Le même bateau. En revenant en France j’avais la cabine 72, cette fois-ci la 54, à seulement quelques mètres de la précédente.
Si j’étais superstitieux, je dirais qu’il y a là des signes qui ne trompent pas. Mais je ne le suis pas.
Si je n’étais pas prétentieux, je dirais honnêtement ce que je ressens dans ce lieu au milieu de nulle part. Mon âme subit une houle tout aussi forte et pernicieuse que celle qui se joue de cet énorme paquebot comme d’une coquille de noix. Mais je le suis, prétentieux. Je me rends même compte que je privilégie de plus en plus souvent une sympathique tournure de phrase à un élan de sincérité. Tout le contraire de ce qui était mon ambition lorsque j’ai ouvert ce blog.
Je m’appauvris. Je me mens à moi-même, aussi. Par crainte de poser pilepoil le doigt sur la blessure à vif, présageant les élancements qui, aussitôt, parcouraient ma colonne vertébrale jusqu’au tréfonds de mon âme. Je suis lâche. Je le savais. Je le redécouvre.
(A un de ces jours, la Provence…)
Me voici donc reparti. Vers des lendemains incertains. Ma nouvelle bannière de blog est, dans un sens, tout aussi parlante que les précédentes : je ne sais pas ce que je veux. Vais-je me poser et pour la première fois de ma vie savourer sereinement le bonheur qui m’échoie sans couper les cheveux en quatre dans le sens de la longueur ? Vais-je, après une nouvelle fuite, continuer à sillonner le Maroc, allant de découvertes en enthousiasmes, de petits bonheurs en plans cul plus ou moins sordides ?
Suis-je capable d’aimer et d’accepter d’être aimé ? Telle est la question toujours d’actualité.
Je viens de passer quelques jours avec mes enfants. J’ai pu, encore une fois, toucher du doigt combien ils m’aiment, combien nous sommes complices. Mais par ce constat même j’ai pris conscience de la distorsion de mon mental, de l’aberration de mon mode de vie. Je retrouve les êtres que j’aime le plus au monde, et toutes mes pulsions incontrôlées vont dans le même sens : leur faire partager l’invraisemblable de ce qui m’arrive, mon excitation face à ce vécu hors norme, et bien entendu, arracher leur approbation sur un bonheur nommé, à défaut d’être accepté et intégré. Alors que chacun d’eux a envie de me parler de lui : me voyant quelques heures, disons quelques jours, entre deux longues absences, l’un ou l’autre tient à soumettre à mon analyse (si perspicace) ses peines de cœur, ses difficultés professionnelles ou sociales, ou tout simplement à me faire partager ses joies et ses peines…
Bonjour le dialogue de sourd !
Et si une fois dans ma vie je pouvais n’être, beaucoup plus simplement, que le Papa gâteau et complice qui continue à soutenir et encourager sa progéniture devenue adulte ? Au lieu de n’être que la caricature d’un adolescent blanchi par les ans, qui s’ébahit et s’obnubile face à une puberté tardive ?
J’ai essayé d’être le père qu’ils attendaient. Je ne suis pas certain d’y être parvenu.
Et parlons-en, de mon vécu actuel ! Honnêtement, pour une fois ! En regardant la vérité en face.
Cette vérité est toute simple et évidente : j’ai peur.
A. Ne peut pas m’aimer. Parce que j’ai bientôt soixante six ans, exactement le triple de son âge ! Parce que je suis obèse, et que lui est grand et musclé sec !
Parce qu’il est beau et sensuel et moi flasque et peu avenant. Parce qu’il a une sexualité insatiable, et que je suis impuissant les trois-quarts du temps. Parce que je ne parle que français et
lui presque exclusivement arabe. Parce que ce serait trop beau.
Tant que nous avons été ensemble, c’est volontairement et avec obstination que j’ai gardé le nez collé au guidon, sans prendre le moindre recul. Je pensais qu’il valait mieux que je ne pense pas trop. Je me répétais que la situation décanterait vite lorsque nous serions l’un et l’autre de chaque côté de la Méditerranée dans sa plus grande largeur. Alors comment interpréter et comment réagir, quand pendant ce mois de séparation, au moins une fois par jour, et assez souvent matin et soir, je recevais des messages du genre :
. « Je t’aime plus mi mtdhan. Vous me manquez beaucoup »
. « Passez mes sinc?res salutations ? toute vos proches. J’aime bisous bonne nuit »
. « Je t’aime moi fou toi fou. Bisous »
. « Quand voyag maroc ? c long »
. « Je t’aime t’aime t’aime t’aime bisous »
Il va dans un « Cyber » pour disposer du traducteur que nous utilisions pour écrire et comprendre mes réponses… Les résultats sont parfois surprenants :
. « Tu me bless?s les mains des salaires little »… J’espère qu’il saura m’expliquer ce qu’il a voulu dire…
S’il avait été un simple gigolo les choses auraient probablement été plus simples ! Quitte à me faire traiter de « touriste sexuel » ! Même pas ! Même pas ! Esclave, peut-être, touriste, je me permets d’en douter !
J’imagine bien qu’à la lecture de ce qui précède, d’aucuns réagiront : « Peur ? Mais pourquoi donc ? »
Oh… Parce que s’il est réellement, totalement, sincère, la responsabilité qui m’incombe me fait peur ; Parce que si, ce qui est plus vraisemblable, ce n’est qu’un jeu puéril sans aucune méchanceté, je me prépare des lendemains douloureux ; Parce que cette séparation m’a fait prendre conscience que d’ores et déjà il a réussi à supplanter Zig dans mon esprit, et que… Ça veut dire quoi, « Quoi qu’il arrive je t’aimerai toujours » ? Parce que dans tous les cas je redoute de ne pas être à la hauteur ; Parce que je n’avais pas éprouvé de tels sentiments et de telles émotions depuis Monique, il y a plus de quarante ans ! Ou plus exactement, depuis, je m’étais toujours interdit de les laisser s’exprimer.
Dans l’immédiat, cela semble un fait établi : il m’attend avec impatience. Et moi…
Je piaffe ! Ce qu’elle est vaste, cette Méditerranée !
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 34128
En ligne : Selon OB : 1
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-deux ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt deux ans qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
J'ai de plus en plus peur. Je sais, je suis totalement ridicule de trouver ceci un peu trop.
"Le marié est-il trop beau ?"
Et puis, quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. C'est inéluctable. 24/67, ratio incontournable. Je verrai.
J'imagine encore que je saurai être digne.