Je ne savais pas comment le prendre. Avoir l’air intéressé, ou blasé ? J’étais là, assis, ou plutôt affalé dans la salle de séjour. Les bras ballants. Je devais vraiment
avoir l’air d’un cave. Antonio, lui, souriait aux anges, touillant machinalement la tasse de café qui était toujours sans sucre. Visiblement, il se baladait encore dans l’histoire qu’il venait de
me raconter.
Une histoire ? Non… Tout juste une anecdote. La toute dernière de son petit chérubin. Aldo n’a pas treize ans. On lui en donnerait bien cinq de plus. Un physique de déménageur. Et une gueule
d’ange. Mortel. Il est mortel ce môme. Vraiment trop chou. Je choisis l’option intéressé…
- C’est trop, Anton ! Aldo me fichera toujours des frissons de par tout le corps. Je vais en faire une fricassée,
un de ces jours, de ton chérubin !
- T’y amuse pas, hein ! Pas touche ! Tu sais comme je suis jaloux ! Je veux bien fermer les yeux quand tu passes une petite tarlouze sur le grill, Mais que mon amant préféré équarrisse mon fiston préféré, y aurait du grabuge dans l’air !
Pour le coup, je ris de bon cœur.
- Tu ferais mieux de le sucrer, ton café, avant de lui donner le tournis !... Hé, dis-donc, mec, je n’ai jamais
été égoïste ! Chaque fois que j’ai fait rôtir un petit biquet, je t’ai toujours gardé un des meilleurs morceaux ! Je suis trop partageux, tiens ! T’es même pas
reconnaissant !
- Fais pas semblant de pas comprendre ! Nous avons toujours tout partagé, ok, les coups de bourre et les coups de queues, nous avons toujours grignoté chacun une des olives, mais là ! Je ne pourrais quand même pas m’empiffrer de l’entre-jambe de ma propre chair ! Et du coup tu garderais tout pour toi ! Je ne l’accepterais pas je te dis !
- Ah… Tu me rassures ! J’ai eu peur que brutalement tu sois atteint de principes moraux et d’interdits incestueux ! Mais aussi !... Il est trop trognon ton môme. J’ai une trique d’enfer après avoir écouté cette histoire ! Je n’arrive pas encore tout à fait à y croire…
- Tu doutes ?!!! Hé mon chou, qui c’est qui a dû se payer le découpage en tranches fines avant de disperser les restes du cadavre à travers la campagne ? Hein ? Bibi, comme d’hab…
- Aldo avait donc laissé des restes importants cette fois-ci ?
- Ben, tu sais, il était quand même assez rance, le colon… Il dépassait les soixante-cinq berges… Alors, mon Aldo, après avoir bien farci le pépé (il en redemandait le tremblotant, à ce qu’il m’a dit, le fiston…), et accompli la cérémonie selon les règles liturgiques, il n’a consommé que les meilleurs morceaux. Les parties, le cœur, le foie, la cervelle…. Mais les chairs flasques et flétries, il n’en a pas voulu. Et moi, ces restes, ça ne m’a pas mis en appétit. Même avec un bon barbecue… Pour sûr, tu n’en aurais pas voulu non plus !
- Devrait choisir moins vieux, ta progéniture. Il pourrait facilement se le permettre, vu le nombre de mectons qui lui tournent autour !
- Oui, mais, justement, ce sont les plus vieux qui l’excitent ! Il adore leur révéler son âge véritable pendant qu’il est en train de leur brouter le poireau… Ils sont tétanisés par la terreur. Ils ne bronchent pas quand il sort son surin de la main droite, pendant qu’avec la gauche il regroupe leurs bijoux de famille. Aldo, il dit même que lorsqu’il les émascule dans cet état mi transe, mi hypnose, les abricots sont plus savoureux, plus tendres… Et puis les cris restent bloqués au fond de la gorge. C’est quand même plus confortable… Ils se vident doucement de leur sang sans ameuter le quartier…
- Enfin… Tu ne vas pas te plaindre qu’il te donne un peu de travail de temps en temps, ce gamin. Dans l’ensemble, il te procure quand même beaucoup de satisfactions !
