Samedi 3 mars 2007 6 03 /03 /Mars /2007 16:22

Heureux ? J’ai dit heureux ?...

Mais c’est quoi le bonheur ? C’est quoi l’amour ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Ou plutôt, je n’ai jamais su. J’en ai déjà parlé dans un texte précédent. Je ne suis pas du tout sûr d’avoir jamais aimé. Je ne sais pas davantage si j’ai jamais été vraiment aimé. Je ne sais plus qui a dit " Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour "... Depuis trente cinq ans, il ne s’est pas passé un seul jour sans que Monique ne me donne au moins des dizaines de preuves d’amour... Pourquoi ne puis-je me sortir de cette incertitude d’être réellement aimé ? Il faut s’aimer soi-même pour accepter d’être aimé. Il faut s’aimer soi-même pour pouvoir aimer. Je tourne en rond. C’est quoi aimer ?

Aimer la vie. Est-ce que j’aime LA vie ? Je n’aime pas MA vie.

Je n’aime pas la vie qui m’a été donnée... Ou plutôt que je me suis appropriée, alors que personne n’attachait d’importance à ce que je survive ou non. Sur une interrogation du chirurgien, mon père avait répondu " j’ai déjà deux enfants. Sauvez la mère. " Ma mère, elle, n’était pas en mesure de choisir ou de décider. Conduite aux portes de la mort par cet énorme bébé de 5 Kg 250. Un monstre avant de naître. J’en suis convaincu, sans qu’elle se rende compte du poids de cette phrase, combien de fois m’a t’elle dit : " Me dire ça, me faire ça, alors que j’ai failli mourir à cause de toi... " ? Chaque fois que j’allais à l’encontre de ses désirs ou de ses volontés.

Je n’aime pas la vie qui s’est construite autour de moi. Je n’ai pas su rendre mon épouse heureuse. J’ai voulu et eu trois enfants. Je n’ai pas su les conduire à l’épanouissement que j’ambitionnais pour eux. Sont-ils heureux ? Je n’en sais rien. Et, hormis toute autre considération, cette ignorance même est la preuve de mon échec. " Mieux vaut des regrets que des remords "... J’ai les regrets ET les remords. Je n’ai jamais été capable de conduire ma vie. Je me suis laissé conduire par elle. J’ai fait du mal sans le vouloir. Cela ne diminue en rien la souffrance de mes victimes. Combien de garçons et de filles ai-je laissé ainsi sur le bord du chemin, incapable de voir leur détresse, aveuglé par un égocentrisme exacerbé ?

Je n’aime pas la vie qui ne peut se terminer que par la mort. Je n’ai pas peur de la mort. C’est une compagne quotidienne et bienveillante depuis ma tentative de suicide à vingt ans. J’ai peur de la dégradation physique, du handicap, du vieillissement inéluctable. J’avais toujours pensé que je ne vivrais pas vieux. Depuis douze ans je me considère en sursis, et je ne sais plus trop quand il faudra, ou quand je devrai tourner la page. Ma mère avait soixante deux ans lorsque sa maladie d’Alzheimer devint handicapante. Je débutais ma vie de couple. A l’époque personne n’en parlait. On préférait dire " sénilité précoce ". J’avais fait monter mes parents à Paris pour consulter de grands spécialistes. Le diagnostic nous assomma. Il ouvrait huit ans de dégradations, d’incroyables souffrances autant pour elle que pour nous. Je vais avoir soixante deux ans. Si j’étais seul, ma décision serait prise depuis longtemps. Monique est là. Elle se repose dans la chambre voisine du bureau. Je n’ai pas su lui donner une vie heureuse. Je lui dois une fin digne et sans souffrance.

Nos deux premières années en Provence ont été très agréables. Ma femme retournait aux sources et ne se lassait pas de redécouvrir les sites et les lieux qu’elle aimait. J’avais beaucoup de travail pour redonner un minimum de confort et un aspect agréable à la maison et au terrain. Je n’avais pas le temps de ressentir le manque d’escapades extraconjugales. Internet et son virtuel me suffisaient largement. L’été dernier tout a brutalement basculé.

Monique est suivie depuis notre arrivée par l’un des centres anticancéreux les plus renommés de la région. La rémission de son cancer se confirme. Et soudain un doute pour l’autre sein. Ce n’est pas une récidive, mais un nouveau cancer, plus agressif, plus menaçant bien que détecté assez tôt. Visiblement les traitements anti-récidive du premier ne lui font aucun effet. Des métastases sont visibles sur la colonne vertébrale. Monique refuse l’opération. Elle refuse aussi la chimiothérapie Elle ne supporterait pas de perdre à nouveau ses cheveux. Elle hésite à suivre une radiothérapie. Pourquoi subir un traitement lourd alors qu’elle considère que l’issue est inéluctable ? Le radiothérapeute essaye de la convaincre qu’il peut la soigner et la guérir, en respectant ses choix. Je lui assure que non seulement je ne contrarierai pas ses décisions, mais que je l’accompagnerai jusqu’au bout, et ne la laisserai jamais souffrir au-delà de l’acceptable.

J’ai toujours été, et je reste, un très gros fumeur. A la même période je tombe aphone pendant une dizaine de jours. Ma voix se rétablit aussi brutalement qu’elle avait disparue. Quinze jours plus tard, récidive. Mon généraliste enclenche une série d’examens. Polype. Intervention. Analyse. Cancer des cordes vocales. Je refuse l’intervention plus invasive qui dégraderait sensiblement mon timbre de voix. Proposition de radiothérapie. J’aurais voulu refuser, et laisser la nature faire son œuvre. Monique est là. Nous acceptons tous les deux la radiothérapie. Pendant trois mois nous ferons ensemble les trajets maison-clinique.

Je suis hélas hors de danger. L’ORL est catégorique, le cancer des cordes vocales est l’un des seuls à pouvoir être totalement guéri. Mon corps, très vigilant, a tiré la sonnette d’alarme trop tôt. Ce que la maladie ne semble pas vouloir faire, il faudra donc que je l’assume le moment venu. Dans quelques jours Monique fera le bilan de sa radiothérapie. Pour suppléer à la chimiothérapie elle reçoit un nouveau traitement hormonal mis récemment sur le marché. Nous n’aurons une idée des résultats que dans quelques mois.

Aimer la vie. Pourquoi ?

Heureux. Je disais heureux ?...

Publié dans : Et maintenant ?
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La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
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      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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