La nuit tombante, assis sur la digue, face à l’océan. Discrètement, je lui prends la main…
- Je t’aime.
- Moi aussi…
- Non, moi, je t’aime beaucoup ! B’zef !
- Moi aussi beaucoup, beaucoup !
- Moi, b’zef, b’zef, b’zef, b’zef ! Encore plus ! (Retomber en
adolescence… Indifférent au ridicule !)
- Moi, grand, grand, comme la mer, là !
- C’est vrai ???
- Ouuiiiii…
- … …
- Mais quand tu regardes « zoli garzon », la moitié de la mer partie !...
- C’est vrai ?!?... Ben, à ce rythme là, la mer, elle va vite être vide !
- Non ! Pasque mes larmes à moi remplie…
- Tes larmes vont remplir la mer à nouveau ??
- Ouuuiiiii…
Malgré ma folle envie, je ne peux pas le prendre dans mes bras et l’embrasser… Je lui serre la main à lui éclater les phalanges… Je n’arrive pas à y croire. Chaque jour il me prouve pourtant combien il est sincère. Et dans quelques jours il y aura cinq mois que le regard d’un éphèbe me brûlait la nuque pendant que je sirotais un café en bordure des Allées Hassan II. Il y aura trois mois que je suis revenu de France et qu’il n’a pas découché une seule nuit… Je m’endors en le tenant dans mes bras, je me réveille enlacé dans les siens, son corps vibrant collé à mon dos, son étendard sonnant le réveil…
L’intimité de l’hôtel était propice, en cette période hors saison. Nous en avons parlé, de cette jalousie que je trouvais exacerbée. Mais non, il n’est pas vraiment jaloux. Il a peur de me perdre.
- Toi tu regardes longtemps les garçons, comme ça : (il mime que je les suis du regard)… Et moi, à côté, je suis seul. Tout seul. Toujours tout seul. Tu parles pas avec moi.
Je pourrais hausser les épaules, et lui dire que c’est ridicule, qu’il sait bien que lui seul compte. Mais non ! Ses paroles font un écho strident à des remarques que me faisait souvent Monique, et que j’évacuais justement par un haussement d’épaule : « Tu sais bien que pour moi tu comptes plus que tout au monde ! »… C’était vrai. Mais parfois elle se sentait seule avec son amour exclusif pour moi, et je ne le voyais pas ! Chérubin me le fait comprendre aujourd’hui ! Hélas…
Et parfois, je m’imagine intelligent ?
La souffrance majeure de Chérubin, son ennemie mortelle, est la solitude. Un jour où j’essayais de lui faire verbaliser des souffrances enfantines, voire les violences subies, il m’a détrompé : « Mais non, le Papé pas beaucoup battre moi ! Mais le Papé rentre travail fatigué, il veut silence, il me chasse et me dit de pas parler. La Mama fatiguée aussi. Beaucoup frères. Moi dans un coin, me taire. Moi seul. Toujours seul…
J’ai essayé de lui raconter que cette souffrance, qui m’a été également bien familière, vient peut-être et surtout de notre sentiment de différence, effroyablement douloureux mais impossible à verbaliser. Et que lui, ici, dans cette homophobie institutionnalisée, a été encore plus seul que je ne l’ai jamais été, avec le sentiment incompréhensible d’être rejeté. Moi, je croyais que c’était d’être élevé en fils unique, mon frère et ma sœur étant beaucoup plus âgés que moi et rarement à la maison. Lui, il était seul au milieu d’une très grande fratrie…
Mais en vérité la solitude a un autre nom : pédés. Nous sommes gays, et nous devons nous assumer. Seuls.
Il lui faudra encore plusieurs semaines de cours de français pour que nous puissions approfondir cette réflexion. A moins que je réussisse enfin à assimiler rapidement la langue arabe. Plusieurs mois, peut-être plusieurs années, pour qu’il soit en mesure de regarder sa gaytitude en face. Et pourtant !
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 22187
En ligne : Selon OB : 7
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. Je verrai.