Des mots. Des mots me font peur. Pas vraiment d’ailleurs : ils m’inquiètent plutôt. Je n’arrive pas à cerner ce qu’ils contiennent et signifient vraiment. Signifier : Quel sens tout un chacun met-il sous des paroles, des mots ? Je pense prioritairement aux sentiments bien entendu. Dire ce qui relève de l’indicible. Exprimer l’inexprimable. Relativiser ce qui reste brut de fonderie. Sourire de ce qui bouleverse. Ne pas s’émouvoir avec ce qui vous arrache des larmes.
Et à cet instant même, l’impression de me gargariser de belles paroles. Dire pour communiquer, ou seulement s’écouter parler ? J’ai ressenti fortement ce hiatus en essayant, au retour de mes
vacances mouvementées, de reprendre la lecture de mes blogs favoris. « Très beau billet »… « Très belle écriture ». « Magnifique ! Je respirais l’air de la forêt en
même temps que vous ! »… Et quand bien même !… L’important, c’est d’émouvoir, ou bien de réussir à dire des choses justes ? Mais être juste et percutant, pour qui ? Pour
quoi ? Uniquement pour le plaisir de faire un beau billet ? Pour se construire, soi, pour avancer, soi, dans son cheminement personnel ? Hé zut ! Je ne veux pas revenir
aujourd’hui sur la finalité de l’écriture ! Je veux comprendre, égoïstement !
Je ressens comme un besoin de quête maladive d’une vérité qui, enfin verbalisée, ne ferait que me soulager, moi. « Enfin ! Je l’ai dit ! » Dit quoi ? Pourquoi ? Dans
quel but ?
Mettre des mots sur des souffrances. Une sorte de thérapie ?
Lorsque j’étais dans la souffrance extrême du début de ce blog, les mots ont été une thérapie, oui. Reconnue, avouée, ou niée en bloc, cette médecine pragmatique m’a aidé à survivre. Tant que
j’écrivais je surnageais. Que je lâche le clavier, et la noyade était assurée. Frapper des mots pour leurrer la mort. Utiliser Internet et les blogs comme havre de paix. Ok. Pourquoi pas ?
Alors, les mots peuvent être approximatifs. Ce qui compte, c’est d’être là, le lendemain, capable d’écrire d’autres mots. Capable de lancer d’autres bouteilles à la mer. Espoirs sans espoir
lancés dans la houle mouvante de l’indifférence affectée ou désespérément réaliste.
Mais maintenant ! Je n’ai plus de raison de m’écouter parler. Je cours après ma vie qui ne cesse d’accélérer. Je cours. Malgré mes rhumatismes. Et je n’ai pas de temps. Je vole quelques
minutes pour me poser devant cet écran. Pour essayer de garder le contact avec ma vie antérieure ?
Alors ? Alors, brutalement, les mots deviennent essentiels. Ils doivent être justes. Exacts. Précis. Eliminer le clinquant. Et je commence à avoir peur. Tout sonne faux. Je veux la vérité.
J’ai peur de la vérité. Et si la baudruche se dégonflait ?
De l’importance des mots, aussi. De leur pérennité, également. Monique avait des exigences, des valeurs, des principes. Sa première réponse à l’une quelconque de mes suggestions était souvent
« Non ! »… et j’attendais qu’elle réfléchisse et pondère son jugement ou sa décision… Je ne serais jamais allé frontalement contre l’un de ses « Non ! ». Je la
respectais trop. Je l’aimais trop. Aujourd’hui, lorsque j’ai envie de prendre une décision, j’imagine d’abord sa réaction, sa façon, à elle, de voir les choses ; Et si je conclus que sa
position de principe aurait été « Non ! », je souris, et je fais ce que je veux. (Depuis peu ! Il n’y a pas si longtemps que je commence à me dégager de son ombre
tutélaire !) Alors ? Je ne la respecte plus ? Je ne respecte pas ou plus ce qu’elle représente pour moi ? Je ne l’aime plus ou je l’aime moins ? Hé ! Hé ! C’est
quoi aimer ? C’est quoi, respecter ? La valeur d’une volonté serait uniquement liée à la circulation du sang dans des veines ? Plus de battement de cœur, plus de volonté valable ou
respectable ? Ça relativise bien des choses. Aimer ? Que veut dire aimer ? Sentiment éthéré et intemporel qui existe, immuable et inaltérable comme un diamant taillé qui brille de
mille feux ? Sentiment étroitement lié au désir, désir de plaire aussi bien que désir physique, brutalement matérialiste ? Aimer lorsqu’il n’y a plus de désir ? Peut-on aimer
quelqu’un de mort ? Ou alors aimer un souvenir ? Aimer s’entendre dire que l’on aime ? Que devient le verbe « aimer », lorsqu’il n’a plus de complément d’objet
direct ?
Attends… Attends… C’est bien beau… Mais aimer, alors ? Lorsque l’objet de l’amour est bien réel, bien vivant, bien présent… Mais inaccessible. Interdit, encore plus interdit que s’il était
mort et enterré. Fantasme pourtant concret et matériellement indiscutable, mais fantasmagorique…
Aimer… Ce sont quoi, ces battements de cœur douloureux et incontrôlables ? Ce sont quoi ces joues à la barbe grisonnante qui s’empourprent pour un oui ou un non ? Ce sont quoi, ces
bégayements ridicules d’adolescent dans une bouche sexagénaire ? C’est quoi, ce sentiment cruellement irréel et complètement vrai ?
Attends… Je réfléchis…
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Depuis le début : 30003
En ligne : Selon OB : 2
Fin Novembre 2010 je rencontrais mon Chérubin.
Aujourd'hui il approche de ses 25 ans, et j'ai moi-même dépassé les 68 bougies.
Depuis plus de deux ans et demi, je vis la relation à laquelle je n'ai jamais réussi à croire.
Et alors ?
Je ne fanfaronne pas. Je ne m’affiche pas : moins d’une quinzaine de lecteurs aborde ces pages, la très grande majorité ne dépassant pas l’affichage issu d’une requête vaseuse dans un quelconque moteur de recherche.
Les rares lecteurs réguliers attendent probablement la fin de l’histoire. Avec plus ou moins de sadisme, plus ou moins de curiosité.
C’est curieux. Je ne veux plus penser à ceux qui me lisent, d’où l’épuration en cours de la mise en page, et en même temps je suis incapable de fermer le blog. Encore moins de tout détruire. Fétichisme ?