J’ai toujours été réticent aux « voyages », craignant d’être inévitablement en situation de « touriste ». Un jour je l’ai écrit sur ce blog, soulignant le pire à mes yeux, le « tourisme sexuel ». Il a fallu que je flashe sur une petite racaille de marocain, pour le suivre les yeux fermés vers le pays de ses ancêtres.
Entre autres, ce qui m’avait tant bouleversé l’année dernière avait été justement de ne me sentir pour ainsi dire jamais en situation de touriste. Je vivais les choses de l’intérieur, comme je l’avais tant imaginé, sans y croire. Bien entendu, j’étais un étranger qui ne parlait pas la langue du pays, mais plutôt étranger comme un oncle d’Amérique qui débarque brusquement. Immédiatement, j’avais été considéré comme « de la famille ». Et quel bonheur de se sentir exister ainsi, couvert de câlins par les bambins, submergé d’attentions par les adultes ! Pendant les excursions, je ne « visitais » pas : je faisais une balade en famille, comme le font les marocains quand ils le peuvent.
Voyageant seul cette année, je redoutais de tomber dans les travers que je critique. La rencontre du journalier agricole dès le premier jour a été comme un rappel à l’ordre : pépère de 140 kg, à la longue barbe blanche se déplaçant dans une voiture de luxe ne peut pas demander à être considéré comme un mec quelconque ! La situation est vérolée avant même de se concrétiser !
Bref… Cette année, je redoutais de ne pas savoir trouver ma place. Oussama m’en a donné une. J’ai été invité à participer à l’ensemble des traditions et festivités de l’Aïd el-Kabir au sein de sa famille.
L’Aïd… J’en avais tant et tant entendu à son sujet ! Je me souviens des violentes polémiques en France quand l’administration a décidé d’interdire le sacrifice dans les familles et d’obliger à s’en remettre aux abattoirs accrédités… A l’époque, je ne me sentais pas du tout impliqué, et je regardais tout ceci de loin. Toujours énervé et colère comme chaque fois que des donneurs de leçons veulent remettre en cause des traditions séculaires. Ou plus récentes, d’ailleurs : je pense notamment aux courses taurines. Je n’engagerai pas de polémique à ce sujet. Je n’ai à convaincre personne, et je ne veux prêcher pour aucune chapelle. C’est mon opinion, et je la partage, quand la défense des animaux amène a tout écraser et tout remettre en cause, écrabouillant les références culturelles colonne vertébrale de l’identification de peuples, méprisant et piétinant enfants, familles, structures sociales, cette « défense » est une dictature, colonialiste et, ou, moralisatrice, dans tous les cas méprisable à mes yeux.
Le l’ai vu, par ces yeux là, justement : les miens. Quels que soient les aspects sanguinaires de ce sacrifice, il fait vivre tout un peuple, il assure les revenus de milliers de gens pauvres, il crée du lien social, du lien familial. Nul ne peut juger, décider, moraliser.
Attention ! Je ne dis pas que je suis foncièrement partisan de ces traditions ! Je dis que le problème est ailleurs que dans cette gorge tranchée et ce sang qui coule à flot en une journée. Que ce peuple vive dans des conditions décentes. Que les enfants aient le vivre, et également les friandises, à suffisance, que les conditions de logement soient décentes, et pour satisfaire tous ces besoins que le travail avec des salaires acceptables soit la norme. Alors, ce sacrifice rituel pourra progressivement devenir virtuel.
L’Aïd est la plus grande fête. Mais tout se prépare dans les jours qui précèdent.
Hé oui ! Tout doit être prévu ! Et comme les éleveurs et les marchands de moutons, le fabriquant de charbon de bois, le marchand de charbon, le marchand d’épices, le marchand de vaisselle, les transporteurs sur leurs motos, les affuteurs de couteaux, en fait quasiment tous les petits commerces font en quelques jours leur principal chiffre d’affaire. Sans compter le jour même les emplois occasionnels suscités.
Oussama vit dans un des quartiers les plus pauvres de Fès, autour de la vieille Médina. Lorsque je l’avais raccompagné pour la première fois l’année dernière, de nuit, j’avais été quelque peu impressionné, entre autre lorsqu’à partir de la Grande Porte on commence par traverser le cimetière.
