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Vendredi 9 mars 2007 5 09 /03 /Mars /2007 17:50

Une question pertinente sur un forum, et le mécanisme qui me pousse à me complaire à battre ma coulpe à longueur de pages vole soudain en éclat. Du coup, je viens de relire encore une fois les derniers articles. C’est vrai que je parle beaucoup de l’impact de ma sexualité sur ma famille et notamment sur mes enfants. Mais les doutes que j’essaye de dire, bien maladroitement sans doute, reposent davantage sur le reste de ma personnalité.

Aucun doute, je suis homosexuel, gay si vous voulez, et j’ai pourtant voulu vivre une vie hétérosexuelle avec femme et enfants... Des millions de mecs de par le monde font le même choix, ou subissent plus ou moins malgré eux cette situation... Les résultats ne sont pas nécessairement les mêmes...

Aucun doute non plus, ma sexualité est en grande partie responsable de mes déboires judiciaires et de toutes les conséquences qui en ont découlé... Les anales des tribunaux ne regorgent pas d’affaires similaires. En tout cas, il n’y en a pas des millions... Les dossiers qui se terminent par une condamnation à deux ans de détention dont un ferme sont, autant que je sache, encore plus rares...

J’aurais pu écouter mon Directeur et demander ma mutation pour fuir au plus vite la Région Parisienne... Je n’aurais peut-être pas été interpellé ;

J’aurais pu écouter mon premier avocat, et jurer que c’était un égarement passager et que je ne recommencerais plus. Battre ma coulpe, battre ma coulpe. Il est possible que j’eusse obtenu la clémence des juges... J’ai préféré le virer ;

J’aurais pu, après ce violent coup de semonce, rentrer dans le rang ou pour le moins me montrer discret, faire profil bas... Pas le cas ;

J’aurais pu décider d’assumer ma différence et, dans les meilleures conditions possibles, me séparer de ma famille pour vivre ma vie. Je l’ai envisagé. Je n’en ai pas été capable. Je ne pense d’ailleurs pas l’avoir réellement souhaité ;

Ma personnalité ne se résume pas à ÇA... J’aimerais pouvoir toucher du doigt, au moins une fois, les autres traits qui ont une part significative dans ce que j’ai vécu et ce que je suis devenu.

De ces textes jetés ainsi au fil du clavier, transparaît très souvent mon incapacité à aimer. Peut-être plutôt à percevoir l’amour, donné ou reçu. En disant ceci, je pense aussitôt au manque d’amour pendant mon enfance. Mais ai-je le droit de dire cela ? Ma mère était la douceur faite femme. Je ne l’ai jamais vu, jamais, être en colère ou dire un mot plus haut que l'autre. Je n’ai jamais assisté à une réelle dispute dans leur couple. Maman, en quelques mots, un sourire, un geste d’apaisement, désamorçait la tension naissante. Je cherche, et ne parviens pas à trouver, un seul souvenir où j’aurais été en opposition avec elle. Il est vrai que lorsque je faisais la moindre bêtise, l’une de ces deux phrases arrivait très vite :

" Me faire ça à moi qui ai failli mourir à cause de toi ! " ; (Excusez la redite...)

" Si ton père savait ça... ".

Mon père... Je l’ai déjà dit, j’ai toujours eu peur de lui. Pourquoi ? Il pouvait être violent. Je devais avoir huit ou neuf ans, je ne sais pas quelle bêtise j’avais pu faire. Aucun souvenir. Je revois mon père qui, dans une terrible colère, avait cassé une chaise et me poursuivait avec un barreau pour me frapper. Ma mère s’accrochait à lui en lui criant : " Arrête, Arrête, tu vas le tuer ! "... Il a dû s’arrêter... En tout cas, je ne me souviens pas de la raclée, ni d’ailleurs d’aucune autre. Il suffisait qu’il me regarde en faisant les gros yeux... Il avait un petit défaut de vision qui faisait que, lorsqu’il fixait quelque chose ou quelqu’un, sa tête branlait très légèrement de droite à gauche... Je serais rentré dans un trou de souris...

Alors, m’ont-ils réellement aimé ? Je n’ai jamais vu mon père pleurer, ou même avoir les yeux embués avant ma tentative de suicide. Et même à ce moment là je ne pus m’empêcher de penser qu’il était bouleversé de honte à l’idée d’avoir un fils PD, plutôt que troublé ou peiné par ma tentative. Des centaines et des centaines de fois le film de ces instants est repassé devant mes yeux. Je n’ai jamais été capable de choisir entre sa peine et son sentiment de honte. C’est d’ailleurs peut-être là le problème.

J’avais douze ou treize ans. Un dimanche, nous étions à table. Nous avons eu une visite. Pourquoi en vint-on à parler de moi et de ma naissance ? Après avoir raconté la délivrance dramatique, ma survie inattendue, mon père ajoutait : " D’ailleurs, comme j’avais déjà deux enfants, le chirurgien m’avait proposé de l’adopter (moi) si ma femme ne survivait pas... Moi j’aurais dit oui de toute façon, mais Elise n’a pas voulu... Si ça s’était fait, il aurait été plus heureux, en vivant dans une famille riche... ". (Je ne peux bien sûr pas garantir le mot à mot, mais l’essentiel est bien là, fidèle...) Je me demande pourquoi ce souvenir me hante si souvent lorsque j’essaye de repenser à mon enfance...

