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Samedi 4 décembre 2010 6 04 /12 /Déc /2010 14:07

 

Je suis seul ce soir. Il est allé voir sa famille. J’en profite pour me causer à moi-même.

Je vais jeter sur le papier quelques petites réflexions, que vous lirez peut-être. Ou pas. C’est selon. Selon s’il revient ou s’il ne revient pas. Oui, j’en suis là. Ridiculement transi comme un adolescent lors de son premier flirt. Enfin presque : je souhaite à tous les adolescents d’être un peu moins pessimistes. De croire en la vie. De croire en eux. De croire en l’Amour.

Je n’aime pas, et je prends plaisir à dire et redire « je t’aime ». Pour essayer de croire. Pour essayer d’effacer « l’autre ». Mais l’autre ne s’efface pas. Il remplit ma vie. Il s’immisce dans tous les recoins. Il pourrit ma vie. Il me fait vivre. Dans la colonne de droite, pour me présenter, je dis quelque chose comme : « Amoureux d’un petit hétéro de la vingtaine… … mais j’ai décidé d’être raisonnable… » C’est vrai : j’essaye de tomber amoureux d’un petit gay de la vingtaine… C’est déjà plus raisonnable.

 

J’étais sous le coup du mail coup-de-poing. Je venais de me faire traiter de « touriste sexuel », ce qui, malgré mon haut-le-corps orgueilleux, me mettait en face de ma merde, et appuyait bien là où c’est douloureux. D’autant que j’avais du mal à me remettre de ma rencontre avec N., ce jeune sourd à la beauté effroyablement évidente. Ses yeux tristes, qui redevenaient brillants et joyeux parce que je lui manifestais du respect et que je le regardais comme un être humain, et non comme une chose, comme un jouet. C’est bien ça ! Mais il m’avait clairement dit, via le traducteur en ligne, qu’il n’avait pas pu faire semblant de faire l’amour parce que j’étais trop vieux et trop  laid… De quoi rendre timoré plus orgueilleux que moi…

Je m’étais posé à la terrasse d’un café des Allées, et je rêvassais, regardant s’activer la foule colorée des petits emplois à la sauvette : cireurs de chaussures, vendeurs au détail de mouchoirs en papier, vendeurs de chaussettes, vendeurs de cigarettes, vendeurs de montres, vendeurs de colifichets divers et variés, vendeurs de parapluies, de chaussures, de manteaux (si, si, des petits mecs croulant sous cinq ou six manteaux de drap), vendeurs de mots croisés et autres sudokus, etc. … Vous pouvez faire vos courses en restant attablé à la terrasse devant un verre de fruits mixés ou un café. Débandade à l’approche des flics…

J’étais donc posé là, certainement le sourire béat devant tous ces drôles plus beaux et plus sensuels les uns que les autres… Cette fois, j’exagère consciemment et volontairement : je suis troublé, tous ne sont pas beaux, d’aucuns même ne sont pas très aidés par la nature, mais ici, je trouve tout et tous beaux. Même le plus tordu a de beaux yeux, ou un beau visage, ou des cheveux denses et sauvages, ou une taille svelte et souple, ou une braguette arrogante, ou un très beau cul… J’ai envie de tous les embrasser et de leur dire que je les aime. Même ! Il n’est pas rare que je suive d’un regard admiratif un homme mature, voire bien mûr… Je m’en étonne moi-même…

J’étais donc posé là, disais-je, lorsque soudain, au hasard de mes regards tous azimuts, je remarquais les manœuvres d’un jeune éphèbe grand, mince, au regard de jais. « Mais Nom d’un Bon Sang de Bonsoir, mais il me reluque, ce môme ! »

Je ne suis pas très discret, je sais. Vu mon envergure je passe difficilement inaperçu, ok. Ma barbe fleurie étonne et amuse même les marocains, j’en conviens. La tenue en survêtement d’un vieux en Centre Ville pue le touriste à plein nez, il n’y a aucun doute. Et mes balades avec mon joli bolide a achevé mon repérage, à pied ou en voiture, les jeunes m’apostrophent de plus en plus souvent d’un « Salut Marseille ! Ça va ? »…

Ok, d’accord, repéré je suis… mais ce jeune me reluque vraiment ! Et je ne l’ai jamais vu, j’en suis sûr, je n’aurais pas manqué de le repérer ! Il est trognon, ce môme !

