Samedi 18 juillet 2009 6 18 /07 /Juil /2009 01:05

 Lorsque je suis parti dans ce voyage si improbable pour moi, je me suis engagé à mettre en veilleuse mes obsessions sexuelles. Je choisissais de partir avec un garçon hétéro jusqu’au bout des ongles, il était hors de question que je l’emmerde avec mes états d’âmes.

Je suis vulgaire ? Si vous saviez tout ce qui me passa alors par la tête… Mes mots crus d’aujourd’hui sont du pur romantisme…

Je voulais profiter pleinement de chaque minute. Profiter de sa jeunesse. De sa joie de vivre. De son exubérance. De sa tendresse. De ses attentions. Oublier tout le reste. Si le séjour s’était limité à la durée initialement prévue, j’aurais tenu parole. Sans effort. Sans même y penser. Les séquences heureuses s’enchaînaient les unes aux autres.


Et puis nous avons prolongé. Un soir je n’ai pas supporté la vie de bâton de chaise de cette famille nombreuse, les horaires impossibles, les heures de repas improbables, la trop grande promiscuité. J’ai pété les plombs, et je me suis réfugié seul dans un hôtel de Meknès. J’étais face à moi-même pour la première fois. J’ai retrouvé mes démons. Ce mélange de désespoir, de haine envers moi-même pour ne pas savoir me contrôler et me maîtriser dans les moments difficiles, de pulsions d’autodestruction, de désir brutal et animal, de jusqu’auboutisme, de fatalisme aussi, bien entendu. Je m’étais comporté de façon ridicule, je ne pouvais pas me montrer plus minable. J’ai dragué de façon éhontée, sans retenue ni prudence. Et le premier gamin qui a éveillé mon attention s’est littéralement jeté dans mes bras. Handicapé par la langue, j’ai eu beaucoup de mal à obtenir la certitude qu’il avait un âge raisonnable et légal. Il faisait si jeune malgré ses vingt ans !

A aucun moment il ne fut question d’intérêt vulgairement matériel.  Il me fit complice de ruses puériles pour tromper la vigilance de ses camarades (et semble-t-il d’un frère) avec lesquels il se baladait. Hélas pour moi, il s’est révélé un prodigieux amant. Il a réussi à me faire croire qu’après tout, entre un môme de vingt ans et un vieillard de plus de soixante, il y avait encore des relations possibles. Il eut mieux valu que je reçoive alors la violente baffe du dernier jour.


En quelques quarts d’heures j’ai perdu toute raison.


Si, par de mauvais concours de circonstances,  je n’ai pas réussi à le revoir, lui, je me suis mis à regarder tous les garçons désirables comme de possibles amants. C’est dire dans quels délires je me suis retrouvé ! Zig avait toutes les peines du monde à calmer mes ardeurs imprudentes. Il ne cessait d’agiter devant mes yeux les menaces de la violence exacerbée par la misère… Peine perdue : je ne craignais rien, ni le Diable, ni Allah, ni la pègre…


Il n’a pas su me prévenir du seul danger que je pouvais réellement redouter : voir mon orgueil bafoué.


J’ai eu quelques aventures. Rien d’extraordinaire. Rien de transcendant. Rien d’enivrant. D’adorables gamins. Beaux comme savent l’être les orientaux. Fins, musclés, nerveux. Des yeux de velours. Une sensualité troublante. Ce que j’aime. Ce qui me fait rêver, voire fantasmer. Je n’ai pas retrouvé les délices de la première rencontre. Je me suis acharné à les rechercher. En vain.

Le pire sans doute, c’est que je n’ai pas rencontré de véritable refus. Au grand dam de Zig, mes approches ont toutes été couronnées de succès. J’avais beau lui expliquer que je ne risquais une ouverture que lorsque je « sentais » une certaine connivence, il secouait la tête… « Oui, mais… Je ne comprends pas, ce ne sont pas vraiment des hommes… Je croyais les marocains plus fiers… » Il a pourtant fini par sympathiser avec quelques unes de mes conquêtes… Ils avaient le même âge.