Je fus un " accident ". Je n’étais pas désiré. Bon, Ok, ce n’est pas nécessairement un drame. Des millions d’enfants viennent ainsi par surprise chambouler la vie de leurs parents. Ils n’en sont pas traumatisés pour autant. A commencer par " les enfants de l’amour " réputés (je l’ai beaucoup entendu dire, notamment dans ma famille) pour être les plus beaux... Je précise, au cas où quelque personne ne connaîtrait pas cette expression qu’ils s’agit des " enfants faits dans le péché "... Comme dans ma famille l’église n’était pas en odeur de sainteté, ils préféraient sans doute la première expression... Mais pourquoi, Tonnerre de Brest (je n’ose pas dire "  Grand Dieu " après ce qui précède...), un enfant fait dans une démarche égoïste de recherche du plaisir aurait plus de chance que celui fait par des parents âgés qui s’aiment encore ?...

Je ne sais pas si j’ai été aimé. Et dans cette funeste interrogation obsédante, même les points positifs peuvent devenir de la plus terrible noirceur... Contrairement à beaucoup de mes camarades, je n’ai pas eu mes parents sur le dos en permanence. J’avais une très grande liberté et j’en usais et parfois en abusais. Ma précocité physique influait peut-être... Ainsi, dès l’âge de huit ans je fumais mes premières cigarettes et à onze j’étais déjà un fumeur régulier. Ainsi, je courrais les bois avec des petits copains et des petites copines sans que l’on me demande une seule fois " Où étais-tu passé ? "...

Ma mère avait entendu dire que j’allais vraiment très souvent chercher des champignons avec une gamine à la mauvaise renommée. Ce fut la seule fois que j’eus quelques remontrances. " Tu te rends compte cette fille... Si tu lui faisais un enfant ! "... J’avais quatorze ans.. Ce fut la seule fois à la maison où nous fîmes allusion à la sexualité... A quinze ans j’entrais en pension et ne revenais à la maison qu’aux vacances longues. Pour repartir aussitôt en colonie, en camp de vacances, ou simplement en vacances dans la famille au bord de l’Océan. J’étais totalement libre et je ne m’en rendais d’ailleurs pas compte. C’était naturel. Je quittais la pension pour devenir pion et monter à Paris. Nous nous écrivions rarement (mes parents n’avaient pas le téléphone). Indifférence ?

Le plus souvent je revenais par surprise à la maison. Je n’aimais pas prévoir quand je comptais venir, ma mère aurait été inquiète en cas de retard, et il n’était pas rare que la traversée des villes se prolongent plus que de raison... J’ai toujours été accueilli comme si j’étais parti la veille. On rajoutait un couvert, et voilà. Indifférence ? Non, certainement pas. Mon frère s’est engagé dans la marine à quatorze ans, et on ne le voyait que tous les ans ou tous les deux ans jusqu’à son retour à vingt quatre ans. Ma sœur est partie à onze ans en pension, et elle rentrait rarement à la maison... Mode de vie, conception de l’éducation. Peut-être... Mais là, tout au fond de moi, un cancer me ronge : et si c’était, vraiment, de l’indifférence ? Ai-je vraiment été aimé ? Finalement, l’important n’est peut-être pas d’avoir été aimé ou non... L’important, c’est de s’être senti aimé.

Je ne me suis jamais lassé de dire mon amour à mes enfants... Ils sont adultes avec quelques cheveux blancs ou des poils de barbe grisonnants, mais je ne me lasse toujours pas de le leur dire. J’ai toujours peur de ne pas le faire suffisamment...

Et voilà ! J’ouvre le robinet, et... J’aurais voulu aussi parler de l’égocentrisme, de la lâcheté masquée par des tartarinades, de la difficulté à communiquer... Si, si, ce n’est pas parce que l’on est bavard ou que l’on déverse des lignes et des lignes sans savoir s’interrompre, que l’on n’a pas de grosses difficultés de communication... Au contraire sans doute...

J’essayerai de reprendre le fil une prochaine fois...

Publié dans : Et maintenant ?
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    Pendant un an, j'ai tenu régulièrement ce blog, alors que j'accompagnais ma femme dans un combat perdu d'avance contre le crabe...

     

Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
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 Juillet 2012        
      J'ai obtenu le statut de résident étranger au Maroc.
            C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Seulement, il y avait ce satané véhicule ! Je n'ai plus le droit d'avoir mon jouet décapotable français. Je suis rentré en France pour essayer de le vendre afin de racheter un petit véhicule au Maroc. Seulement voila. En période de crise, ce genre de véhicule ne se vend pas ! Ou bien les acquéreurs potentiels n'osent pas investir dans de la fantaisie, ou bien ils ont les moyens d'acheter le même véhicule neuf...
Bref... Je n'ai eu d'autre solution que de racheter moi-même le cabriolet, au prix fort (plus de 22 000 €uros, soit 5000 €uros de plus que l'estimation communément admise. Se rajoutent les frais de douane ("Mise en circulation" au Maroc), environ 11 000 €uros, l'assurance marocaine (l'ancienne assurance ne peut avoir cours à l'étranger), couverture à payer en une fois annuelle (environ 1000 €) Plus... Plus...
Bref... Je suis plus pressé qu'un citron... Mais je suis près de lui.
. Je veux vivre par et pour lui.  Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, maintenant. Tout de suite.   
       
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  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, j'ai redécouvert l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune ! C'est lui qui m'a choisi, et je n'ai pas su dire non...

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-deux ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt deux ans qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

J'ai de plus en plus peur. Je sais, je suis totalement ridicule de trouver ceci un peu trop.

"Le marié est-il trop beau ?"

Et puis, quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. C'est inéluctable. 24/67, ratio incontournable. Je verrai.

J'imagine encore que je saurai être digne.

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