- Je dois reconnaître, je dois reconnaître…
Il ne valait mieux pas que j’en rajoute. Déjà, je m’étais montré un peu trop bavard. Je sentais bien que j’avais réveillé de mauvais souvenirs.
Ça fait quoi ? Bien une dizaine d’années que nous sommes amants,
Antonio et moi. Dans une relation basée sur le respect et l’estime réciproque. Nous avions débuté par un simple échange de services. Il voulait se débarrasser d’une épouse devenue par trop
acariâtre, qui n’était jamais contente des morceaux qu’il lui réservait, et moi j’avais un amoureux transi qui n’acceptait pas de prendre conscience qu’il avait vieilli.
Ce n’est pas de ma faute si je n’aime que la chair fraîche. (Il n’y a qu’Anton… Mais lui, je soupçonne que c’est à cause de son régime très carné. Malgré le temps qui passe, il paraît toujours
avoir vingt ans. Je l’adore. Un de ces jours, j’en mangerai.)
Après ces échanges de bons et loyaux services, nous avons vécu une passion prodigieuse, intense, pure, incisive, merveilleusement meurtrière. Nos ébats amoureux ne connaissent pas de limite. En
tout temps, en tout lieu, des bouffées délirantes nous prennent. Nous connaissons chacun les moindres recoins secrets de l’autre. Chacun offre ses plus belles bosses à la voracité du partenaire.
Ça ne suffit jamais. Il nous faut toujours trouver quelque tierce personne consommable, dont la cuisson, bien à point, réussit enfin à calmer le torrent de nos pulsions voluptueuses. Nous
alternons. Une fois un petit biquet pour me faire plaisir, une autre fois une pimprenelle pour assouvir son besoin de romantisme.
Hé oui, dix ans… Dix années d’une complicité amoureuse hors du commun. Pourtant tout a failli être gâché par ma faute, au bout de quelques mois. Par mon inconscience. Il n’y avait pas deux ans
que notre relation resplendissait lorsque je rencontrais Maxime. Le fils aîné d’Antonio, qui venait d’avoir dix sept ans.
Faut que je fasse une petite parenthèse, pour que vous puissiez comprendre. Je ne savais même pas qu’il
existait, ce môme ! Il était en pension depuis des années, avec un régime carcéral strict. Très tôt, ses parents avaient été très inquiets. Il ne pleurait jamais. Il ne criait jamais. Il ne
cassait aucun jouet. Ils l’ont surpris une ou deux fois en train de faire des câlins à une petite copine. Ils ne savaient vraiment plus ce qu’ils pourraient faire de lui plus tard. L’envoyer sur
une planète où il existerait encore un monde des Bisounours ? Ouais, je rigole, mais ce n’était pas marrant.
Le summum est arrivé le soir où la maison de leurs voisins a été ravagée par un incendie. Ce jour là aurait dû être marqué d’une pierre blanche. Ils avaient offert un très beau briquet à
Aldo.
Seulement Maxime s’est précipité dans les flammes, et en a ramené saine et sauve la fille des voisins de un an sa cadette.
Là, c’était trop. Il ne leur restait que la possibilité d’un internat sévère et rigoureux. Et voilà qu’une fois fêtés ses dix-sept ans,
l’établissement, lui aussi, avait déclaré forfait. Ils avaient résumé ainsi la situation au père catastrophé : « Tout ce que nous avons réussi à obtenir, c’est qu’il regarde les garçons
et les filles avec le même intérêt. Il aime tout autant mettre et se faire mettre, mais il reste une fleur bleue irrécupérable. Nous déclarons forfait et rendons notre tablier… Et ce n’est pas
faute d’avoir tout essayé ! »…
Ainsi donc, j’avais rencontré Maxime. C’était vraiment dommage qu’il ait de tels handicaps intellectuels. Parce que, physiquement, c’était un archange. La beauté absolue. Un corps athlétique,
imberbe, tout en finesse et souplesse, des hanches étroites et suggestives, le ventre plat de mes rêves, un slip au remplissage évocateur. Bref. Tout à fait le genre de biquet qu’il ne me déplaît
pas de mettre sur le grill et d’en partager les appâts avec mon amant en titre, Anton… Auquel je ne cachais pas mon trouble et mon émotion à la vue de sa progéniture. Au lieu de calmer mes
ardeurs, ce cruel prit un malin plaisir à émoustiller mon imagination. « Vas-y, fais de ce petit minable un vrai prédateur, et tu auras ma reconnaissance éternelle ! Je te jure que dans
ce cas, je ne serai pas jaloux. Vas-y, baise, baise à couilles rabattues ! »
Ce n’est pas le genre de choses qu’il faut me dire deux fois ! J’allais l’embarquer, cet éphèbe, vite fait, bien fait !
