Je suis dubitatif.
« Je suis ». En soi, c’est déjà une information majeure. Rien ne m’aurait permis, il y a deux ans, d’envisager que je verrais le soleil se lever sur le 1er Mars 2010. 2010 ! Rendez-vous compte ! Jeune, j’étais totalement convaincu que je ne verrais pas le siècle nouveau. Et 2010 ! J’en frémis. Une sorte de vertige. Une peur rétrospective. Comment ai-je pu ? Quand je me regarde dans la glace je complète : « Comment puis-je accepter, ou simplement tolérer ?... » Je suis.
Je n’en éprouve aucune satisfaction. Aucun plaisir. Une charge trop lourde. Un sentiment de ne plus être moi. De m’être trahi. De ne pas être honnête. D’avouer, en place de Grève, que je suis un lâche.
« Dubitatif ». Ce que j’ai vécu depuis un an me semble totalement invraisemblable, irréel. Gageure peut être, épiphénomène paranormal probablement. Je ne m’esbaudis pas de ce que j’ai pu vivre, j’en doute. C’est une menace : je finirai bien par le payer un jour.
J’ai repris ce titre en référence à l’improbable petit évènement intime survenu voici un an : je cessais brutalement de fumer. Je passais du statut de très gros fumeur à celui de non fumeur en une nuit. Un an ! Je ne voyais pas aussi loin ! Je souffrais énormément des suites d’une petite intervention au laser sur mes cordes vocales, et je décidais de stopper la cigarette jusqu’à la cicatrisation. Après seulement je me lançais la gageure de continuer. Et ce ne fut même pas difficile. J’entendais récemment dire dans une émission que plus de 60% des personnes qui cessent de fumer le font sans aide extérieure. Un parmi tant d’autres.
L’addiction dont on nous rabat les oreilles n’est donc pas si patente et si dangereuse que ça.
Le terrorisme de la dictature médicale devrait prendre un coup dans l’aile… Mais non !
Le cancer ! Répondront certains. Monique ne fumait pas et menait une vie très équilibrée. Le crabe l’a emportée en moins d’un an. Et puis, merdre ! Il faut bien crever de quelque chose ! La dictature de la vie à tout prix me fait plus peur que les conséquences du tabac.
Je crois encore, dur comme fer, malgré ma lâcheté constatée, que je saurai prendre la bonne décision au bon moment. Et je compte bien que ceux qui m’aiment s’en réjouissent.
Je dérive ! Il y a un an, je me complaisais dans ma tabagie, aujourd’hui je ne fume plus (Pas une seule taf en douze mois, les enfants !), mais la fumée n’est pas un problème. Je suis cerné par de jeunes fumeurs. J’ai la satisfaction de ne pas avoir eu d’effort à faire pour ne pas tomber dans l’intolérance imbécile des dictateurs-fumeurs-repentis.
Il m’est arrivé d’avoir très envie d’en griller une. Non pas parce que j’étais cerné de volutes bleutées, mais parce que j’étais trop bien, et qu’une cigarette aurait heureusement complété ce bonheur improbable.
Car oui, je suis dubitatif d’abord et avant tout parce que j’ai connu dans l’année écoulée des moments de bonheur inouïs. C’est un aveu que je fais le rouge au front. Quelque part je trahis. Je trahis mon amour pour Monique, je me trahis moi. Je n’accepte pas de me mentir.
Dans cette espèce de vague bilan que je me refuse à nommer ainsi, je me dois d’être encore plus sincère. Lorsque Monique est partie après m’avoir fait promettre que je lui survivrai « pour les enfants », j’avais en tête de régler au plus vite les problèmes matériels et de m’éclipser le plus discrètement possible.
J’avais seulement envie de satisfaire au préalable une envie totalement et effroyablement égoïste : avoir une dernière fois l’occasion de tenir dans mes bras un garçon désirable. Vivre une intense relation sexuelle. Non pas pour avoir un dernier souvenir, je ne crois toujours pas que les cendres ont des souvenirs, mais pour avoir plus de force pour affronter le passage. Le pire sans doute était que je n’excluais pas de monnayer ce dernier bonheur ! Avec pour conséquence des exigences encore plus grandes, et une réalisation plus qu’improbable… Mes contradictions habituelles, qui ont retardé plus que de raison les décisions à prendre.
La première année s’est passée en tergiversations. L’anniversaire de mon deuil fut plus que pénible. J’envisageais de plus en plus sérieusement de mettre la clé sous la porte, abandonnant tout préalable.

Un jeune a toqué à ma porte : je ne le savais pas encore, c’était le frère de Zig. Bien foutu. Désirable. Aimable et doux. J’ai eu envie de l’aider. Sursis. Deux, trois semaines après le
petit frère débarquait. Le début de la fin, en quelque sorte. Pour ceux qui me connaissent : regardez avec « quoi » les deux frangins me narguent… Le plaisir des yeux.
