Dimanche 4 avril 2010.
Le jeudi 6 novembre 2008, je voulais me « positionner », et j’ai entrepris un bilan-introspection sur ce blog. Ces jours-ci, j’ai eu envie de relire ce que j’écrivais moins d’un an après la mort de ma femme. Ce titre-ci me trotte dans la tête depuis deux ou trois semaines. Depuis que je n’écris plus dans ce média. Simplement et crument, j’ai aujourd’hui un besoin irrépressible de mesurer le niveau de connerie où je suis arrivé. Je ne souhaite pas faire à proprement parler un bilan. « Bilan » suppose, soit un point final, une conclusion, soit de consolider un palier pour bien y amarrer la nouvelle échelle que l’on projette de gravir. Je n’envisage ni l’un, ni l’autre.
En fait, je ne désire rien.
En fait, j’aimerais que tout soit terminé, sans que je le décide.
Pour poser mon ordinateur, j’ai dégagé un coin de la table dans le lieu de vie de Karine. Je suis cerné par son bric-à-brac habituel, Xavier nous a rejoint hier soir, cette nuit mes ronflements l’ont empêché de dormir. Quand je me suis levé, épuisé il s’est laissé tomber sur le canapé. Il dort. Karine est sortie faire ses affaires. Il pleut. Par la fenêtre, je vois un temps morose agiter les branchages du jardin. Temps pourri de ce début de printemps. Vous ne voudriez pas, en plus, que dans ces conditions je fasse un billet souriant ? J’ai la couleur du temps.
Ce titre m’est venu après une discussion avec Fred, mon aîné. Il me faisait part de son étonnement de me voir employer le mot « amour » lorsque je parle de Zig dans mes billets. Et il a ajouté :
- « Pourtant, quand nous étions jeunes, tu nous disais toujours que tu ne savais pas ce que voulait dire « aimer ». Même en parlant de Maman, tu disais t’interroger : l’aimais-tu vraiment ? Tu savais seulement que tu ne pourrais pas vivre sans elle, est-ce que c’était ça, l’amour ? »
J’ai reçu cette remarque cinq sur cinq. Je manque de cohérence, pour le moins. Il y a maintenant plus de deux ans que je vis sans Monique, et je prétends « aimer » un garçon qui ne m’a jamais accordé la moindre faveur… « La machine est cassée », disais-je dernièrement. C’est peut-être le moment d’essayer d’être lucide.
Incohérence, ou œillères ?
Fred a raison : je ne sais pas ce qu’aimer veut dire. Je me leurre. Je m’illusionne. Je me fais plaisir en faisant semblant de croire que je vis, puisque j’éprouve des sentiments.
Dis, Papy, si tu remettais les pieds sur terre ?
… … …
Lundi 5 Avril 2010.
Et vlan ! Je décidais de mettre ce texte en veille, il a besoin de murir. Sur ce, Oh!91 publie ce billet, que je commente aussitôt… Ceci pourrait s’appeler de façon plutôt pertinente : « atteindre le cœur de cible »… Je retiens surtout cette réflexion de son psy : "Vous savez, même si apparemment c'est la vôtre, materner, ce n'est pas la seule façon d'aimer". Dans un premier temps, uppercut. Et puis, je m’interroge : materner=aimer ? Aimer sans acte de tendresse ? Aimer sans posséder ? Le psy saurait-il, lui, ce qu’aimer veut dire ?
Ouh la la ! Dans quoi je me lance !
Me revient cette maxime que je me plais à lancer de façon sentencieuse :
« Aimer, ce n’est pas posséder quelqu’un, c’est se donner à lui, sans réserve ». Ah, oui ? Ne serait-ce pas que cela m’arrange, dans l’immédiat ? Que j’essaye de me convaincre
de la réalité acceptable d’un amour platonique ? Et puis, cette affirmation ne sous-entend-t-elle pas que je saurais ce que c’est que
d’aimer ?
Aimer relèverait de l’affectif. Des sentiments. De l’émotion. Un élan du cœur. Il faut qu’il y ait du spontané. De l’incontrôlé ? De l’impulsif ? Des pulsions ? « J’ai aimé ce film. » Un élan ? Irrationnel ? Alors qu’en fait dans ce cas l’on s’empresse d’argumenter et de donner des justifications. Sinon, pour couper toute explication on peut préciser : « J’ai super aimé ! Il est trop, ce film ! ». Plus de discussion. C’est un état. Que l’on ne peut que constater.
« J’ai bien aimé ta réaction. Tu as eu raison de dire ça. » Pour le coup, on reste dans le raisonnable, dans le rationnel. La satisfaction intellectuelle.
« Ce mec, je l’aime trop ! »… Phrase qui dit tout et rien, qui peut relever de la simple admiration (Il est « trop », ce mec), comme de l’aveu d’un sentiment naissant plus ou moins fort, voire de la traduction édulcorée de « Il est bandant ce mec, je lui casserais bien sa rondelle »…
« Chéri(e), je t’aime… » Pourquoi ai-je toujours été mal à l’aise en prononçant cette phrase ?
Un jour, après un échange un peu tendu avec Zig, j’exprimais amèrement le regret de l’aimer autant. Sa réponse fut sobre : « Moi aussi, je t’aime. Ce qui est chiant, c’est que tu ne m’aimes pas de la façon dont je t’aime… »
… … …
Vendredi 9 avril 2010.
