Toute ma vie, j’ai adoré les enfants. Petit dernier élevé en fils unique, peut-être ai-je manqué de la complicité de frères et de soeurs proches. Mon frère et ma soeur beaucoup plus âgés que moi, eurent très tôt des enfants alors que j’étais un jeune adolescent. Je m’occupais d’eux avec bonheur. Les cajoler, les caliner, mais aussi faire leur toilette, les langer, les promener. Quand j’étais avec eux j’oubliais mes doutes, mes souffrances, mes turpitudes...
Je suis convaincu que je n’aurais pas survêcu si je n’avais jamais eu d’enfant.
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Ainsi, mal à l'aise, honteux, écœuré, dégoûté de la vie et de moi-même, je me caparaçonnais de plus en plus dans ma marginalité, m'attachant par contre à présenter une image respectable voire puritaine dans ma vie professionnelle et militante, évitant Paris et ses chimères.
Ne cédant de temps en temps aux tentations que pour revenir de la capitale fourbu, dépressif, démoralisé, pour plusieurs jours.
Les mois, les années s'écoulaient, et malgré quelques éclairs d'espoir, le fossé entre mes deux vies parallèles se creusait davantage. Les séances de drague devenaient de plus en plus minables, je les vivais de plus en plus mal.
Professionnellement, après deux échecs inévitables au concours d'entrée à l'IDHEC, je m'étais définitivement orienté vers une carrière éducative, en entrant dans une école d'éducateurs.
Et mes aventures féminines ? Depuis mon départ pour la capitale, avec mon implication de plus en plus grande dans les activités de loisirs des enfants, mes séjours dans ma famille s'étaient de plus en plus réduits. Mon Casanova de cousin avait sagement pris femme. Je ne retrouvais plus les copains, les copines, eux aussi fiancés ou mariés. Il ne me restait là aussi que la ressource de la drague, je découvrais Pau, Bordeaux, la côte Basque.
Et je m'attardais le moins possible. Je préférais retourner vers mon enfer.
Dans ce désert sentimental où quelques amours passagères et coupables tenaient lieu d'oasis, deux jeunes femmes égayèrent un moment ma triste vie, me donnant une chance que je ne sus ou ne voulus pas saisir.
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L'année d'après, j'avais quitté la région Nord pour la banlieue sud, mais je rendais occasionnellement visite à un ancien collègue pion, devenu un véritable ami au fil des mois. J'avais été témoin à son mariage, et il nourrissait pour moi une véritable admiration et une grande affection. Je lui rendais volontiers ces sentiments, et je m'étais toujours appliqué à ce qu'il ignore la partie cachée de ma vie.
Nous avions convenu que je passerais le week-end entier chez lui. Lorsque j'arrivais, il me présenta sa jeune belle sœur. Une fille adorable, très sensuelle, qui m'accueillit par un :
- Depuis le temps que l'on me parle de vous !
Ce soir là, je me montrais plus lucide qu'à l'ordinaire. Je ne fus pas dupe des aimables manigances et des yeux doux de la gente demoiselle. D'évidence la rencontre était préméditée, et mon ami et sa femme me jetaient dans les bras de Josiane. D'évidence je ne restais pas insensible à sa sensualité et à l'intérêt flatteur qu'elle me portait. D'évidence elle n'attendait rien d'autre, et dès le premier soir nous nous retrouvions dans un lit de fortune installé dans la cuisine.
Les choses s'étaient passées si vite que je n'avais pas eu le temps de réfléchir, de me poser des questions. Josiane était un beau brin de fille, très bien roulée, et avec soulagement je sentis sous mes mains son corps ferme et frais, son ventre lisse et dur. Mon érection exceptionnellement forte me surprit. Je connus le plaisir trop vite, et seul. Cependant, une idylle venait de naître, qui allait durer plusieurs mois.
Josiane était secrétaire à Paris. Elle logeait dans un foyer de jeunes filles. Nous ne nous rencontrions donc que les fins de semaine. Je venais la chercher et nous prenions une chambre d'hôtel. Ou plutôt deux chambres, car elle était mineure, et les hôteliers ne voulaient pas d'histoire.
Nos rapports physiques me laissait insatisfait, voire étaient pénibles. Malgré tous mes efforts, je ne parvenais pas à lui faire partager mon plaisir. Lorsque, vaincu, je tombais sur le côté vidé de mon énergie, elle se blottissait contre moi, continuait les baisers et les caresses que je lui rendais par politesse, alors que je rêvais de calme et de tranquillité. Elle refusait l'aide de ma main qui aurait pu peut-être lui apporter l'apaisement souhaité.