Le jeu a duré un bon moment. Je faisais celui qui ne remarquait rien, et chaque fois que mon regard se posait sur lui, lui regardait ailleurs. Alors que mes yeux de derrière la tête me confirmaient que le reste du temps il me dévorait du regard. Je devais en avoir le cœur net. J’ai réglé l’addition et me suis dirigé vers ma voiture. Lui s’est éloigné d’une vingtaine de mètres, s’est retourné et m’a attendu. Net et précis. Explicite et sans équivoque. Comme, lorsque je me suis approché de lui, son « Désolé, moi pas parler français », récité du ton monocorde d’un texte appris par cœur.

Les bras m’en sont tombés. Pas le reste. Dans le secret de l’appartement, il s’est jeté sur moi et m’a dévoré. Animal sauvage. Corps gracile, fragile, et pourtant effroyablement sensuel, étonnamment puissant. Un footeux.

Il ne dit pas un mot de français. Pour ainsi dire. (Encore une fois, vivent les traducteurs en ligne !)

Et puis, le langage des mains…

Il n’est pas beau comme N.

Longiligne, il n’a pas un corps d’athlète comme D.

Il est mignon, sans l’hyper sensualité de Zig.

Il a des yeux de jais, un visage agréable, simplement.

Mais il aime les hommes. D’évidence. D’évidence, je ne suis pas le premier…

Mais il est sexe comme H. Il m’a « tuer »…

Mais il caresse et embrasse. Pour de vrai ! (Ah !... … Je meurs de nouveau !)

Mais à la fin de la soirée, je ne voyais que par lui, j’aurais voulu ne respirer que pour lui…

Ça tombait bien : il ne me voulait que pour lui ! Il enrageait quand je m’asseyais devant l’ordi, quand je m’attardais dans la salle de bain. Dare-dare, il me ré entraînait dans la chambre… J’ai eu peur d’un nouveau Jean-Yves, quarante ans plus tard… Il est pire : je ne l’ai pas encore vu ne pas bander ! Dans un moment de câlin, pendant son sommeil, au réveil, pendant le p’tit déj., que sais-je ? Chaque fois que ma main s’égare, elle trouve un soldat prêt à en découdre… C’est affolant pour un vieux comme moi dont la machine a des ratés ! Il assume la chose comme un autre le ferait d’une tâche de vin… c’est comme ça. Point. Sans y attacher plus d’importance.

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Il ne m’a pas quitté. Il a posé son sac, nous nous sommes peu éloignés de l’alcôve jusqu’à notre départ pour Rabat et Casablanca. (Nous n’avons pas très bien choisi la période ! Je suis doué pour ça ! J’ai approché le concept du déluge… malheureusement, ce n’était pas du cinéma ! Les dégâts sont très importants, et encore une fois, ce sont les plus pauvres qui payent le plus lourd tribu. Nous, nous avons juste étés frustrés de ne presque rien voir pendant cette semaine, à part de l’eau…). Il m’a suivi aussi là-bas. C’était une évidence. Il a profité, abusé des intempéries. Nous avons peu mis le nez hors de la chambre d’hôtel.

 

 

 

  Au retour ce matin, il m’a expliqué qu’il devait quand même aller saluer sa famille…

Va-t-il revenir demain comme convenu ?

Pourquoi tu trembles, carcasse ?

Vous le saurez : je ne publierai ce billet que s’il me revient.

