Jeudi 1 février 2007 4 01 /02 /Fév /2007 17:33

Je me suis demandé un peu plus haut si j’aurais pu survivre sans enfant. J’ai pourtant survécu de vingt à vingt cinq ans dans le piège à guêpes dont j’ai également parlé précédemment. Ce ne fut pas toujours évident. Depuis ma première tentative de suicide en terminale, la mort a été une compagne quotidienne. Je sais qu’elle est là, à portée de main, que je pourrai faire appel à elle lorsque ce ne sera plus supportable. Dans cette période charnière de jeune adulte cette pensée était omniprésente. Trop rarement une séance de drague réussie faisait tomber la pression. Alors, comment ais-je pu tenir aussi longtemps ?

... ... ...

Une conception pédagogique m'avait aidé à regarder d'un autre œil mon problème personnel. Comme beaucoup de jeunes adolescents, j'avais vécu avec enthousiasme un stage de moniteur (Animateur de Centre de Loisirs) organisé par un mouvement d'éducation nouvelle.

Ce fut une révélation. Le jeune homme de dix-huit ans, interne, potache, dans un établissement réactionnaire où les élèves étaient des pions et les pions des gardes-chiourmes, où la répression tenait lieu de concertation, la carotte et le bâton de principes pédagogiques, se trouvait soudainement considéré comme un adulte à part entière, responsable et autonome.

Sans faire une étude analytique et objective de ce que je vivais et des motivations des militants de ce mouvement, je m'étais senti, immédiatement, au niveau des tripes, solidaire de leur combat.

Il reposait sur quelques principes clairs, dont, tout simplement :

 

... ... ...

- Tout être humain, sans distinction d'âge, d'origine, de conviction, de culture, de situation sociale, a droit à notre respect et à nos égards.

 

Cette profession de foi, bouleversante dans sa simplicité, étonnante par les conséquences qui en découlent, ne pouvait laisser indifférent un jeune qui se sentait exclu de par ses différences et de son particularisme sexuel. Pourtant, ces idées apparemment évidentes, presque personne ne les respectait dans la vie quotidienne. Elles allaient être à la base de mon attitude éducative et de mes convictions politiques et philosophiques.

 

Deux ou trois ans plus tard, le Maître m'avait fait découvrir et mesurer toute l'importance et les conséquences de tels principes d'action. Ma vocation éducative était née de cette prise de conscience. J'avais alors naturellement rejoint les rangs des instructeurs du Mouvement.

Outre l'optimisme nécessaire aux combats quotidiens contre la bêtise, l'immobilisme et la mesquinerie du monde de la rééducation, j'y retrouvais surtout la pureté, la gentillesse non calculée, la droiture naturelle. Le respect de l'individu et de ses particularités était élevé au rang d'une conviction presque sacrée. Je pouvais espérer des jours meilleurs pour les hommes et pourquoi pas pour moi...

Mai 68 allait reprendre bien de ces thèmes, mais déjà, j'avais la conviction d'un combat juste et vital. Et ce que je côtoyais là ne ressemblait en rien à ce que j'avais vécu.

Pas de la mièvrerie et du fatalisme qui président aux religions. Pas de refuge dans la crainte ou le respect d'une volonté supérieure dont dépendrait notre destin. Pas de simagrées et d'illusions. Pas des calculs et de l'électoralisme qui président aux partis politiques. Pas de cette lutte pour ses intérêts propres ou corporatifs. Pas de luttes d'influence. Pas de manipulation des foules. Pas d'intellectualisme stérile, de tirades dithyrambiques comme dans les groupes philosophiques. Pas de dialectique alambiquée, d'irréalisme forcené. Une action. Une action simple qui se confronte aux réalités quotidiennes.

 

Dans un immense transfert, je reportais toute mon énergie, toutes mes passions, toute mon affectivité vers le Mouvement. Ils devenaient ma famille, mon havre de paix, et mon moyen d'expression. Progressivement j'abandonnais même mes activités politiques à leur profit. Tous mes temps libres leur étaient consacrés.

En échange, ils étaient la source d'un enrichissement permanent au niveau culturel.

J'y trouvais de vraies amitiés. Comme beaucoup de gens qui vivent dans la hantise d'être exclus, je désirais présenter l'image la plus flatteuse. Dans le Mouvement, j'étais naturellement amené à chercher à me surpasser de jour en jour. Pour mériter l'estime que l'on m'accordait. Pour apporter davantage aux jeunes. Parce que j'y trouvais tout simplement du plaisir.

Dans les réunions et les "regroupements", nous éprouvions une réelle satisfaction, une complicité franche et cordiale qui dépassait les simples relations de militant à militant. Cette chaleur affective était réconfortante et rassurante. D'autant qu'à mes débuts j'avais été pris en charge - ou je m'étais mis sous la protection... - d'une ancienne et de quelques anciens instructeurs. Ce maternage, qui se prolongeait, me réconfortait.