Je souffre le martyre à essayer de produire ce billet. Je deviens Pénélope : le soir je détricote ma triste production de la journée. Les meilleurs écrivains se sont acharnés, avec plus ou moins de bonheur, à laisser des pages sur le sens du mot amour. Qu’est-ce qui me prend, moi, de vouloir mettre ici mon grain de sel ? Je l’espère, certains d’entre vous comprendront : je n’ai pas le choix.
Dimanche 11 avril 2010.
Ce matin, je jouais à surfer dans ce blog, en essayant de comprendre le cheminement d’un lecteur qui s’était un peu attardé dans ces pages. Je retrouvais et relisais ce billet. Ce sont quelques lignes du long texte que j’avais envoyé à Monique depuis ma cellule pendant les premières semaines de mon incarcération. Obsédé, redoutant l’instant où nous nous retrouverions après cette longue séparation forcée, rempli du désir farouche de ne laisser aucune zone d’ombre dans ce qu’elle savait déjà de ma vie, je m’acharnais dans les détails. Les extraits repris au début de ce blog viennent du document que nous avions retravaillé et corrigé ensemble quelques années plus tard, lorsque l’envie m’avait pris de numériser et sauvegarder ces foisonnantes pages manuscrites.
Je reprends ici le passage qui vient de me faire réagir :
« L'amour n'est pas un simple sentiment, mais un ensemble d'états d'âme, de gestes, de signes, de pensées, d'actions, de désirs. Ce n'est pas un tableau fini, d'un bloc, mais une mosaïque qui se construit, dont on change et l'on affine les éléments avec le temps, ou bien qui se désagrège par la lassitude et l'accumulation des déceptions.
Le désir est une exigence somatique irraisonnée, le besoin d'une satisfaction purement animale. Même si chez l'homme l'intelligence et les sentiments viennent toujours embellir ou compliquer l'acte physique. Même si la conscience et la volonté modèlent l'attirance spontanée, l'amplifient, la prolongent, la nuancent. Même si elles peuvent l'annihiler, la sublimer, artificiellement la susciter.
L'amour peut indifféremment précéder ou suivre le désir. Si l'amour ne peut trouver son plein épanouissement que par la réalisation satisfaisante du désir, celui-ci et sa réalisation NE SONT PAS L'AMOUR. Même si la frustration du désir fait parfois naître un sentiment imitant l'amour, qui ne peut faire illusion très longtemps.
La fidélité est une valeur intellectuelle. Une règle sociale subordonnée à la culture et aux traditions. Une loi artificielle imposée par cette morale judéo-chrétienne qui prétend régir notre vie. Comment peut-on lier les conséquences de l'amour que sont la fidélité morale à l'être aimé, le don de soi, de son âme, et la satisfaction purement physique d'une pulsion née de l'instinct ?
Naturellement, la découverte et l'accomplissement d'un amour monopolisent tout notre être, le fermant aux autres sollicitations sexuelles. Mais plus ou moins rapidement, selon le caractère et les besoins des individus, le corps réagit aux tentations de notre environnement, à la beauté et à la sensualité qui nous entourent.
Est-ce méritoire de se satisfaire de ce que l'on a, et de rester insensible aux appels érotiques de la vie quotidienne ?
Est-ce criminel de vivre intensément les besoins de sa chair, tout en ne vivant que pour un seul amour ?
Une frustration accaparant l'intérêt et donnant l'illusion d'un sentiment plus fort n'est-elle pas dangereuse ?
Dans notre culture et notre langue, l'équivoque ne vient-elle pas de la confusion entre l' "Amour" et "faire l'amour" ? »
A 35 ans, je croyais donc savoir ce qu’est l’amour ? N’était-ce pas plutôt que j’en proposais à ma femme une interprétation qui puisse préserver notre vie de couple ? Lorsque je disais à mon fils adolescent que j’ignorais le vrai sens « d’aimer », était-ce parce que je me sentais incapable de distinguer mes pulsions de mes sentiments profonds ? Etait-ce que je doutais de mes sentiments vis-à-vis de mon épouse ? Etait-ce que j’attendais plus –et trop- du sentiment amoureux ?
Je ne crois pas avoir été aussi prétentieux. J’étais plutôt affublé d’un complexe d’infériorité : je ne me sentais pas capable d’éprouver des sentiments dignes de ceux de Monique. Tout en étant assez lucide pour reconnaître et redouter les pulsions, tout autant incontrôlables qu'assumées, qui m’envahissaient quand un bel éphèbe croisait ma route.
Qu’importe d’ailleurs que nos sentiments aient droit ou non au label « Amour » ? Une chose est sûre. Certaine. Evidente. Pendant 40 ans nous avons vécu l’un pour l’autre. Pour le cocon familial que nous nous étions construit. Et je ne saurai jamais si ce fut une bonne chose.
Aujourd’hui, je me confronte de nouveau à cette satanée terminologie. J’aime, ou je n’aime pas ? Et la question devient cruciale, justement, quand « la machine est cassée ».
Il me faudra plus d’un billet pour faire ce qui ressemble, je le crains, de plus en plus à un bilan. J’ai peut-être fait une connerie en croyant l’aimer, et en le disant haut et fort. Je ne voudrais pas en faire une plus grave encore en annonçant de façon sentencieuse que je n’ai dit –et fait- que des conneries depuis un an.
Même si la frustration du désir fait parfois naître un sentiment imitant l'amour, qui ne peut faire illusion très longtemps.
Prémonitoire ?
Une seule chose reste indiscutable : cette année s’est passée. Contre toute attente.
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 22054
En ligne : Selon OB : 7
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. Je verrai.