Jeudi 7 juin 2007 4 07 /06 /Juin /2007 08:09

Je suis un con. Peut-être même vraiment un minable. Fort en gueule, mais nul dans ses actes.

En disant cela, je pense irrémédiablement à un colonel pendant mon service militaire... En raison de mes études, j’étais comme l’on disait " sursitaire "... Je n’ai donc été incorporé chez les paras que l’année de mes 25 ans... Déjà fort en gueule, déjà contestataire, se voulant déjà électron libre, toujours antimilitariste, et ne le cachant pas... Je leur ai mené la vie dure, c’est vrai. Ils ont eu des sueurs froides quand j’entonnais à pleine voix (j’avais mes cordes vocales solides en ce temps là...) des chants antimilitaristes. De vieilles chansons françaises, ils ne pouvaient rien dire, mais dont le message était clair : La Butte Rouge, Giroflée Girofla, Les Gens d’Armes, etc. ... J’avais tout refusé, même le peloton (pour devenir sous off.) Je voulais rester 2° classe... Après les classes, ils se sont débarrassés de moi en m’affectant à l’Etat Major de la Division... " Les généraux et les colonels, ça les amusera... Pas nous ! "...

Effectivement, j’ai passé une année très cool... De façon injuste même... Ils s’acharnaient à me prouver qu’ils étaient des types bien, ouverts et compréhensifs... Ils s’efforçaient de me confier des responsabilités... J’ai dirigé des colonies de vacances de fils de militaires (dans une caserne, tout le personnel, y compris les officiers à ma disposition !), j’ai même donné des cours de communication à des officiers supérieurs dans le cadre d’un séminaire ! Entre toutes ces activités, j’étais chauffeur non affecté, conduisant aussi bien des généraux en manœuvre que des sous-offs ou l’assistante sociale visitant les hôpitaux militaires !... Et je n’arrêtais pas de les emmerder, de contester, de provoquer des discussions serrées avec le ou les officiers que je baladais... Ils restaient toujours impassibles... Désespérant... Et je poussais, je poussais... Le Colonel d’Etat Major (le patron du contingent mis à disposition de l’Etat Major a craqué quelques semaines avant la fin... J’ai fini ma période " puni ", secrétaire dans la caserne où j’avais dirigé les colos... Ils pensaient que j’allais en baver... Mais j’avais établi de bonnes relations... Peinard jusqu’au bout...

J’en viens à l’anecdote. Je ne pouvais pas la citer sans un minimum d’explications... Le jour de la libération, nous passons tous dans le bureau du colonel pour la remise du diplôme de bonne conduite. J’avais prévenu les camarades... " S’ils me le filent, je le refuse ! "... Banco ! Le Colonel me remet le prestigieux document... Que je lui rends, en lui rappelant qu’il m’a puni quelques semaines auparavant... Sa réaction :

" - Monsieur ... (Boby), vous ignorez peut être que nous avons des renseignements et un dossier complet à votre sujet. Vous êtes un petit minable sans envergure qui ne fera jamais rien de bon dans la vie...  Rompez ! "

Je n’ai jamais su. Sont-ils forts, très forts sur le plan psychologique ? Avaient-ils effectivement des renseignements sur moi ? (Il est vrai que ma demande de coopération au lieu de l’incorporation m’avait été refusée sans raison valable...). Mes engagements politiques et syndicaux ? Possible. Incertain.

Toujours est-il qu’ils ont réussi au-delà de leurs espérances : cette phrase m’a suivi toute ma vie, a pourri toute ma vie... Pourtant pas trop mal réussie, non ? Chaque fois que ça allait mal, que je descendais très bas, avant de donner le coup de talon qui me faisait remonter à la surface, la question revenait : " finalement, s’ils avaient raison ? "

Depuis quelques temps, je vais me balader sur le blog d’un gars qui m’avait laissé un commentaire... Un jeune beur qui se présente comme un bi de 25 ans, papa, boxeur de haut niveau, adepte de relations dominant-dominé, lui étant parfois le soumis, l’esclave, le bâtard, d’autres fois le dominant...

Au début de son blog, WajDi se présentait comme " brut de décoffrage ", ayant obtenu sans trop savoir comment le bac, et n’ayant pu suivre en fac... Mais se défonçant pour faire sa place au soleil, boulot, maison à retaper, etc. ... Au fil de ses posts, son style s’affine, il construit une personnalité attachante, très forte et quelque peu troublante... Il montre un mec " bien dans ses pompes ", sûr de son charme et des ses aptitudes, cependant un tantinet handicapé de l’affect... Son écriture est incisive, percutante, agréable... Certains de ses lecteurs lui trouvent un réel talent dans l’écriture...

