Samedi 18 juin 2011 6 18 /06 /Juin /2011 18:16

 

Je n’écris plus beaucoup. Je dépense trop d’énergie à essayer de comprendre ce qui m’arrive et à ne pas louper la plus petite parcelle, la plus petite poussière de cette vie intense hors de tous les sentiers battus. Pourtant, voici quelques jours, en jetant un œil rapide sur les quelques billets concédés, de ci, de là, je me disais que par moments ceci frisait le ridicule et la mièvrerie des Bisounours…

Ce n’est pas que j’édulcore, que je gâtifie, que je me complais dans le gnan-gnan-culcul… Je ne peux quand même pas inventer des conflits pour « faire plus vrai » ! Il y a bien eu de petits accrochages, deux ou trois en six mois, quand même, sans grand intérêt, hormis pour moi quand ils trouvaient leur conclusion sur l’oreiller… Justement. J’aurais dû m’inquiéter de ce calme plat : ne mettais-je pas des œillères par pure lâcheté ? Ou facilité ? Ou bêtise ?...

Jeudi dernier était un jour comme les autres. C'est-à-dire parfait. Chérubin est rentré un peu tard le soir, il m’avait prévenu qu’il passait chez le coiffeur. Douche obligatoire en rentrant. Le voir nu m’enlève tout sens raisonnable. Le câlin fut long et intense. Après une journée particulièrement chaude, nous avons pris plaisir à trainailler nus dans la chambre, pièce la plus fraîche de l’appartement. Je n’ai plus eu le courage de préparer un repas. Un passage au Mac Do est une fête pour lui, et je la lui offre rarement. Grignoter dans la nuit sur la terrasse balayée par une brise presque fraîche et bienvenue était un régal. Il restait peu de clients. A une table voisine un homme seul téléphonait continuellement. M’ayant entendu parler français il devait se croire tranquille… Par moment, Chérubin me résumait ce qu’il comprenait de la communication : monsieur avait fui le domicile après une violente dispute et madame le conjurait de revenir. Pour lui c’était non ! Bêtement, la situation nous faisait sourire et soulignait notre propre complicité.

Je n’ai pas voulu rentrer directement. Le vendredi mon ange ne travaillant pas, nous pouvions rentrer tard. Je cherchais une idée un peu originale, qui puisse être une surprise pour lui. Pourquoi ai-je pensé à la colline au dessus du Fort Sud, d’où l’on a un point de vue époustouflant sur la Médina et la vieille ville ? Ce panorama, par exemple.

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De nuit, lumières et illuminations seraient à couper le souffle. Sans rien dire malgré son insistance, j’ai pris la direction du Fort. Il a compris lorsque je me suis engagé dans le petit chemin. Et là…

-          « Non, non, pas là, pas bonne idée ! très dangereux !

-          Tss, arrête un peu ! Tu es avec moi ! Que veux-tu qu’il arrive ?

-          Ici, beaucoup cambriolages, beaucoup hommes morts la nuit ! (Cambriolages = comprenez attaques, vols avec violences, agressions de toute sorte et bien entendu vols avec effraction. Tout est « cambriolage » dans le langage courant ici.

-          Mais arrête ! Tout ça ce sont des histoires ! Que vous vous racontez pour vous faire peur ! Si l’on n’a pas peur on ne risque rien !

-          Non ! Non ! Si tu y vas, moi pas sortir de la voiture. Rester enfermé !

Je le sais, je le reconnais volontiers, je suis soupe-au-lait et je m’emporte pour un rien, sans prévenir. J’ai explosé. J’ai fait un demi-tour brutal, sur les chapeaux de roues, en jurant que l’on ne m’y reprendrait plus,

-          De toute façon avec toi on ne peut jamais rien faire, tu ne veux pas aller en Centre Ville parce que tu as peur qu’on te voit avec moi, tu ne veux pas ici à cause de je ne sais quelles violences… Tu ne veux rien d’autre que la maison, toi et moi seuls dans l’appartement. Hé bien, on y va à l’appartement !