C’est lui qui m’a embarqué.
Je ne sais pas comment dire. Je ne sais pas comment expliquer. Ses yeux. Je
pense que ses yeux y sont pour beaucoup. Je me noyais dedans. Il y avait un Lac de la Tranquillité dans ses prunelles. Et ses mains. Ses mains qui étaient d’une douceur machiavélique. Non pas
d’une douceur mièvre et insipide qui m’aurait fait réagir avec autorité et fermeté. Non. Une douceur qui dressait mes poils sur tout mon corps et transformait ma cervelle en eau de boudin. Moi,
moi ! je me suis laissé embrasser dans un abandon total ! Sa langue a pu visiter ma glotte dans ses moindres recoins, et j’en
redemandais ! Il offrait son sexe à mes lèvres et je le suçotais au lieu de le dévorer, il se donnait à moi et je le visitais au lieu de le prendre ! J’étais en train de tomber
amoureux. Amoureux ! Moi ! La honte !
Heureusement, Antonio a très vite compris. Avant moi. Il m’a vu rester indifférent deux fois de suite lorsqu’il m’a offert sur un plateau d’argent les attributs de biquets sur lesquels je
flashais depuis des mois. Il a alors mesuré les dégâts que son aîné était capable de répandre. Il a compris qu’il devait faire vite s’il ne voulait pas me perdre. Il a fait appel à un ami de
confiance. Un ex. Un qu’il avait aimé avant moi. Et qui, ce qui prouve bien son exceptionnelle qualité, était resté en vie après qu’Anton et moi nous
soyons rencontrés. C’est cet ex qui a eu l’idée de profiter de l’occasion pour faire l’initiation d’Aldo. Le salop ! Je ne sais pas pour quoi je lui en veux le plus : pour avoir rôti et
mangé aux petits oignons mon amoureux transi, en partageant ses appâts avec le propre frère de la victime, ou pour avoir eu le privilège de dépuceler
Aldo. Trop veinard ! Mais Anton savait ce qu’il faisait. Quand il a été certain que j’étais sauvé et que je remontais la pente, il m’a convié à assister à une nouvelle cérémonie : Il ne
pouvait laisser vivre celui qui avait mangé la chair de sa chair. Anton a parachevé l’éducation d’Aldo, en lui offrant son initiateur en victime expiatoire. C’est ainsi qu’Aldo est devenu un
expert. Pour me consoler et me remonter le moral, j’ai eu droit aux meilleurs morceaux. J’ai compris pourquoi Anton avait été sensible à ce type. Il était croustillant.
Après le deuil de Maxime, j’ai su que mon amour pour Antonio était exceptionnel, grandiose. A la vie, à
la mort. N’empêche. Aujourd’hui j’ai été maladroit. Parce que mes plaisanteries – pourtant admiratives- à l’encontre d’Aldo ont, je le vois bien, réveillé ces mauvais souvenirs. Je vais devoir
rapidement détourner son attention. L’aider à penser à autre chose. Justement, je ressens comme un frétillement dans mon bas ventre. Je vais lui mettre sous le nez. Là, je sais qu’il ne pourra
pas rester indifférent. Il est trop gourmand.
(à suivre...)
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 51198
En ligne : Selon OB : 8
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. Je verrai.