Moi, je ne sais pas... Je m’interroge beaucoup... S’il est ce qu’il projette sur la toile, c’est un diamant brut super, exceptionnel même... Qui n’attend plus qu’à être taillé, ciselé par un expert... Mais je suis trop revenu des pièges du net... Avec un minimum de talent, on peut aisément jouer avec les fantasmes des lecteurs... (Il y a que moi pour chercher à m’étaler ainsi, sans artifices...) Et un mec rebeu, jeune, sportif de haut niveau, très bien foutu, très sexuel, très chaud, macho en diable mais ne rechignant pas à se soumettre à son " maître " sans laisser en rien menacer son intégrité psychique et effective... Ça fait beaucoup... Pour moi en tout cas... Je le rencontre en vrai, à mon tour je deviens un esclave ! lol... Comme ils disent...

Mais je l’aime bien, et j’aime bien le lire... J’essaye de déchiffrer entre les lignes, de trouver la vraie personnalité... Et pour le moment ce que je devine, ce que je trouve, ce que je sens... C’est pas mal du tout... J’aurais trente ans de moins, j’en ferais bien mon pote...

Mais le problème du jour n’est pas là... Je vais un peu dans tous les sens... Que les quelques malheureux lecteurs qui tomberont sur ce texte me pardonnent : aujourd’hui je réfléchis tout haut, ou plus exactement à clavier délié...

Dans son blog, ce garçon exprime une puissance physique, une confiance en soi, en ses capacités peu communes. Il a fait du sport à un haut niveau, il est un habitué des compétitions. Est-ce une explication suffisante ? En ce moment il rend compte d’une chasse à la gazelle.. Il est le chasseur, un petit biquet de la vingtaine la malheureuse gazelle... Deux éléments m’ont fortement interpellé...

D’abord cette force physique, cette puissance, cette assurance, qui fait que rien ne semble pouvoir lui résister. Alors que je l’imagine poids léger, plutôt menu...

Ensuite, cette incapacité à parler douceur, tendresse, abandon, affectif. Bien sûr il s’agit d’une baise entre mecs, d’une partie de cul qui ne nécessite ou n’implique aucun affectif. Mais je n’arrive pas à l’imaginer avec une femme, tendre, affectueux, abandonné, offert... Je le vois dominant, soumettant sa femelle à ses volontés de mâle..

Deux aspects contradictoires ou le deuxième concomitant de l’autre ?

Par cela, ses textes m’ont fortement interpellé... En mettant le doigt sur mes différences. Sur mes souffrances, aussi, je crois...

Ce physique baraqué, plutôt impressionnant, tout en puissance lorsque j’étais plus jeune, sportif et rugbyman... Mais incapable de lever la main sur quiconque, incapable d’imposer mes volontés, me laissant tourner en bourrique par des petits fluets sans envergure... Soixante deux ans de vie, soixante deux ans sans avoir jamais donné un seul coup de poing, une seule baffe...

Ce sentimentalisme à l’eau de rose, ce besoin de tendresse jamais assouvi, cette perpétuelle attention à l’autre, que ce soit ma femme ou mes jeunes amants... Ma satisfaction sexuelle souvent brimée au bénéfice de l’autre. Les caresses, les baisers jusqu’à plus soif. Eviter à tout prix d’être en situation dominante. Dans la vie de tous les jours aussi. Utiliser prioritairement le verbe et la persuasion. Être vigilant à désamorcer les conflits naissants...

Quel bilan ! J’ai éprouvé une sorte de jalousie... Les boyaux qui se tordent...

Il n’est pas là question de courage ! Je le sais, je ne manque pas de courage et de ténacité... C’est bien là le pire. Deux exemples pour illustrer ce que je veux dire.

En pension, j’ai connu l’époque du bizutage, qui prenait parfois des allures très violentes. Le " passage en cour " était très redouté... Il s’agissait pour le bizut de se retrouver dans la cour de récré des anciens et de se plier à leurs quatre volontés... Ce fut mon tour. Ils voulaient me faire pousser un caillou avec le nez tout autour de la cour. J’ai refusé. J’ai subi les pires sévices. Je suis sorti de là avec la tête au carré. Mais je n’ai pas cédé. Mais je n’ai pas levé une seule fois la main pour me protéger ou pour réagir... Je ne crois pas être maso... Même pas... Hélas...

Pendant ma détention (non, non, messieurs les voyeurs, je n’ai pas subi de sévices, j’étais à l’isolement !), pendant ma détention donc, par deux fois j’ai fait la grève de la faim. Pendant trois semaines, puis pendant un mois. Je crois pouvoir dire qu’il faut une certaine volonté et un certain courage pour tenir. La première, j’ai arrêté quand la date de mon premier procès a enfin été fixée (l’instruction se prolongeait abusivement). La deuxième j’ai arrêté parce que j’ai eu peur pour ma femme : elle maigrissait plus vite que moi, j’étais paniqué lors de chaque parloir... Alors que j’étais sur le point de gagner, on commençait à parler de mon affaire, j’ai tout arrêté. Pour ne plus faire de mal. Maso ? Non, torturé, je crois... Toujours torturé...

