Tiens, à propos de « chez moi »…
Je m’étais fait mon petit cinéma : en deux temps, trois mouvements, j’allais trouver un adorable petit appartement en plein centre ville de Fès. Période creuse, peu de touristes : je serais le Roi du marché…
Ben… Pas tout à fait. J’imaginais qu’Oussama, bien implanté ici, n’aurais aucun mal à trouver ce que je recherchais. D’ailleurs, le premier soir… « Pas d’problèm Mr Boby, demain je t’en montre deux, un dans la vieille Médina, un autre dans la ville nouvelle, tu choisiras…
Choisir ? Rien du tout ! Le brave garçon n’avait pas pensé que je pouvais avoir des exigences de bourgeois occidental nanti… Un quartier pas trop mal famé où je pourrais dormir sur mes deux oreilles en laissant mon gadget de voiture sur un parking surveillé. Un immeuble avec ascenseur ou alors un appartement au premier, pour préserver mon arthrose. Des sanitaires à l’occidentale, pas à la turque, et au minimum un coin douche… Putain de bourge occidental colonialiste ! Les WC à la turque c’est beaucoup plus sain, on évite les maladies, et puis une douche, pour quoi faire ? Saunas, hammams et bains publics suffisent amplement ! D’ailleurs, l’eau chaude est un luxe que bien peu peuvent se permettre… Une casserole sur le butagaz et on n’en parle plus…
J’ai vu des petits nids adorables. Exactement ce que je cherchais, dont un donnant sur une petite cour intérieure privée, je vous dis que ça ! J’allais crier d’enthousiasme lorsque j’ai vu les WC à la turque, en béton brut… Pas de salle de bain, of course…
A chacun de mes refus, se rajoutait un personnage : l’ami de l’ami de l’ami de l’ami d’Oussama s’y mettait pour me trouver le logis de mes rêves. Je voyais venir le vent, et je commençais à frémir…
Et ce que je redoutais…
Enfin, dimanche, cette équipe polymorphe m’a fait visiter quelque chose qui m’a paru acceptable.
Dans un quartier de la ville neuve, plutôt agréable et calme, un petit logement en rez-de-chaussée, salle et salon, deux chambres, coin cuisine, cabinet de toilette et WC séparés. Idéal, à le décrire ainsi. Je notais simplement les pièces vides (ils m’ont emmené une table et deux chaises par la suite), la chambre et le cabinet de toilette avec des tas d’affaires de l’occupante en titre (la fille de la propriétaire, actuellement domiciliée en Italie). Pas d’eau chaude sur l’évier ni le lavabo (plutôt du style « rince-doigts »)… Un chauffe-eau que j’ai réussi à faire fonctionner au bout de trois jours…
Mais je suis chez moi. Je n’aurai plus à subir le regard inquisiteur d’un gardien d’hôtel qui ne quitte pas le pas de la porte de ma chambre tant qu’Oussama est là :
« Il est interdit de laisser de jeunes marocains seuls avec un occidental ! »… Je ne vous raconte pas mon pétage de plombs !
Il faut que je cesse d’aller dans tous les sens. Finissons l’anecdote de l’appartement.
Il y avait là la propriétaire, son fils (beau mâle de trente-huit ans), deux des amis de l’ami d’Oussama, et moi. Tous ces yeux braqués sur ma malheureuse personne, dans l’attente de ma réponse. Enfin j’ai dit oui ! Suivi aussitôt de la question qui fâche : « oui, mais combien ?? ». Alors là, je ne vous dis pas la cacophonie dans ce malheureux petit appartement ! « Quoi ? On vous a dit ça ?? Impossible ! Ça vaut au moins le double ! » « C’est lui qui vous a dit ? » « Mais non ! Je n’ai jamais dit ça ! » Etc. … Etc. …, j’en passe nécessairement, puisque 95% étaient dit en arabe. Moi, j’étais plutôt là comme un gland. A attendre de savoir à quelle sauce j’allais être apprêté. J’avais beau essayer de placer de temps en temps : « J’aimerais bien comprendre, moi, vous ne pouvez pas traduire ? »…
Enfin, nous avons trouvé un accord. Je commençais à comprendre ce qu’est le marchandage maghrébin. Je commençais seulement…
L’affaire conclue, la propriétaire et son fils se sont retirés, avec l’acompte que je pouvais leur donner en attendant l’ouverture des banques le lendemain.
Alors, les choses sérieuses ont commencé. Les deux olibrius se sont tournés vers moi avec un air pas aimable du tout…
- « Et le salaire des vendeurs ?? »
- « vendeurs ? Quels vendeurs ? Vendeurs de quoi ? »
- « Et le travail que nous avons fait, courir dans toute la ville pour rechercher, téléphoner, venir avec vous visiter… »
(Je ne me répète pas, tout ceci dans un ignoble baragouinage que le malheureux Oussama essayait de me traduire avec ses quelques mots de français appris à mon intention…)
- « Je ne veux rien savoir, moi, je me suis adressé à Oussama, il m’a dit qu’il faisait appel à des amis, à lui je ne donne rien, je ne vous donnerai rien non plus ! »
(Hurlements, menaces, tremblements, crise de nerf…)
- « D’ailleurs vous avez permis à la propriétaire de louer, c’est avec elle que vous devez faire affaire. D’autant qu’elle a exigé et obtenu plus que ce que vous m’aviez dit ! »
(Hurlements, menaces, tremblements, crise de nerf…)
Je ne suis pas assez doué pour raconter l’invraisemblable cirque qui s’est déroulé sous mes yeux, dans cette belle langue qui m’est étrangère. Plusieurs fois ils ont failli en venir aux mains avec Oussama, et je m’interposais au risque de recevoir moi-même un coup… Il a fallu faire revenir la propriétaire (j’étais prêt à remballer mes bagages et à laisser tomber), et avec la forte autorité naturelle du fils, enfin, je lâchais un peu de lest et nous avons pu aboutir à un accord.
Et là, je ne vous dis pas. Les accolades, les amabilités, les gentillesses, les mains sur le cœur… Tout juste s’ils ne m’ont pas roulé une pelle ! Et leur « ami » Oussama est redevenu leur ami.
Je comprends un peu mieux le marchandage maghrébin. Mais j’ai du mal.
Faut juste s’y faire, je pense. Et sans le faire exprès, avec mon caractère de cochon et mes coups de gueule, je suis rentré dans le jeu, sans vraiment en être conscient…
Ce qui m’a valu leur respect !
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 46025
En ligne : Selon OB : 1
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-deux ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt deux ans qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
J'ai de plus en plus peur. Je sais, je suis totalement ridicule de trouver ceci un peu trop.
"Le marié est-il trop beau ?"
Et puis, quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. C'est inéluctable. 24/67, ratio incontournable. Je verrai.
J'imagine encore que je saurai être digne.