Seulement.
Comment aurais-je pu me douter que je mettais les doigts dans un engrenage irrémédiable ?
Il y a quelques années je me marrais quand j’entendais un gay dire être tombé amoureux d’un hétéro. Pur fantasme pensais-je. Etre tenté par l’inaccessible. Masochisme. Manque de réalisme. Courir après l’impossible, c’est éviter de prendre le risque d’avoir à faire ses preuves. D’avoir à se faire accepter dans la durée. Facile.
Pensais-je.
Je ne dis plus. J’aime. J’aime d’un impossible amour. J’ai du plaisir à me faire du mal. J’en redemande.
Il faut bien mourir de quelque chose disais-je plus haut. Mourir d’aimer. Ce n’est finalement pas si mal.
Dès la première minute j’ai su que j’étais condamné, mais il a fallu plusieurs mois pour que j’accepte de me le dire. Franchement. Les yeux dans les yeux. Dans un miroir. J’aime. J’en suis surpris. J’en suis ivre. Je culpabilise un max. Je jubile comme un ado. Je suis con, et con-tent et tant de l’être.
Il y a eu le bonheur de tenir dans mes bras un garçon adorable au sens propre, même si ces étreintes ne pouvaient être que chastes et partant, évidemment frustrantes. Il y a eu ce voyage, auquel je ne croyais pas, auquel je ne croyais plus. Ce sentiment fort, intense, surprenant, de vivre, pour la première fois de ma vie. Il y a eu toutes ces rencontres improbables de jeunes éphèbes qui croquaient la vie par tous les bouts, et moi au passage. Il en est découlé, probablement, une réaction subtile provoquant de ma part un dégagement de phéromones irrésistibles. Il ne peut y avoir d’autre explication au fait qu’un vieil obèse ventripotent et à demi gâteux attire dans son lit de jeunes adultes gracieux et biens dans leur peau, des jeunes que je n’aurais même pas osé approcher à moins de cinq mètres il y a quelques années …
Car, je dois dire… Je ne comprends pas bien tout ce qui arrive. Il se peut aussi que le monde bouge, vite, trop vite. Je suis dépassé par les événements. Tenez, il y a peu…
Nous dormions à l’hôtel, et comme à l’accoutumée Zig ne bougeait pas un cil de la matinée. Je me suis levé normalement pour prendre un sympathique petit déjeuner avant de me préparer pour aller m’occuper des affaires de famille. En remontant je croise dans l’escalier un jeune mec au visage d’ange. Splendide. Magnifique. Vraiment un très, très bel éphèbe ! Un « Waaououh ! » d’admiration m’a échappé en le croisant. Je n’avais pas fait trois mètres de plus qu’il m’interpellait pour me demander une cigarette… Cigarette ? Besoin réel, ou accroche ? Je décidais de vérifier immédiatement. Je n’avais pas de cigarette sur moi, mais il y avait celles de Zig dans la chambre… Il m’a suivi sans hésiter, et c’est dans la salle de bain (heureusement confortable), pendant que Zig dormait à côté, que j’ai bénéficié d’un câlin aussi agréable qu’inattendu… Aujourd’hui encore j’ai du mal à y croire… En discutant tranquillement « après », il m’a raconté qu’il avait dormi dans cet hôtel avec un jeune couple qui avait envie d’un « complément »… A cette heure le couple dormait, lui pas, et toutes ses envies n’étaient pas assouvies… Le monde bouge, vite, trop vite. Je suis dépassé par les événements. Mais, hé !, j’essaye encore de prendre le train en marche…
Zig, vexé de ne pas être le premier à faire une conquête, a rectifié le tir le soir même… Le monde bouge, vite, trop vite. Je suis dépassé par les événements.
Revenu ici, pour le moment je suis au calme. Mes biquets n’ont pas encore retrouvé le chemin de la maison. Fl. m’appelle régulièrement, il voulait venir ce matin. J’ai prétexté de ne pas être seul chez moi (Fred est redescendu avec nous) pour refuser. Je dois respirer un peu.
Respirer, et réfléchir. J’approche du carrefour. Tous les problèmes matériels sont en passe d’être réglés. Je vais devoir prendre des décisions quant à la direction à privilégier. Le prochain anniversaire sera mes soixante cinq ans. Suivi de celui, deux semaines après, de la première année de cohabitation avec Zig… Et là !.......
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 18744
En ligne : Selon OB : 3
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-deux ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt deux ans qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
J'ai de plus en plus peur. Je sais, je suis totalement ridicule de trouver ceci un peu trop.
"Le marié est-il trop beau ?"
Et puis, quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. C'est inéluctable. 24/67, ratio incontournable. Je verrai.
J'imagine encore que je saurai être digne.