Je vais un peu dans tous les sens. Comme d’habitude je me suis laissé aller à feuilleter les blogs amis, et maintenant je n’ai plus trop de temps pour faire tout ce que j’ai programmé avant son retour vers 13h00. Pourtant, nous nous levons tôt cette semaine : le stage de conduite débute à 8h00 tapantes. Je suis en train de passer l’aspirateur, tout en surveillant la chauffe du four, en épluchant les pommes de terre, tandis qu’avec ma troisième paire de mains je range un peu le linge. Le téléphone sonne.
- « Alors, il est cuit ce poulet ?! »
Ce ne pouvait être que lui. Pas une seconde je n’ai envisagé d’entendre une autre voix. Je suis aux anges tandis que nous échangeons quelques plaisanteries pendant qu’il dérouille ses jambes : il n’en pouvait plus d’être sagement assis dans la voiture école. La passivité n’est pas trop son truc.
Cette anecdote m’a accompagné toute la journée. Histoire, encore une fois de couper les cheveux en quatre dans le sens de la longueur. Ai-je seulement le droit d’évoquer un quelconque amour sans y associer une parcelle de désir ? Désir ! Mais non, le problème n’est pas dans le désir ! Du désir il y en a. A revendre même ! Mais sublimé, transcendé. Un amour stérilisé, en quelque sorte. Longue conservation. Présentable. Tolérable. Nom de Dieu ! Je veux du vrai, du lait entier ! Du bon Camembert de chez nous, fort en bouche, fort en gueule…
Tu parles… C’est quoi qui fait mes petits bonheurs quotidiens ? Hein ? Hein ? C’est-y qu’une bonne séance de galipettes avec morsures et suçons, avec sueurs et corps moites, avec chibre puissant sur lequel on s’empale en mordant l’oreiller, avec langue dévorée et souffle coupé ?… Avec réciproque et remise du couvert dans la foulée ?… Ben, à nos âges, mon bon monsieur, ça ne dure pas des heures ! Au bout d’un quart d’heure, l’arthrose se rappelle à nos bons souvenirs, la machine toussote et a des ratés, et le ridicule menace… Mais si, mais si, mon bon monsieur…
Mes petits bonheurs quotidiens aujourd’hui, je les trouve dans la cuisson du poulet. Oui. Depuis que Zig m’est revenu, depuis qu’une démarche constructive s’est remise en place, je me saoule de rangement et de lessive, je me prends des indigestions de pensées affectueuses et de préparation minutieuse des moindres détails. Chaque minute est prétexte pour penser à lui, et même cette écriture-ci, que croyez-vous ?... Je réalisais soudain cette évidence ce matin : connement, j’avais besoin d’une raison de vivre. Pas une raison sublimée, intellectualisée : chaque jour je pense à mes enfants, oui, bien entendu. Mais ils n’ont pas besoin de moi, je vivrais comme un échec qu’ils aient réellement besoin de moi. ( Tiens, cela fait partie des petits échanges conflictuels avec la mère de Zig. Elle ne comprend pas et n’accepte pas que je refuse de mettre mon nez dans leurs affaires. Je lui dis qu’ils sont adultes et responsables. C’est un gros mot qui la choque et la révolte En gros, dans son français difficilement compréhensible elle me dit : « Mais vos enfants sont vos enfants Boby, pour toujours ! Même quand ils seront vieux et chauves ce seront toujours vos enfants et ils auront encore besoin de vous ! Et après, c’est vous qui aurez besoin d’eux, et ils vous devront assistance. » Je la choque énormément en disant que je refuse qu’ils mettent le nez dans mes affaires, et que j’espère bien n’avoir jamais besoin de faire appel à leur assistance. Je choque sa culture. Je choque son amour de mère. Je choque sa foi, aussi. Il lui arrive de me reprocher d’en faire plus pour son fils que pour mes propres enfants !)
Je comprenais aussi aujourd’hui que je n’avais jamais appris à vivre pour moi-même. Quel gros mot ! Vivre pour soi ! Et j’ai souffert. Souffert d’avoir sans doute fait preuve d’égoïsme vis-à-vis de ma femme. Je disais ne vivre que par et pour elle. Mais en réalité, j’avais besoin d’elle pour vivre ! Pur égoïsme. Egocentrisme exacerbé. Et Zig… Mêmes causes, mêmes effets. Sauf qu’avec lui, je le verbalise au maximum. Et que je le sais fort. Quand il n’aura plus besoin de moi, il me jettera comme une vieille chaussette. Je le lui ai dit. Je le lui demande.
Alors, le désir… Mais même ça, tenez. Depuis plusieurs jours je m’interroge sur ce que je sens, ce que j’éprouve. Lorsqu’il me laisse glisser ma main sous son tee-shirt et que je sens rouler sous mes doigts les muscles nerveux de son dos sous le satin enivrant de sa peau. Je ne respire plus. Je suis comme tétanisé, bouleversé, ému au-delà du dicible. Son odeur me tourne la tête. Certaines fois, je me sens proche de l’évanouissement et je m’appuie sur quelque mur pour laisser passer la tempête. La tempête ! Et il n’y a pas de sexualité dans notre étrange couple ? « J’essaye de te comprendre », me disait-il tout à l’heure, « je m’imagine moi, avec une belle meuf avec une grosse poitrine blottie dans mes bras… Hé bé ! Je resterais pas aussi calme, moi !… ». Je me suis demandé si c’était admiratif, ou s’il s’agissait d’un reproche ?... Admiratif. J’en suis sûr.