 

Dès lors, ma vie allait être faite d'une succession d'enthousiasmes et de profonds désespoirs. Mon métier, mon action militante dans le Mouvement m'élevaient au-dessus de tous mes problèmes personnels. Un échec sentimental me faisait dégringoler au plus creux de la vague.

Tout ce que je raconte plus haut s'imbriquait dans une action éducative plus structurée, mieux organisée, valorisante et constructive. Chaque fois que je le pouvais, j'encadrais l'un de ces stages de formation de moniteurs. Dix jours où non seulement je n'avais pas à rougir de ce que je faisais, de ce que je vivais, mais où je devenais même une sorte de héros, admiré par les stagiaires, entouré par de jeunes garçons et filles qui nous considéraient comme des êtres d'exception. Le programme très chargé, la transmission intensive de connaissances, leur donnait à penser que nous savions tout, que nous avions réponse à tout. Le charisme authentique des autres instructeurs rejaillissait sur moi. Le besoin naturel d'admiration, d'identification, jouait en ma faveur.

Comment, à certains moments, pouvais-je retourner à ma vie de tous les jours ?

Toutefois, mon attitude psychorigide bloquait tous prémices d’aventure. Que ce soit avec un ou une stagiaire (pourtant majeurs et guère plus jeunes que moi), ou avec l’équipe d’encadrement, je n’ai jamais vu –ou jamais voulu voir- que je puisse éveiller un quelconque intérêt. Dans ce qui était mon havre de paix, il ne pouvait être question de prendre des risques. De me trahir par une aventure se terminant par un échec. L'image de marque que je m'acharnais à construire était plus importante que quelques instants de bonheur hypothétiques.

Je sublimais, sublimais... J’essayais de ressembler au personnage idéal que j’aurais voulu être.

L'une des instructrices, était devenue permanente du Mouvement à la dernière rentrée scolaire. Elle était la première à accéder aussi jeune à une telle fonction. D'avoir été cooptée par les autres monstres sacrés lui donnait un prestige exceptionnel. Nous avions débuté ensemble comme jeunes instructeurs trois ans plus tôt. Nous nous connaissions un peu, sans avoir eu l'occasion de travailler ensemble. Je l'aimais bien. Elle était jolie, pas très grande mais bien faite, la taille mince et souple, le buste ferme et bien pris, les jambes harmonieusement galbées d'une fille qui a pratiqué la danse. Ses longs cheveux qui encadraient un visage d'un bel ovale descendaient jusqu'aux reins. Ses traits étaient rehaussés par des sourcils bien dessinés qui mettaient en valeur des yeux d'un bleu changeant, un peu tristes, mais très beaux.

Elle semblait redouter ou rejeter ce physique agréable. Elle prenait une attitude un peu figée, un peu distante. Ses lèvres pincées, un peu trop minces, lui donnaient parfois un air de dureté, de puritanisme, qu'amplifiait sa coiffure en bandeaux, les cheveux noués sur la nuque.

Un excès de rigueur, notamment à propos de principes pédagogiques, la faisait se fermer par moment à tout échange. Cette attitude défensive me surprenait, m'intimidait, et en même temps m'attirait par les mystères qu'elle semblait cacher.

Nous avions quelques goûts communs, le chant et la danse entre autres. J'avais pu apprécier sa délicieuse voix très pure de soprano, et j'avais déjà été ému en passant mon bras autour de sa taille lorsque le hasard me l'avait donnée pour partenaire dans quelque évolution collective.

J’essayais de croire que le décalage de nos intérêts culturels avait été pour une bonne part dans l'échec de ma liaison avec Josiane. J’étais convaincu que je ne serais capable d'éprouver un amour sincère, vis à vis d’un homme ou d’une femme que si je l’admirais profondément. Une personne avec laquelle je partagerais les mêmes idées sur l'éducation, sur la pédagogie. Elle devrait partager ma passion pour les jeunes et pour les centres de vacances, mon intérêt pour l'action du Mouvement serait un énorme plus... A minima une personne qui placerait au-dessus de tout le respect de la personne humaine.

Monique avait toutes ces qualités. Malgré ma volonté de deuil de tout espoir d’une vie " normale ", il m'était arrivé de m'interroger sur ce que je ressentais pour elle, l'idée de voir naître quelques chose entre nous m'avait effleuré, mais je l'avais vite repoussée, comme ridicule. Sa dignité quelque peu distante et le prestige lié à la fonction de permanente m'interdisait toute illusion.

Non, non, je devais sublimer. Militer et sublimer. Enfoncer au plus profond de ma nature secrète ce que je pouvais vivre la nuit... Tout autre espoir m’était interdit.

Publié dans : Journal d'avant mariage
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    Pendant un an, j'ai tenu régulièrement ce blog, alors que j'accompagnais ma femme dans un combat perdu d'avance contre le crabe...

     

Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
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      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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Qui je suis

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  • Provence Région Parisienne ARLES Gascon Fès au Maroc
  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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