Petit à petit, j'en vins à redouter ces nuits d'amour, à culpabiliser de ne pas satisfaire ma partenaire. Petit à petit, mon érection devenait de plus en plus difficile. Avant de nous coucher, je tentais de me " préparer " par de longs séjours dans les toilettes ou la salle de bain où je fantasmais sur mes dernières rencontres masculines...
Josiane était une très brave fille, je l'aimais bien, mais je souffrais de la pauvreté de nos échanges intellectuels. Elle me parlait de sa machine à écrire et de son chef de service. Je lui expliquais les films que nous allions voir et qu'elle ne comprenait jamais.
"Pourquoi n'allions nous pas plutôt voir des histoires d'amour ?"
Thierry, chez qui nous allions souvent, ne cachait pas sa joie de me voir bientôt son beau-frère. A chacune de ses allusions, je sentais mon cœur se serrer. D'autant que Josiane me regardait d'un air radieux. Elle aussi m'admirait et sans doute m'aimait.
Je supportais de moins en moins cette fausse situation. Intérieurement je devais convenir que deux seules raisons égoïstes prolongeaient notre aventure. Parce qu'il était flatteur et sécurisant pour moi d'avoir une aussi jolie fille à mon bras. En marge de l'École d'Éducateurs, j'avais créé un groupe de danses folkloriques. En fin de semaine Josiane y participait. Sa présence était un laissez-passer de tranquillité vis à vis de mes collègues.
Mais surtout, j'avais imaginé de faire en sorte de lui faire un enfant. La souffrance de ne jamais connaître la joie de tenir un corps chaud et fragile dans mes bras était devenue insupportable. J’osais envisager d'avoir un bébé, puis de nous séparer peu après, lorsque nos relations deviendraient inévitablement insupportables. Cette volonté farouche de paternité avait redonné de la vigueur à nos rapports.
Une telle pensée était indigne de moi, à mille lieus de tous mes grands principes. Ne jamais procréer était un tel désespoir que j’aurais été capable du pire. J’ai pu percevoir un instant ce que pouvaient éprouver les voleuses d’enfants détruites par une stérilité irrémédiable. Je me vivais ravalé au rang d’eunuque.
Un week-end enfin, le voile se déchira et je retrouvais un peu de lucidité. Avoir eu une telle pensée me révolta. Et l'enfant dans tout ça ? Et Josiane, que je ramenais à un rôle de procréation, comme tous ces phallocrates qui me révoltaient ! Au contraire, il ne fallait pas risquer l'incident.
Après ce dimanche ni mieux ni moins bien que les autres, ma décision était prise. C'est lâchement au moment de la déposer devant son foyer que je lui annonçais la rupture. Tout était fini, nous ne nous reverrions pas, je ne viendrais plus la chercher. Bien sûr, elle ne comprenait pas. Je la suppliais d'essayer de m'oublier, je n'étais qu'un salop qui ne méritait pas d'être aimé. Je lui affirmais qu'elle n'y était pour rien, que tout était de ma faute. Il fallait m'oublier. Elle avait tout pour être heureuse. Elle rencontrerait le gars qui saurait lui apporter le bonheur. Moi, je ne lui ferais que du mal. Elle s'accrochait à moi. Je lui demandais de descendre de voiture presque brutalement. Je la laissais là, sur le trottoir, en larmes. Je fuyais.
A la fois je me dégoûtais et un immense sentiment de soulagement m'envahissait. Je savais que j'avais raison mais je me haïssais d'avoir été incapable de provoquer une rupture propre. Je n'avais su que détruite et non finir. Oui, je me haïssais. Je détestais mon corps qui ne faisait que ce qu'il voulait, dont je n'étais pas le maître. Je savais que je devais faire le deuil de la paternité, et c’était insupportable.
J'allais dans le lieu de drague le plus sordide que je connaissais. Dans la demi obscurité de cette nuit de printemps, le long du fossé longeant le magnifique jardin des Tuileries, je répondais aux désirs les plus bestiaux de tous ceux qui m'approchaient.
Tard dans la nuit, je rejoignais ma petite chambre de fonctionnaire, après avoir repris le masque de l'homme respectable.
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 13380
En ligne : Selon OB : 1
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-deux ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt deux ans qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
J'ai de plus en plus peur. Je sais, je suis totalement ridicule de trouver ceci un peu trop.
"Le marié est-il trop beau ?"
Et puis, quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. C'est inéluctable. 24/67, ratio incontournable. Je verrai.
J'imagine encore que je saurai être digne.