Et ya du boulot !
J’ai des états d’âme. Je doute. D’autant plus que je suis heureux. Ceux qui viendront me lire m’excuseront : je n’ai pas l’habitude. C’est vrai, quoi ! Du temps de ma jeunesse que je n’oserais qualifier d’insouciante (j’ai beau fouiller dans tous les recoins je ne trouve nulle part la plus infime trace d’insouciance), je n’étais pas capable d’aligner sur le papier trois phrases présentables. Il a fallu que la souffrance devienne insupportable pour que je laisse se déverser un flot sauvage de mots et de sentiments. Que d’aucuns y jettent un œil bienveillant. Que je me laisse bercer par cette attention inhabituelle. Que je finisse par oser « écrire ».
Sans illusion : très tôt j’ai compris que si l’émotion se vend bien, les bénéfices tirés en sont extraordinairement fugaces. (Suscitant cependant d’effroyables jalousies.)
Je m’en foutais. Je suivais mon chemin. Du moins le croyais-je. En fait, je n’ai jamais été aussi peu maître de ma vie. Je me suis laissé arracher trop facilement la promesse de ne pas partir en même temps que ma femme. Trop facilement. Je ne me le suis pas pardonné. J’ai ensuite vécu en voulant me punir de vivre. En évacuant d’un revers de main la notion de risques, tout en étant incapable de trouver le courage d’être simplement honnête et cohérent.
C’est dans ce contexte que j’ai « failli » une première fois partir au Maroc. Je me suis juste fait plumer comme un vulgaire volatile, sans quitter une seule seconde le sol de la Mère Patrie.
Qu’à cela ne tienne ! Quelques semaines plus tard, j’ai aveuglément suivi Zig lorsqu’il m’a proposé le même voyage. Je le connaissais depuis moins de trois semaines. Il m’aurait dit « Viens en Enfer », je l’aurais suivi. Objectivement, quel con j’étais !
Et pour couronner cette connitude, pendant le voyage je voulais être vrai, authentique. Obsédé par la sincérité, je me serais livré les bras en croix devant le peloton d’exécution ! Ce fut nettement moins romantique : juste un obèse de 130 kilos, perclus d’arthrose, rouillé par une inactivité pathologique, qui dût trouver le moyen de se soulager dans les seuls WC à la turque que l’on trouvait vingt kilomètres à la ronde. Le confort offre de petits plaisirs que l’on ne sait plus savourer.
Un peu plus romantiques furent les balades dans des quartiers mal famés de
Fès sous la protection d’un authentique truand de vingt-trois ans. Beau comme un Dieu. Amant éblouissant. Sensuel à vous en rendre votre propre peau
douloureuse. Zig avait peur pour moi, et essayait d’empêcher ces périples. (Il n’avait pas aimé, et s’était méfié de A. dès le premier jour, ce que j’avais dans un premier temps attribué à une
jalousie injustifiée…) Je me moquais des risques. Peut-être les appelais-je inconsciemment de mes vœux ? Mais je n’étais qu’un jouet entre les mains de ce môme qui, au volant de mon petit
cabriolet, se complaisait à me présenter partout comme son « patron de Marseille »… Lorsque j’ai compris que je n’étais qu’un prétexte pour
redorer le blason d’un petit truand de seconde zone, blason probablement malencontreusement terni par quelque maladresse, j’ai un peu incliné le
siège passager et me suis plus ostensiblement pavané le ventre en évidence. Pour une fois, le fait que ma stature impressionne quelque peu pouvait être utile à quelqu’un…
Je serais bien incapable de dire comment j’ai pris un virage qui, de blasé et pessimiste, m’a fait devenir
sincèrement amoureux de ce pays et de ses habitants. Cerné par la tendresse et l’affection. Par la
gentillesse et la sollicitude. Au retour, mon ami Fab m’a amèrement reproché un excès de candeur qui me faisait idéaliser une réalité bien plus glauque. Cette prise de bec ridicule m’a permis de
prendre conscience que je n’étais dupe de rien. J’étais simplement séduit. Comme si j’avais enfin trouvé l’environnement dans lequel j’aurais pu m’épanouir. Sans occulter la violence, violence
brute de ce peuple, et violence effroyable de la misère. Mais comme ça, simplement : accrocher un coin de ciel bleu.
Somme toute, à y bien réfléchir, rien de plus normal que de ne parvenir à parler de ce voyage qu’au travers de quelques anecdotes. Avec un peu plus de temps peut-être pourrai-je étaler tout sur
ce bureau pour commencer à faire un tri. Pour démêler l’écheveau. Ceci n’explique cependant pas entièrement mes doutes et mes états d’âme. Je ne peux plus écrire, je ne sais plus
écrire.
J’ai appris, sur le terrain, en « live » en quelque sorte, à parler de ma souffrance et à analyser mon, mes désarrois. Ouais.BBJane est allée jusqu’à écrire : « La preuve par... un ?... qu'un blog peut être intime, et universel. » Mais là ! Parler du bonheur ! Ce n’est pas une sinécure !
J’envisageais devant mon fils Fred d’abandonner cet outil qui me semble avoir perdu sa raison d’être. Il m’a renvoyé dans les cordes. « Tu as toujours dit que, si un seul de tes textes pouvaient aider un seul jeune à mieux faire ses choix, tu ne perdais pas ton temps. Ce n’est plus vrai ? Tu crois vraiment que ce que tu dis est sans aucun intérêt pour quiconque ? »
Je n’ai pas su répondre. Puis j’ai dû en convenir : comme toujours, je n’entends et ne vois que ceux qui font du bruit. Ceux qui pensent dur comme fer qu’ils ont des choses intéressantes à dire. Ceux qui brassent l’air avec l’aisance d’un moulin à vent bien rodé. Je sais bien qu’en fait, ce sont ceux qui reviennent régulièrement me lire et ne disent rien qui pourraient être susceptibles de m’intéresser. Je ne sais toujours pas si ce que je raconte a un quelconque intérêt, mais en réfléchissant à haute voix, j’essaye de prendre un peu de hauteur, je m’efforce de mettre ma petite personne en perspective.
Ce qui est sûr, c’est que cela m’aide, moi. Je devrais m’en contenter.
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 22241
En ligne : Selon OB : 7
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. Je verrai.