Celui-ci. En cette veille de l’Aïd, ces gens que vous voyez courir entre les tombes suivent un corps que l’on va mettre en terre…La misère, le manque d’hygiène sont partout, de tous les instants. Alors, avoir recours à des abattoirs… Nos immigrés sont bien en droit de nous trouver pinailleurs et procéduriers, non ?
J’étais invité très tôt dans sa maison. Le sacrifice n’est pas exactement programmé, il faut attendre la disponibilité des exécuteurs… J’ai donc attendu. Moi qui me hérisse lorsque l’attente dépasse un quart d’heure chez le dentiste, le coiffeur ou le médecin, ici, j’attends. J’attends que la brave dame ou le couple de demoiselle me regardant de façon provocante en se tenant par le bras, veuillent bien finir de traverser pour libérer la voie, j’attends que le petit taxi ait fini de charger ou de déposer sa clientèle, j’attends mon tour dans les banques et les commerces, j’attends que les « vendeurs » aient fini de négocier avec la propriétaire, j’attends que l’un des deux cède, j’attends. Le fils de la propriétaire qui parle assez bien le français et a longtemps vécu en Italie, une fois l’affaire conclue me dit en souriant : « Vous verrez, le Maroc, c’est l’école de la patience. » Compris.
Mais je n’ai pas été transformé d’un coup de baguette magique : je piaffais intérieurement, et histoire de m’occuper je suis sorti prendre l’atmosphère de la rue. Ce qui a fait le bonheur de toute une marmaille de gaminots de dix ou douze ans, qui s’essayaient aux deux-trois mots de français qu’ils connaissent en me tournant autour. Leurs coutumes n’ont pas de Père Noël, mais le courant est vite passé…
Il en faut peu pour que je sois heureux : approcher la vie en devenir.
Enfin l’heure du sacrifice est venue. La brave bête n’était pas sauvage du tout. En attendant « son heure », elle découvrait tranquillement la pièce où devait avoir lieu le sacrifice.
Je puis en témoigner : du sang, certes, beaucoup de sang même. Trancher une gorge ne pardonne pas. Mais
pas un cri, pas de bêlements de peur. Finalement, ce qui m’a le plus impressionné
justement c’est le silence, ainsi que le « professionnalisme » des exécuteurs. Chacun a son rôle, chacun sa fonction, et tout va très vite. Il s’agit de déshabiller la bête tant qu’elle
est chaude (Ah ! le gonflage de la panse par une ouverture faite sur une patte, pour décoller la peau et faciliter l’opération !)
Puis la maman (bien entendu !) prend en charge le nettoyage et la préparation des abats et viscères.
Encore un peu de patience, et nous ferons un repas-barbecue, là, sur le lieu du sacrifice, avec justement des brochettes d’abats savamment épicés. Un régal ! Bon, un barbecue dans une pièce, même avec des ouvertures, il y avait un peu de fumée… Mais l’ambiance sympathique faisait oublier tous ces inconvénients…
Pendant ce temps, les enfants du quartier font un feu pour cuire ce qui leur est dévolu : la tête ! Soigneusement et longuement cuite sur leur feu de fortune, elle donne le lendemain une friandise succulente. M’a-t-on dit. Je n’ai pas eu l’occasion de goûter. C’est en tout cas la fête pour ces bambins !
L’après-midi, visite non protocolaire à la famille paternelle. Simple jubilation de mes hôtes à arriver dans un quartier légèrement plus « aisé » que le leur, dans un cabriolet toit ouvert !
Et là, vous savez, « chassez le naturel, il revient… » Bon Sang de Bonsoir ! Peuvent pas être plus moches, non, que j’oublie un peu que je suis pédé ?
Des garçons magnifiques, tout intimidés qui auraient été adorables, s’ils avaient connus quelques mots de français… Tontons, cousins, tous du même âge, allez choisir !
Journée en famille. J’étais bien. Une famille attachante, nombreuse et heureuse de se retrouver. Et j’étais là, un parmi les autres.
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
Pour un retour en 1ère page de l'accueil,
Cliquez sur la bannière ou bien
Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 39084
En ligne : Selon OB : 1
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-deux ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt deux ans qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
J'ai de plus en plus peur. Je sais, je suis totalement ridicule de trouver ceci un peu trop.
"Le marié est-il trop beau ?"
Et puis, quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. C'est inéluctable. 24/67, ratio incontournable. Je verrai.
J'imagine encore que je saurai être digne.