-          Non, va à Sidi Harazen si tu veux. On peut y aller là !...

-          Oui, c’est ça, en pleine campagne, à minuit, il doit y avoir beaucoup de monde dans cette petite ville d’eau ! Ah ! Tu seras tranquille là ! NON ! On rentre !

Je ne m’étais jamais emporté ainsi contre lui. Le retour s’est fait dans un silence de plomb. Buté, désespéré, je me suis planté devant l’ordi en faisant semblant de travailler. Il a allumé la télé. Lui silencieux, le visage décomposé. Moi silencieux aussi, et la cervelle bouillonnante.

Je n’avais plus ma raison. Ce n’était pas un caprice. L’incident touchait au plus profond de moi, remettait en cause un PRINCIPE. Putains de principes ! Même celui-ci qui est « d’assumer, de s’assumer, et de refuser la peur. » La peur se nourrit de la violence, et la violence s’épanouit sur le terreau de la peur. Putains de principes.

Il n’a pas supporté longtemps ce silence inhabituel. Il a voulu tirer mon fauteuil à roulette vers lui, comme il le fait souvent pour m’arracher un baiser lorsqu’il trouve que je m’attarde trop devant l’écran. J’ai résisté sèchement, en disant qu’il fallait que je prenne mes distances. Il a explosé.

Explosé ! J’ai cru qu’il allait tout casser, y compris sa tête contre les murs. Il hurlait de douleur et de désespoir. J’ai paniqué. Brutalement, j’ai été détruit. Je LUI faisais du mal ! A lui !

Je ne vais pas essayer de retranscrire notre dialogue, parfois difficile par manque de vocabulaire, qui m’a souvent vu déstabilisé, abasourdi, désespéré. Déjà, je voudrais réussir à retranscrire, noir sur blanc (plutôt l’inverse dans le design actuel du blog), ses remarques et réflexions qui m’ont prouvé que j’avais tout à apprendre.

-          Tu vois, tu ne me crois pas quand je te dis que ma vie est triste, quelques jours de bonheur, et après un grand malheur !

-          Toi, toujours raison, tu dis « moi c’est comme ça, et pas autrement ! » Toujours tout droit ! Toi tu ne veux pas changer, c’est toujours moi qui doit changer !

-          Oui, tu dis que je suis beau, et gentil, oui, ce qui se voit est joli, mais dedans, ma tête, elle est malade et pas belle !

-          Mais moi, ce que je veux, c’est un homme (ou une femme) qui comprenne ce que j’ai dans la tête et qui m’aime comme ça et qui m’aide ! Je veux pas qu’on ait envie de moi que pour le sexe !

-          Toujours, toujours toi tu as raison ! Et moi je comprends rien ! Mais ici, pas la France ! Ici, le Maroc, et moi je sais !

J’essayais désespérément de lui expliquer ces grands principes qui m’ont fait réagir aussi violemment. Qu’il ne peut pas me demander de ne plus croire à ce qui a toujours été mes raisons de vivre, Je lui parlais de ma vie de luttes, que je m’étais toujours interdit de reculer devant le risque et la peur.Quitte à en payer le prix fort. Que, si j’avais écouté les invitations à la prudence je ne serais pas venu au Maroc, je n’aurais pas loué le premier appartement, et surtout je n’aurais jamais invité de jeunes mecs à venir y passer une nuit !

-          Et si j’avais été prudent, je n’aurais pas eue les belles rencontres que j’ai faites, et surtout, surtout, je ne t’aurais jamais rencontré ! Si j’avais été prudent, je t’aurais emmené à l’hôtel, nous aurions baisé pendant une heure ou deux et tu serais reparti ! Reconnais-le ! C’est parce que je t’ai ouvert tout de suite ma maison et mon cœur que tu as eue envie de rester avec moi !

Parfois, certains arguments portaient. Il se troublait, venait se blottir dans mes bras… Très vite la révolte  revenait, je lui faisais trop de mal en ne l’écoutant pas, et en me comportant en moraliste.