Si ça se prolonge et qu’il m’accompagne aussi vers le Sud et le Sahara, vous le saurez également : il veut que je retrouve mon visage publié dans mon profil… Il a décidé que c’est lui-même qui couperait cette barbe symbole de mon chagrin. Il ne veut pas remplacer Zig, il veut me le faire oublier.

Il veut. Moi, je ne sais pas ce que je veux.

Il a vingt-deux ans. Il n’est pas gigolo. Gérontophile, faut croire. Dès le départ je me suis attaché à lui enlever toute illusion sur une possible ouverture vers la France. J’ai essayé. Car comme tous, il ne me croit pas. Lorsque je lui dis qu’il est dix fois plus heureux ici qu’il ne le serait en France, il éclate de rire. Comment le lui faire comprendre, lorsqu’il m’explique que pour un mois de travail devant la machine à repasser d’un pressing il a touché 550 DH, soit à peu près 50 €uros ? Le prix d’une nuit à l’hôtel de Rabat, que j’ai réglé sans sourciller… Une petite carte bleue, et basta…

Il ne boit pas, ne fume pas. Défaut apparent, il est très exclusif et très jaloux… C’est peu…

Mais je ne sais en fait rien de lui. Il ne veut pas que je le prenne en photo. Il ne me parle pas de sa famille autrement qu’en termes vagues et généralistes. Il a un frère et un grand-père à qui il téléphone souvent. C’est peu.

Il veut. Moi, je ne sais pas ce que je veux. Ou j’ai peur de croire que je crois que je sais ce que je veux.

 

Samedi matin.

Il est revenu. Il m’a appelé tôt le matin, j’étais encore en pyjama.

« Viens au parking du MacDo en Centre Ville. Tout de suite. »

C’était un ordre. Mais quel ordre ! Je me suis précipité.

Il voulait juste me voir. Frais et pimpant, pour me montrer peut-être qu’il avait une garde-robe suffisante et qu’il n’attendait rien de moi ? Avant-hier, en visitant la vieille Médina de Salé (jumelle de Rabat), je voulais lui offrir une ceinture, la sienne donnant des signes de faiblesse. Ses yeux sont devenus des braises, son visage est devenu dur. Il a sorti un billet et payé lui-même. Il est soucieux du paraître…

Il est reparti à un mariage, après m’avoir donné deux heures de bonheur. Il revient ce soir. J’y crois : je vais publier ce billet.

Publié dans : Carnets de route
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La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!        
 Juillet 2012        
      J'ai obtenu le statut de résident étranger au Maroc.
            C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Seulement, il y avait ce satané véhicule ! Je n'ai plus le droit d'avoir mon jouet décapotable français. Je suis rentré en France pour essayer de le vendre afin de racheter un petit véhicule au Maroc. Seulement voila. En période de crise, ce genre de véhicule ne se vend pas ! Ou bien les acquéreurs potentiels n'osent pas investir dans de la fantaisie, ou bien ils ont les moyens d'acheter le même véhicule neuf...
Bref... Je n'ai eu d'autre solution que de racheter moi-même le cabriolet, au prix fort (plus de 22 000 €uros, soit 5000 €uros de plus que l'estimation communément admise. Se rajoutent les frais de douane ("Mise en circulation" au Maroc), environ 11 000 €uros, l'assurance marocaine (l'ancienne assurance ne peut avoir cours à l'étranger), couverture à payer en une fois annuelle (environ 1000 €) Plus... Plus...
Bref... Je suis plus pressé qu'un citron... Mais je suis près de lui.
. Je veux vivre par et pour lui.  Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, maintenant. Tout de suite.   
       
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  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, j'ai redécouvert l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune ! C'est lui qui m'a choisi, et je n'ai pas su dire non...

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-deux ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt deux ans qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

J'ai de plus en plus peur. Je sais, je suis totalement ridicule de trouver ceci un peu trop.

"Le marié est-il trop beau ?"

Et puis, quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. C'est inéluctable. 24/67, ratio incontournable. Je verrai.

J'imagine encore que je saurai être digne.

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