Jeudi 14 avril 2011 4 14 /04 /Avr /2011 17:03

 

Deux ou trois fois, j’ai choisi de louer un emplacement sur la plage, avec deux relax, parasol, gardiennage pendant le bain, garçons de plage à notre entière disposition, le tout pour l’équivalent de quatre €uros, hors consommations. Un luxe de bourgeois.

Le premier jour, le garçon me conduit à un emplacement à l’abri du vent. Le choix était possible : ce n’est pas la pleine saison. Je me retrouve avec un voisinage plutôt agréable : le parasol voisin est squatté par deux jeunes femmes en bikini, cheveux libres, indiscutablement de très jolies filles. A défaut de « zolis garzons », j’aime autant des représentantes de la gent féminine à leur avantage… Je sais, je sais, j’ai tord de me soumettre à cette dictature de la beauté. Je sais, je sais, cet à priori abusivement favorable lorsque mon (ma) interlocuteur (trice) flatte mon regard me jouera un jour un sale tour. Mais voilà, quoi… Je suis esclave de l’esthétique… J’assume.

Taia001.jpg

 

Chérubin s’est précipité dans les vagues pendant que je me dorais la pilule en sirotant un café. A côté, les deux belles cultivaient également le farniente. La plus proche tire un livre de son sac et se met à lire. « La mélancolie arabe » d’Abdellah Taïa ! J’exprime mon étonnement, et la conversation s’engage. La demoiselle est une étudiante de Marrakech, c’est une prof de la fac qui leur a fait découvrir cet auteur marocain sulfureux, il n’y a pas si longtemps interdit de séjour dans le Royaume.

-          « Mais maintenant il est libre de circuler comme il veut, il a même une chronique dans la revue « Tel Quel », et ses livres sont en vente libre ! »

(Je n'ai pas ici de scan de "La Mélancolie...")

 

 

Ah ! Il y aurait donc une société marocaine ouverte et tolérante ? Tiens donc ! Et je suis jusqu’à présent passé à côté ? Les belles affichaient fièrement leur modernité, alors que pour moi, un vague malaise m’envahissait insidieusement. Chérubin était revenu et presque aussitôt reparti, puisque je lui tournais le dos en discutant avec mes voisines…

-          Vous connaissez bien Agadir ?

-          Oh, pour nous, pour Marrakech, c’est une destination naturelle. Nous y venons souvent…

-          Ah…

-          Et votre jeune compagnon vous sert bien de guide ?

-          De guide ? Pas vraiment, non… Vous savez, comme beaucoup de marocains du centre, il n’a guère les moyens de voyager. Il n’était pour ainsi dire pas sorti de Fès, avant de me connaître. Ici il ne connaissait pas… Nous découvrons ensemble, et c’est bien…

-          Oh, voyager n’est pas une question de moyen mais d’état d’esprit ! Vous savez, on peut trouver ici quelque chose de pas cher pour se loger, dans les deux cents dirhams…

Je n’ai pas su que répondre… Démuni comme d’habitude lorsqu’il faut faire preuve d’un peu d’à-propos… Pourtant ! « Mais ma brave fille, réalisez-vous que pour deux ou trois heures vous avez payé votre emplacement de plage l’équivalent en salaire de plus d’une demi-journée de travail de mon Chérubin ? » ; « Mais voyager ne comprends pas que la location d’une chambre ! Il y a le voyage, la nourriture, pour une famille nombreuse, et le manque à gagner ! Je n’ai pas entendu parler de congés payés, ici… », et tant d’autres évidences…

Je commençais à sérieusement grincer des dents…

-          Vous êtes installés au Maroc ?

-          Pas vraiment. Mais j’ai pris une petite location parce que je compte y faire des séjours assez longs. J’ai eu le coup de foudre pour la ville de Fès…A partir de là, je découvre le Maroc, cette semaine, Agadir… Et vous, vous connaissez la France ?

-          Oui, j’y suis allée en Janvier. J’ai trouvé très triste…

-          Où étiez-vous ?

-          A Toulouse. C’est triste, il pleut tout le temps, les gens sont tristes, pas marrants…

-          Ah ?... Faut dire que vous n’aviez pas choisi la bonne période… En plein hiver ! Et puis, quand on ne connaît pas… J’aurais pu vous montrer que les français ne sont pas toujours tristes…

-          Oh ! Mais j’y étais chez des amis qui connaissent bien ! Et eux aussi ne s’y plaisent pas trop…

-          (La copine :) Moi aussi, j’y suis allée, et je n’ai pas aimé non plus !

-          Vous étiez où ?

-          Un peu partout, Nice, Paris, Lyon… J’étais chez des amis, et à la belle saison. Mais je n’ai pas beaucoup aimé ! Pour des vacances, un mois, comme ça, mais pas plus… Les français sont très désagréables, tout ce que, eux, font est très bien, et les autres, nous, sont des arriérés ! Alors que…

Sans voix. Sur certains points je pouvais les approuver, et je le leur dis. Mais ces jugements sentencieux ne sont-ils pas de l’acabit de ce qu’elles nous reprochent à l’instant ? Et si elles deux, offraient au soleil (et  aux regards) leur plastique avantageuse, tout au long du séjour j’ai frémi en voyant ces femmes en robes longues et foulards se mouiller jusqu’aux cuisses pour surveiller leur progéniture, ou être malheureusement confinées sur le sable sec pendant que leurs époux jouaient sur la plage ou dans l’eau dans une tenue plus adaptée… Une fois j’ai vu Chérubin revenir les yeux écarquillés après avoir vu une touriste en monokini allongée sur le sable…

Provocation pas nécessairement respectueuse et judicieuse dans un pays musulman. Mais je crois pouvoir affirmer qu’en France au moins les femmes ont acquis un certain degré de liberté…

Je racontais ces anecdotes à Chérubin. J’étais fou de rage. Non d’avoir entendu de tels propos, mais de n’avoir pas su y répondre, alors que ne se posait pas le barrière de la langue. Ces étudiantes marocaines ne faisaient pas que lire le français dans le texte : elles maîtrisaient parfaitement la langue de Molière. Et je devais me rendre à l’évidence : la société marocaine n’est pas monolithique. Bien plus complexe que je ne l’ai perçue jusqu’à présent. Peut-être plus fragile que je ne le croyais au vu des récents événements du Maghreb. Il est évident que la famille Royale est respectée et joue un rôle modérateur, mais les écarts entre la haute bourgeoisie, la bourgeoisie, le peuple, et les plus miséreux, car il y a des miséreux, ces écarts sont énormes, redoutables, et source de révolte.

Ces demoiselles voyagent, y compris en France. Je ne sais pas si je pourrai obtenir un visa pour Chérubin. Car il faut justifier de revenus et d’un compte en banque correctement approvisionné. Or il n’est pas déclaré, comme la grande majorité de ses collègues.

Chérubin a relativisé. Il y a des riches. Il y a des pauvres. Il fait partie des pauvres. Point.

Finalement, j’ai fini par relativiser aussi. « Deux mondes sans doute. Mais somme toute, en France on dirait que j’ai rencontré deux petites connes prétentieuses. Point. »

Publié dans : Carnets de route
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La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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Qui je suis

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  • 29/04/1945
  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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