Tiens, pour illustrer les contradictions au milieu desquelles je me débats, une anecdote que j’avais notée, à l’époque, il n’y a pas si longtemps, dans une de nos nombreuses périodes conflictuelles. J’étais parti pour une nouvelle fois m’abrutir en parcourant les lieux de drague du coin.
« Pas un chat, comme d’habitude. Ça devient étrange, ce calme inhabituel en ces lieux depuis mon retour de la capitale. Ah !
Si ! Une voiture ! Une vieille connaissance. Je dis bien vieille… Même pas envisageable un jour de grande morosité comme aujourd’hui ! Mais un garçon au demeurant absolument
charmant. Cela va être l’occasion d’une petite causette. Cancans de tatas en attendant le chaland…
Au niveau cancans, je suis servi ! Enfin, ce ne sont pas des cancans, hélas. J’ai l’explication de la désertification de ces lieux. Il y a un peu plus d’un mois, pendant mon séjour à Paris, s’est produite ici une violente agression homophobe. Deux mecs ont étés envoyés à l’hosto, et leur voiture réduite à un tas de ferraille à coup de barres de fer… Ils se faisaient un câlin dans ce lieu qu’ils croyaient isolé…
Voila. Notre quotidien. Les flics n’ont pas dû en faire un fromage. Ils n’ont eu que ce qu’ils méritaient, ces mecs, n’est-ce pas ?
Je demande alors où sont passés les habitués ? Mon interlocuteur me raconte quelques autres lieux dans des environs accessibles. L’un d’eux me tente. L’occasion de faire une balade sympa en voiture, pour ensuite découvrir un coin de nature complice… Va pour la découverte ! C’est ce qu’il me faut justement aujourd’hui, pour penser le moins possible.
La chance sourit aux innocents. J’ai maintes fois remarqué que la découverte d’un lieu nouveau se concrétisait pour moi par une rencontre alléchante, qui, hélas, ne se renouvelait guère les fois suivantes. Aujourd’hui confirme la règle. Je rencontre Kamel.
Très peu de voitures, j’imagine, donc, très peu de visiteurs. (J’ai réalisé en chemin que nous sommes un jour férié ! je vis vraiment en dehors du monde !) Un seul véhicule là où je me gare, mais il est affublé du « A » des jeunes conducteurs, ce qui me pousse à rentrer dans les bois. Je ne serai pas déçu.
Ne me demandez pas pourquoi je tombe, encore une fois, sur un jeune maghrébin, absolument adorable ! C’est ainsi. Une histoire de destin, peut-être. Mes souvenirs de drague les plus marquants, mettent en scène, soit des jeunes beurs au type bien méditerranéen, soit des jeunes ch’tis blonds comme les blés ! Mais tous imberbes, avec une peau d’une douceur, d’une douceur !
Aujourd’hui confirme. Ce jeune sportif tunisien a un corps d’une douceur bouleversante. Et il s’avère d’une gentillesse inattendue. Il se veut actif (quand même !) mais il me prend en bouche avec une telle ferveur que bientôt je flagelle sur mes jambes. Il a une sacrée technique le bougre ! Je mets tout autant d’enthousiasme à lui rendre la politesse, et sa vigueur me comble. Ce garçon semble vraiment un oiseau rare ! Alors, pourquoi ne puis-je empêcher mon cerveau d’être envahi par cette phrase : « Ce n’est pas possible, ya un loup quelque part ! » ?
C’est pourtant simple ! Il a vingt-et-un ans (tiens donc !) et moi presque soixante-cinq.
Nous avons bien parlé. Il est charmant. Il aimerait bien me revoir, et viendrait volontiers chez moi, mais… Mes locataires le gênent ! (Ils étaient encore là).
Je suis rentré à la maison calmé, plus serein. Ce jour là, Kamel a merveilleusement joué à faire l’amour. Je dis « joué » car je ne doute pas un seul instant que ce n’était qu’un plan cul. Mais il a très bien, vraiment très bien fait semblant. Il avait un plaisir évident à offrir son jeune corps à mes caresses. Un corps agréable, à la fois athlétique et ferme -et extrêmement doux-, correspondant parfaitement à mes illusions (ou mes fantasmes) les plus sensuels. Et pourtant ! Il suffisait qu’une fulgurance m’évoque Zig pour que je trouve immédiatement fade et médiocre ce que je tenais dans mes mains. Kamel ne me fera jamais pleurer. La poitrine cave, les jambes fluettes, le nez trop long, les chicots mal soignés de mon bien aimé me bouleversent. Tout autant que son port de tête altier, son dos nerveux, sa plaquette de chocolat impressionnante, juste soulignée du filet pelvien qui, à partir du nombril, montre le chemin à suivre…. Non ! Oh ! NON !
Ben si. Je chiale de nouveau. »
Tout était dit dans ces petites notes. Des plans cul, j’en ai connu, j’en connaîtrai d’autres, je l’espère. Mais je n’ai jamais rappelé Kamel. Je n’ai jamais désiré forcer la main de Zig. Oui, je crois avoir le droit d’oser le dire : je l’aime vraiment.
Et je tourne en rond. Je me souviens l’avoir écrit, il y a pas mal de temps déjà. Je désire Zig, mais je ne suis pas du tout sûr de souhaiter concrétiser. J’ai besoin de lui, de sa présence, de ses pensées, de ses attentions. Qu’il se relève de table pour aller chercher mes médicaments que j’ai oubliés et auxquels je ne pense plus. Qu’il me montre qu’il a besoin de moi. Qu’il pense à moi, de temps en temps. Et qu’il me téléphone pour savoir si le poulet est cuit.
Rien que ça. Seulement ça.
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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 23057
En ligne : Selon OB : 5
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. Je verrai.