Indécrottable torturé rempli de doute et de mépris de soi...

Et si " ils " avaient raison, et que je sois un petit minable sans envergure ?

Bon, que le doute en moi soit décuplé par les textes d’un jeune mec si proche de mes fantasmes, je n’en aurais pas fait un fromage... Je n’aurais sans doute pas écrit ici sur ce sujet. Mais parallèlement, un autre évènements fauchait mes dernières résistances...

 

Le week-end dernier, mon jeune pompier, A., disparaissait pendant trois jours, sans explication précise. Depuis des semaines il est scrupuleusement exact, chaque jour, à nos rendez-vous sur le net. Des heures et des heures de discussion, pour faire naître la confiance, pour l’aider dans la découverte progressive de sa nouvelle vie... Je l’ai déjà dit, je me suis beaucoup investi, et j’en suis heureux, très heureux... " Utilité virtuelle ", ai-je dit dans un article...

Ces trois jours ont été très pénibles, ils m’ont envahi d’incertitude, de doute. Tous les pièges du net, tous les doutes sur l’identité de ces correspondants cachés sous la toile, revenaient en force. Les quelques petits ratés, les quelques petites contradictions inévitablement survenus au fil de toutes ces pages se bousculaient dans ma tête endolorie...

Je n’aime pas laisser pourrir une situation... Si je suis incapable d’affronter physiquement un adversaire, même plus faible que moi, surtout s’il est plus faible que moi, intellectuellement, je fonce très vite dans le tas. Il faut que ça passe, que ça casse, ou que ça dise pourquoi... Je lui ai écrit une longue lettre où je reprenais point par point les petits griefs accumulés. Je travaillais soigneusement cette missive la relisant maintes et maintes fois. Je pondérais les reproches, je mettais l’accent sur les aspects positifs de nos échanges, avant d’asséner ce que je considérais comme des comportements regrettables... Bref, je soufflais le chaud et le froid. Jusqu’au bout, je me suis demandé si j’allais ou non l’envoyer.

A son retour, dès les premiers échanges, il me donnait les explications simples et naturelles sur sa disparition brutale des écrans. Et j’envoyais quand même cette lettre. A. revenait d’un week-end de bonheur, il a été complètement sonné. Sa souffrance et son désespoir étaient palpables à travers la toile et malgré la distance. Ses mots s’entrechoquaient sur le clavier. La moitié des lettres manquaient tant il voulait répondre vite. Si nous avions été face à face il aurait bégayé... En un seul clic, en appuyant sur la touche " envoi ", je venais de fiche en l’air des semaines d’approche prudente et respectueuse de ce garçon attachant.

Bon, c’est la vie pourrait-on dire... Mais en fait l’intérêt de cet incident, c’est qu’en quelques secondes, c’est moi qui ai reçu toute cette souffrance et tout ce désespoir. Effet boomerang. Ils étaient en moi, là, bien palpables. Effroyables. C’était l’heure du petit déjeuner. Je quittais MSN à mon tour bien sonné. Ecœurement, dégoût de moi-même, douleur indéfinissable. Je pus mesurer combien j'étais fragile et immature... A soixante deux ans !

A. a une force de caractère bien supérieure à la mienne. Et il a sa jeunesse pour lui. Et il est porté par son amour pour N. C’est lui qui a surmonté en premier cette épreuve, et qui finalement m’a pris en charge pour me redonner confiance ! Si, si...

Nous avons repris nos échanges toujours autant enrichissants. Pour lui, j’ose le croire. Pour moi, il n’y a aucun doute. Mais depuis, de nouveau cette interrogation redevient lancinante :

Et si " ils " avaient raison, et que je sois un petit minable sans envergure ?

Publié dans : Journal au jour le jour
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  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, j'ai redécouvert l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune ! C'est lui qui m'a choisi, et je n'ai pas su dire non...

Constat :

Fin Novembre 2010 je rencontrais mon Chérubin.

Aujourd'hui il approche de ses 25 ans, et j'ai moi-même dépassé les 68 bougies.

Depuis plus de deux ans et demi, je vis la relation à laquelle je n'ai jamais réussi à croire.

Et alors ?

Je ne fanfaronne pas. Je ne m’affiche pas : moins d’une quinzaine de lecteurs aborde ces pages, la très grande majorité ne dépassant pas l’affichage issu d’une requête vaseuse dans un quelconque moteur de recherche.

Les rares lecteurs réguliers attendent probablement la fin de l’histoire. Avec plus ou moins de sadisme, plus ou moins de curiosité.

C’est curieux. Je ne veux plus penser à ceux qui me lisent, d’où l’épuration en cours de la mise en page, et en même temps je suis incapable de fermer le blog. Encore moins de tout détruire. Fétichisme ?

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