-          Toi, ta tête, c’est comme celle du Papé et la Maman. Vous êtes pareils. Vous ! Vous ! et moi, je n’existe pas. On me demande toujours de rester tranquille dans mon coin !

Ce fut l’une des baffes les plus violentes de la nuit. Désespéré, hurlant de douleur je prenais conscience que ce garçon que je prétendais aimer à la folie, qui remplissait ma tête la nuit comme le jour, avec lequel je vivais des étreintes éblouissantes, je le traitais en fait comme un élément du décor ! Il est beau, je suis étouffé par l’orgueil de le voir ainsi accroché à moi, je voudrais le dire à tout le monde, le montrer au monde entier, crier avec arrogance mon ivresse. Mais, je je je JE JE JE !

Et LUI ?????

Lui, il manque de confiance en lui. J’ai essayé de le lui expliquer. Cette attente de reconnaissance, c’est parce qu’il doute de ce qu’il est. De ce qu’il est vraiment. Facile de parler de s’assumer. Facile de dire qu’il ira mieux lorsqu’il sera capable par exemple d’affronter le regard des autres sur nous deux. Facile. Mais de quel droit puis-je affirmer que ceci vaut le risque de perdre un ou deux « amis », de travail, de quartier ? Il en a si peu…

Nous avons peu dormi, beaucoup parlé. J’ai verbalisé ma honte en découvrant mon égoïsme. Je lui ai demandé de ne pas me laisser ainsi dans l’erreur. De me dire lorsque je dérapais. J’ai hurlé ma haine toute neuve contre les principes.

-          Putains de principes ! Mais de quel droit, moi, français respectable et exagérément respecté (en apparence) ici, puis-je me permettre de dire ce qui est bien pour vous, les marocains ? De quel droit puis-je vous conseiller de prendre des risques ?

Chérubin souriait par moment. Là il a voulu faire un sort aux moqueries sur le fatalisme maghrébin :

-          Ouais, vous français, vous dites, « Allons-y, prenons des risques, on verra bien » Et quand il y a un problème, un cambriolage, alors : « Putain de bordel de merde de Nom de Dieu, fais chier, y en a marre !! » vous criez et vous en voulez à tout le monde ! Nous, on prend précautions avant, on est prudents, et si il arrive malheur ou cambriolage, on reste calme, calme ! C’est qu’on ne pouvait pas l’éviter !...

Déstabilisé un moment (il y a du vrai quand même dans ce qu’il disait, et sa série de jurons, dixit dans le texte, sentait bon l’expérience…), j’ai eu trop beau jeu de lui rappeler les risques énormes pris par les marocains sur la route, les motards sans casque à trois sur leurs engins qui slaloment entre des véhicules tout autant imprévisibles, nos multiples accidents évités de justesse en particulier avec les « Petits taxis ».

-          C’est sur la route qu’il y a les vrais assassins au Maroc mon Chéri… Les imprudences sont continuelles et lorsqu’il y a un accident, vous dites « Inch’Allah » ! Mais c’est ce fatalisme qui est criminel !

Dos sensuelCe genre de discussion ne peut se clore. La nuit n’a pas suffit. Le vendredi Chérubin n’a pas voulu que nous allions au jardin, il était encore trop triste pour affronter le regard de ses frères et parents. La journée s’annonçait caniculaire. Nous sommes allés au bord de l’eau, et nous avons continué à parler. S’est rajouté la bisbille habituelle : sa jalousie. Il a des yeux derrière la tête, et même depuis le milieu du lac il voyait les regards que j’échangeais avec quelque joli garçon sur la rive ! Mais ceci est une autre histoire. Pour une autre fois…

Une autre histoire ? Quoi que…

-          Quand tu regardes un autre garçon, tu ne me regardes pas, moi, et j’ai l’impression de ne plus exister…

Confiance en soi…

Publié dans : Carnets de route
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Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
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      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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