Je n’ai pas réfléchi plus que ça. Sans doute l’esprit perverti par tout ce que j’avais entendu raconter par des gays sur les facilités dans le Maghreb, je trouvais simple et naturel que ces garçons, pourtant évidemment hétérosexuels, se prêtent sans réticence à des jeux très intimes. Sans doute aussi parce que je n’avais pas envie de regarder plus loin que le bout de mon nez : Je suis un gentil garçon, je suis aimable et respectueux, pourquoi me refuseraient-ils une petite faveur, somme toutes bénigne ?


Zig me disait combien il était choqué. Je ne l’écoutais pas. Je veillais à respecter la seule règle absolue qu’il m’avait imposée : pas la moindre approche avec un quelconque membre de sa famille. Ce ne fut pas si facile : quelques uns de ses cousins sont particulièrement avenants…


Pendant le séjour, j’ai fortement sympathisé avec un cadre de la piscine que nous fréquentions assidument. Ses ouvertures m’apparaissaient de plus en plus évidentes, il accueillait sans broncher des paroles et des caresses de moins en moins équivoques me semblait-il, (ou l’inverse si vous préférez…), et j’espérais bien pouvoir concrétiser avant la fin du séjour. Ce garçon, un peu plus âgé que les autres, cultivé, intelligent, beau au-delà de mes espérances, me troublait de plus en plus. Je fis des pieds et des mains pour pouvoir organiser une soirée en tête à tête, ce que je réussis enfin le dernier soir. J’étais au comble de l’excitation, proche de l’enivrement sans avoir bu une seule goutte…

 


Il n’avait rien compris. Je ferai sans doute un billet sur le côté « tactile » des relations affectives là-bas. Je n’avais rien compris. Nous n’étions pas sur la même longueur d’ondes…

Il a brutalement entrevu mes intentions pendant que nous allions en ville pour passer une soirée festive. Il m’a fait arrêter immédiatement sur le bord de la route. Ses yeux de velours lançaient des éclairs, son front est devenu buté, la haine et le mépris ont remplacé la tendresse dans son regard…


« Je croyais que tu étais mon ami, et tu ne pensais qu’à « ça » ! »

« Tu dois savoir que les marocains ne sont pas comme « ça », eux ! »


Je suis resté sans voix. Une violente agression ne m’aurait pas fait plus de mal. Ce n’est pas l’échec qui était douloureux. Pas davantage le soufflet du rejet méprisant. Encore moins l’orgueil bafoué.

Non.

C’est le fait que j’aie pu me tromper à ce point.

C’est également le fait que j’aie pu me comporter (ou être ressenti, mais c’est pareil) en agresseur.

C’est le fait d’avoir fait violence à quelqu’un. Le contraire de ce que je veux.

C’est le sens de cette erreur, sur les autres rencontres. Bien entendu, il n’a jamais été question d’argent. Bien entendu, j’ai toujours voulu être profondément respectueux de leur volonté et de leur liberté de choix. Mais qu’en était-il en réalité ?


Je sais bien que tous ces garçons rêvent de venir en France. Comment pourraient-ils rejeter plus ou moins violemment ce qui pourrait être ne serait-ce que l’ébauche d’un espoir ?

Ils laissaient l’espérance défaire leur pantalon.


Je sais bien que j’ai une forte personnalité, et que j’impressionne. Même ici, en métropole.

Ils étaient honorés d’être honorés par quelqu’un d'honorable qui condescendait à s’intéresser à eux.


Je sais bien que sans parler d’argent, j’étais un peu le Père-Noël… Une gâterie par ci, une entrée de piscine par là, une petite bouffe au passage… Là-bas, le salaire moyen doit tourner autour de 200 €uros…


Mais bordel ! Je laisse quoi, dans mon sillage ?


J’ai mal. J’ai honte. Je ne réussis pas à m’en remettre.

Sans doute aussi pour ça que je ne parviens pas à réécrire.

Publié dans : Voyage
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  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
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      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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Qui je suis

  • Boby
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  • 29/04/1945
  • Provence Région Parisienne ARLES Gascon Fès au Maroc
  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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