Vendredi 11 mars 2011 5 11 /03 /Mars /2011 09:32

 

Il fut un temps où, avec grandiloquence, j’aurais parlé d’accumulations de galères. Je n’avais, faut croire, que moi à penser. Je ne galère pas, je plane ! Tiens, il m’a bien fallu dix minutes pour faire comprendre à Chérubin le sens de l’expression « je plane » en français ! C’est troublant de devoir revenir aux sources pour expliciter des expressions que nous employons sans réfléchir une seule seconde. Je sais, je sais : ce ne serait pas vivable de penser en permanence, avant de marcher, le pied qui se soulève pour aller se poser devant son complice avant de prendre à sa charge la totalité de notre poids ! Je sais. Mais c’est sacrément troublant, et même par moment passablement excitant, de décortiquer nos automatismes…

Et puis ceci peut nous aider à poser les pieds sur terre, lorsque la machine s’emballe. C’est le besoin que j’ai ressenti ces derniers jours. Mal barré. Je devais mettre le holà. Pas de galère, non. Une accumulation de petites contrariétés. Qui pouvait anticiper le gros emmerde.

Tout a commencé à la fin d’une journée fort agréable. Nous étions allés à Meknès pour voir Ab., ce jeune copain sahraoui rencontré en 2009, qui devait nous servir de guide vers le Sahara, et qui au fil des rencontres est devenu un ami de « notre couple »… Un excellent repas dans un bar à poissons, une après-midi de discussion passionnée sur le Coran et la foi musulmane, avec l’un de ses frères et deux de ses amis. Discussion passionnée, mais vaine : je ne sais plus argumenter quand mes interlocuteurs mettent en doute la théorie de l’évolution et des faits unanimement reconnus par la communauté scientifique. Je suis donc reparti quelque peu frustré, la conversation se poursuivant entre Chérubin et moi dans la voiture. Au point de ne plus être vigilant. Premier accrochage avec mon véhicule chéri. Un triporteur qui déboîte et accroche mon rétroviseur droit. « Votre faute ! Moi, avoir mis le signal ! » S’est exclamé le jeune homme qui conduisait. C’est bien l’esprit du pays : « je signale mes intentions, aux autres d’être vigilants et de m’éviter ! » Et encore ! Quand ils prennent la précaution de « prévenir » ! Ce qui est rarement le cas avec les « petits taxis » qui conduisent en dépit du bon sens.

Bref. Premier accrochage. Premières emmerdes. Je n’allais pas faire un constat pour ça. Et d’une.

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Le lendemain, j’ai couru toute la ville pour essayer de retirer des espèces dans un DAB. Vous savez, ces monstres qui menacent en permanence d’avaler votre carte bancaire ! Ce jour là ils ne l’ont pas avalée. Mais tous me rejetaient. Problème de « réseau » très probablement. J’ai cru que j’allais devoir faire la manche… Quelques jours après… J’ai eu la désagréable surprise de voir mon compte débité par deux retraits qui pourtant étaient restés fictifs ! Sniff !!! Heureusement que je surveille mes opérations via Internet ! J’ai aussitôt mis en branle le système de réclamation approprié. Les sommes devraient m’être restituées. Quand ?? Et de deux.

Entre temps, mon téléphone me joue des tours. Rien de grave : la batterie donne des signes de faiblesse et se vide brutalement en pleine conversation. Désagréable. Seulement, ce téléphone acheté en France il y a deux ans est inconnu ici ! J’ai fait toutes les boutiques possibles connues par mon Chérubin ou par moi : chou blanc. Cette batterie n’existe pas ! Mais puisque j’en ai une ! Elle n’existe pas je vous dis ! Circulez ! Et de trois !

Bon, que je me dis, heureusement il y a Internet ! Je vais en commander une sur mon site de vente préféré, et je verrai bien si elle arrive jusqu’ici. Essayez de rentrer une adresse au Maghreb ! J’y ai passé une matinée, avant de trouver un fournisseur –allemand- qui a prévu ces destinations ! Mais au moment de payer, mon Paypal se met à déconner ! Veut rien savoir ! Me demande des tas de trucs qui finissent par me faire paniquer : ne serait-ce pas un quelconque piratage ?? Tout boucler. Réinitialiser la session. Reprendre une procédure méthodique vérifiant que chaque étape est sécurisée et les adresses authentiques (j’ai un historique, heureusement !) Ok, je parviens à ouvrir mon compte. Incident inexpliqué. Apparemment conflit entre des contrôles automatiques aléatoires et une simple erreur de manipulation de ma part. Mais grosses émotions ! Le processus d’accréditation du système de paiement réinitialisé : je dois attendre deux ou trois jours. Et de quatre !

Pendant ce temps, une visite chez le médecin qui se solde par une note salée (en attendant la guérison de mon petit bobo), et de cinq.

Et des difficultés rencontrées pour la réalisation de ma porte de cellule (pardon ! de ma porte d’entrée !). La note grimpe, grimpe… Chérubin pense que ma belle voiture et mon appartement joliment installé y sont pour quelque chose… Et de six.

J’ai un nouveau voisin, le dernier petit atelier est loué. Il doit se brancher, avec un sous-compteur, sur mon circuit électrique. Je veux bien. Mais bordel, je ne suis pas à sa disposition ! Et que je te sonne ! Et que j’insiste ! Et que si tu ne réponds pas je viens frapper bien fort à la porte ! Depuis la salle de bain, je hurle : « Je ne suis pas disponible !! » Et que ça continue ! Ni une, ni deux : je suis allé ouvrir à poil, en ouvrant grand la porte et en épelant : « Je-ne-suis-pas-dis-po-ni-ble !!! »

J’ai été tranquille pendant trois jours. Et de sept.

Hier soir, nous avons fait quelques petites emplettes dans un grand centre commercial. Au moment de repartir, désagréable surprise : un corniaud s’est garé complètement en travers, collé contre ma porte côté conducteur. Impossible de glisser mon gros ventre. Chérubin propose de prendre le volant. Il n’est pas expert. Deuxième petit accrochage. Côté chauffeur cette fois. C’est de ma faute. « Quand ti te gares, ti dois remettre les roues bien droites. Moi, j’i reculé, c’est tout ! » Bien entendu. Je dois vraiment le faire conduire davantage. Et de huit.

Là, à côté, la sieste de mon amour se prolonge. Je ne suis pas resté auprès de lui, nous n’aurions pas su rester sages. Au bout de quelques minutes je me suis éclipsé. Je l’ai couvert, et il s’est profondément endormi.

Il y a quelques mois, dans mes moments les plus optimistes, j’osais à peine rêver un jeune amant régulier…

Me voici avec un compagnon de tous les instants, attentif et attentionné, un tendre à la virilité exacerbée. Ben oui, j’ai du mal à poser les pieds sur terre…

Il bouge ! Un bond dans ma poitrine vient de me prévenir. Je vous laisse.

Publié dans : Carnets de route
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La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
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      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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Qui je suis

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  • 29/04/1945
  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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