour : le fait d’écouter attentivement les paroles de l’aimé, de s’étonner de tout ce qu’il avance, fût-ce par pure absurdité et incongruité, de lui donner raison même quand il ment, de l’approuver même quand il a tord. »
… … … …
L’andalou Ibn Hazm a écrit il y a huit siècles un Traité de l’amour qui a pénétré la pensée occidentale et l’a profondément changée. On le dit à l’origine de l’amour courtois qui fit la célébrité des troubadours du XIIe siècle. Denis de Rougemont, dans l’Amour et l’Occident, présente en effet les poètes de l’Andalousie arabe comme les véritables pères de ce grand mouvement qui allait transformer les mœurs européennes et les adoucir. Jean-Claude Vadet, qui a traduit notamment Ad-Daylami va même jusqu’à insinuer qu’André Le Chapelain, l’auteur tant célébré du Traité de l’amour du XIIe siècle, fut pour le moins inspiré par le Zahra d’Ibn Daùd. Sans entrer dans ce genre de débat pour spécialistes, notons que le Traité de l’Amour d’Ibn Hazm fut traduit en français, anglais, russe, allemand, Italien, espagnol.
Ibn Hazm est né en Andalousie, durant le Ramadan de l’année 994 (384 de l’Hégire) dans une famille de l’aristocratie de Cordoue, et il est mort en 1064.
Son père était vizir et lui-même le deviendra plus tard à Valencia, profitant de l’intronisation de Abdarrahman IV, plus connu sous le nom de Murtada. Il acquit rapidement une célébrité dans le monde musulman, non seulement en tant qu’homme d’état, mais aussi en tant que savant, grammairien, philosophe et fquith, c'est-à-dire docteur en sciences religieuses. Il fut l’un des leaders du mouvement Zahirite, qui était en particulier opposé à la rigidité de l’école Malekite. L’Espagne où il a vécu était alors un « grand jardin continu » si l’on en croit les historiens. Un poète, Ibn Khayafa, allait jusqu’à dire que les Andalous vivaient dans le « paradis éternel » ; et que s’il était possible de choisir entre le paradis andalou et l’autre, c’est l’andalou qu’il préfèrerait. L’instabilité politique (fin de la dynastie Omeyyade et éclatement du pouvoir avec la multiplication de mini-États, les fameux At-Tawaïfs) et l’expansion économique favorisaient une vie culturelle particulièrement féconde.
Comme tous les intellectuels importants de son siècle, Ibn Hazm eut une carrière politique très mouvementée, et il connut la prison et les déplacements forcés avant de décider de se « recueillir » pour se consacrer uniquement à l’écriture et la réflexion. Avec un thème qui revient sans cesse dans son œuvre : l’amour.
La lettre qui suit est rédigée comme un texte destiné à un ami qui lui aurait demandé de lui expliquer ce que c’est que l’amour.
« Tu m’as chargé –Allah te donne la puissance !- de composer pour toi une épitre où je décrirais l’amour, ses diverses significations, ses causes, ses accidents, ses vicissitudes et les circonstances favorables qui l’entourent, et ce, en m’en tenant à la réalité, sans aucun ajout ni broderie. Tu voulais, bien plutôt, que je rendisse fidèlement et tels qu’ils se sont passés les faits que je connais personnellement, dans la mesure où je me souviens et où je puis le faire (…). Un pieux personnage d’entre les anciens a tenu ce propos : « Qui ne sait se conduire en jeune homme ne sait se conduire en ascète. » Une sentence du Prophète dit : « Donnez du repos aux âmes, car elles rouillent comme le fer. »
« Dans la tâche que tu m’as imposée, il me faut relater ce dont j’ai été personnellement témoin, ce que j’ai appris de tierces personnes et ce que m’ont rapporté des hommes dignes de foi (…)
« Fais-moi grâce des histoires des Bédouins et des anciens ! Leur manière n’est point la nôtre, et, du reste, les informations les concernant sont devenues banales. Ce n’est point mon fait d’enfourcher la monture d’autrui ni de me parer des plumes du paon. C’est à Allah que nous demandons pardon et assistance, il n’y a d’autre Seigneur que lui (…) »
« J’ai expérimenté des jouissances de toutes sortes, savouré les plaisirs les plus divers : l’intimité des princes, la fortune qu’on acquiert, la possession après la privation, le retour après le danger et l’expatriation loin de sa famille, rien de tout cela n’agit si profondément sur l’âme que l’union avec l’objet aimé. C’est surtout vrai quand celui-ci s’est longtemps refusé à l’amant, si bien que la passion brûle en lui, que la flamme de son désir s’allume et que le feu de ses espoirs s’embrase (…) »
Je ne pourrais mieux dire !...
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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En ligne : Selon OB : 1
Fin Novembre 2010 je rencontrais mon Chérubin.
Aujourd'hui il approche de ses 25 ans, et j'ai moi-même dépassé les 68 bougies.
Depuis plus de deux ans et demi, je vis la relation à laquelle je n'ai jamais réussi à croire.
Et alors ?
Je ne fanfaronne pas. Je ne m’affiche pas : moins d’une quinzaine de lecteurs aborde ces pages, la très grande majorité ne dépassant pas l’affichage issu d’une requête vaseuse dans un quelconque moteur de recherche.
Les rares lecteurs réguliers attendent probablement la fin de l’histoire. Avec plus ou moins de sadisme, plus ou moins de curiosité.
C’est curieux. Je ne veux plus penser à ceux qui me lisent, d’où l’épuration en cours de la mise en page, et en même temps je suis incapable de fermer le blog. Encore moins de tout détruire. Fétichisme ?