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Samedi 31 mars 2007 6 31 /03 /Mars /2007 14:55

Plusieurs commentaires, ici et en off soulignent que je parle beaucoup de ma culpabilité... J’ai d’abord été étonné, et ai voulu vérifier par des recherches. J’ai été très surpris (si ! si !) par le nombre de fois où j’utilise effectivement " culpabilité ", " culpabilisant ", " coupable "...

Je me rends compte que j’ai beaucoup de travail pour réussir à exprimer avec exactitude ce que je ressens et les questions que je me pose. Pas toujours facile d’être précis lorsque tout tournicote dans la tête...

Effectivement je prononce souvent ce mot. Pourtant, je ne le trouve pas exact. " remord " ou " regrets " seraient sans doute plus appropriés. Pour moi, culpabilité est intimement liée à " faute ". Or je ne considère ni le fait d’être homo, ni le fait d’avoir fait les choix de vie que j’ai faits comme des fautes. Je rejette totalement la morale judéo-chrétienne. Par contre, je ne cesse de m’interroger, et c’est le sens profond de ce blog, sur la pertinence de certains de mes choix. Sur leur conséquence sur le développement de mes enfants. Je me reproche d’avoir privilégié mes intérêts et mes engagements au détriment de l’harmonie de leur développement. Et ce, en toute bonne foi. C’est se dire " je n’aurais pas dû " ou " si j’avais plutôt fait ça... ". Je l’accorde la nuance est parfois minime entre regrets et culpabilité... Il s’agit plus d’un état d’esprit...

Je dis au plus court... Mais j’assume !!! Pourtant, ces commentaires m’obligent à m’interroger, à me regarder en face. Bénéfique. Cette " culpabilité " ne doit pas être totalement anodine. En fait, je me demande s’il n’y a pas dès le départ la faute originelle... Pas celle de l’humanité. La mienne. Tout simplement le fait d’être né ! Le fait de n’avoir pas été désiré. D’être né aux dernières heures de la guerre, quand mes parents avaient bien autre chose à penser. En venant troubler le bel équilibre de la famille, Papa, Maman, le garçon, la fille... Le choix du Roi, comme l’on disait souvent chez moi... Cassé avec mon arrivée !

Et puis, quoi, il faut bien que j’en parle, j’ai entendu le terme " gay " pour la première fois lorsque j’étais en prison, et qu’a paru le premier numéro du " GaiPied ". Jusque là je ne connaissais – et avais essayé d’étudier – que les notions de " pervers ", de " libertin ", de " sodomite ", de " troisième sexe ", d’ " invertis ", de " travelo ", de " folle ", de " pédé ", d’ " adepte de la jaquette ", de " chochotte "... Finalement, la notion d’ " homosexuel " était la moins chargée d’affect... Le monde ouvrier de l’après-guerre où évoluait mes parents était extrêmement machiste. Le Parti Communiste de l’époque condamnait sévèrement cette " déviance " qui était une " perversion " de l’occident. L’institution paramilitaire dans laquelle j’ai été enfermé de quinze à vingt ans, comme toutes les collectivités strictement masculines, chassait avec férocité des pratiques qui auraient pu –pensait-elle- la mettre en péril. Ce qui, autant que je le sache d’ailleurs, n’empêchait pas grand chose, mais permettait d’avoir la conscience tranquille. Oui, je dois le dire, le reconnaître, l’assumer, j’ai été élevé dans la culpabilité et la honte de ce que je savais être.

A quinze ans, j’étais bien conscient de mes différences et j’avais déjà une certaine pratique. J’aimais bien aider ma mère, nous en profitions pour papoter comme des commères. J’étais en train d’essuyer la vaisselle lorsque mon frère est rentré du travail (je rappelle, de dix ans mon aîné). Il fit une énorme scène à ma mère à mon sujet :

" - Tu es en train d’en faire un pédé ! "

Coup de poignard. Douleur atroce. L’aîné tant admiré, tant vénéré...

Oui, je culpabilisais. Je pratiquais avec frénésie, multipliant les aventures, et je culpabilisais en conséquence. J’ai horreur de jouer l’ancien. Mais à tous ces jeunes d’aujourd’hui, qui me laissent des messages du style : " allons, essaye d’assumer, ne culpabilise pas tant ! ", à tous ces jeunes, comment pourrais-je leur faire seulement percevoir ce que c’était de vivre son homosexualité dans les années 50 et 60, dans un milieu ouvrier de la province profonde ?

Oui, la culpabilité était un état permanent. Je dois faire avec. Ce fut un long et parfois difficile cheminement pour parvenir à m’émanciper de toutes ces contraintes. Je crois y être arrivé, il y a quand même déjà pas mal de temps. Mais la notion de culpabilité est là, prête à bondir sur le devant de la scène.

Publié dans : Et maintenant ?
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  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, j'ai redécouvert l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune ! C'est lui qui m'a choisi, et je n'ai pas su dire non...

Constat :

Fin Novembre 2010 je rencontrais mon Chérubin.

Aujourd'hui il approche de ses 25 ans, et j'ai moi-même dépassé les 68 bougies.

Depuis plus de deux ans et demi, je vis la relation à laquelle je n'ai jamais réussi à croire.

Et alors ?

Je ne fanfaronne pas. Je ne m’affiche pas : moins d’une quinzaine de lecteurs aborde ces pages, la très grande majorité ne dépassant pas l’affichage issu d’une requête vaseuse dans un quelconque moteur de recherche.

Les rares lecteurs réguliers attendent probablement la fin de l’histoire. Avec plus ou moins de sadisme, plus ou moins de curiosité.

C’est curieux. Je ne veux plus penser à ceux qui me lisent, d’où l’épuration en cours de la mise en page, et en même temps je suis incapable de fermer le blog. Encore moins de tout détruire. Fétichisme ?

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