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Samedi 6 décembre 2008 6 06 /12 /Déc /2008 19:08

Solitude parisienne. Solitude choisie.

Solitude douloureuse. Solitude victoire.

Vieille solitude familière. Solitude de vieux.

Je viens de pleurer, et c’est bien. C’est bien.

 

C’est ce que je viens d’écrire en fin de commentaire d’une série de billets qui m’a pris à la gorge et secoué comme un prunier. Souvenirs d’enfance écrits par une femme. C’est bien.

 

Je suis là, enfermé dans le petit cabanon de ma fille. Seul. Mes enfants mènent leur vie, et ça aussi c’est bien. La petite construction est tapie dans un coin d'un vaste jardin isolé au milieu d’un pâté de maisons. Coupé du monde. J’aurais pu traverser le vestibule de l’immeuble et me retrouver dans une rue animée, scintillante des décorations de noël. Ma voiture est garée juste en face. La prendre et partir à l’aventure. Mais je ne peux pas.

Ici, je n’entends rien, je ne vois rien, je ne devine rien. Seul dans un silence de tombe. A quelques encablures de la capitale. Je suis à l’abri. A l’abri de moi-même, simple évidence.

Je savais ce mois de décembre effroyable et redoutable. Je le sous estimais.

 

Il y a un an, nous savions tous l’issue prochaine. Moi, en plus, je m’interrogeais sur ce que je devais faire de ma destinée. Aurais-je le courage de mener mes projets à leur terme ? De ne penser qu’à ma propre libération, en ignorant rageusement le ressenti des autres ?

Monique s’accrochait à ses derniers souffles de vie. Avec ses ultimes forces elle luttait contre mon projet. Sans se soucier de moi : seuls les enfants comptaient. Je devais rester auprès d’eux. J’ai cédé. Pour qu’elle puisse partir en paix.

Dès lors, je savais ce qui m’attendait. Je savais, mais je n’en mesurais pas la portée.  Je me rassurais en me racontant que ce n’était l’affaire que de quelques mois. J’imaginais affronter le vide comme toutes les difficultés rencontrées dans ma vie : tête baissée. Droit dans la mêlée, bien campé sur mes jambes. Mais le vide est vide. Bien plus vide qu’on ne le pense.

 

J’aurais pu prendre la voiture cet après-midi. Partir. Courir les rues forestières de la forêt de Sénart. En chasse. En chasse de quoi, de qui ? Je le sais, dans cette foire au sexe parfois débridée, je n’intéresse plus personne. Pire : je redoute d’intéresser quelqu’un. Car ce ne pourrait être que sordide : un pervers ? Un travelo honteux caché dans la cabine d’un camion ? Un passif dont le cul aurait eu toutes les visites imaginables, hors le métro ? Un gigolo amer et méprisant ? Je ne peux pas. Je ne peux plus.

 

Pendant mon surf abrutissant de toute la journée, je suis tombé sur cette photo. En arrêt. Le souffle coupé. J’ai pleuré, encore, abondamment.

Pourtant, non, n’imaginez pas une violente vague de désir frustré. Non. Sans me flatter, j’ai tenu dans mes bras des garçons largement aussi séduisants que celui-ci. Et cependant, j’ai bien cru quelques instants que je ne pourrais pas dominer le désespoir qui me submergeait.

Est-ce parce qu’il est vêtu, et que sa pose n’est pas particulièrement lascive ? Les images qui envahissaient mon esprit, étaient celles d’une rencontre fortuite, dans quelque lieu neutre, dans une quelconque réunion. Et il s’intéressait à moi, venait me parler, se passionnait de ce que je lui racontais, me souriait d’un sourire qui me renversait, et s’abandonnait dans des confidences… En quelque sorte, j’osais imaginer qu’il voyait mon être, sans remarquer mon corps. Mais le corps est là. Je ne peux pas. Je ne peux plus.

 

J’aurais pu prendre la voiture cet après-midi. Partir. A Paris. Aller vérifier que tous les recoins underground parisiens n’ont pas été aseptisés par la morale pudibonde de nos dirigeants. (Soit dit en passant, le sarkozisme utilise le karcher, mais nos émules de gauche ont également beaucoup fait pour confiner la gaytitude dans des ghettos commerciaux et normés !) Faire ce que j’appelais étant plus jeune « la tournée des Grands Ducs ». Les pissotières, cinémas, quais de Seine et autres lieux de drague répertoriés. Pour quoi faire ? Dans quel but ? Avec quels espoirs ?

J’ai été long à pouvoir donner un sens logique à mes réticences. Je me suis bien gaussé dans ces colonnes de mes virées plus ou moins glauques, plus ou moins vaines, dans les chemins creux de Provence…

Et j’ai enfin compris. Pas fufute le mec, je vous l’affirme, malgré ce que d’aucuns prétendent.

Là-bas, « chez moi », sans le verbaliser, sans vouloir le reconnaître vraiment, j’ai toujours l’espoir secret de faire enfin une rencontre qui, au bout du compte, après plus ou moins de ratés, pourrait s’inscrire dans le temps. Avoir la vie devant soi, en somme.

Ici, mes virées ne seraient que le cul pour le cul. Je ne peux pas. Je ne peux plus. J’ai vieilli. Encore plus que ce que je croyais.


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Qui je suis

  • Boby
  • Les petites histoires de Boby
  • Homme
  • 29/04/1945
  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, j'ai redécouvert l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune ! C'est lui qui m'a choisi, et je n'ai pas su dire non...

Constat :

Fin Novembre 2010 je rencontrais mon Chérubin.

Aujourd'hui il approche de ses 25 ans, et j'ai moi-même dépassé les 68 bougies.

Depuis plus de deux ans et demi, je vis la relation à laquelle je n'ai jamais réussi à croire.

Et alors ?

Je ne fanfaronne pas. Je ne m’affiche pas : moins d’une quinzaine de lecteurs aborde ces pages, la très grande majorité ne dépassant pas l’affichage issu d’une requête vaseuse dans un quelconque moteur de recherche.

Les rares lecteurs réguliers attendent probablement la fin de l’histoire. Avec plus ou moins de sadisme, plus ou moins de curiosité.

C’est curieux. Je ne veux plus penser à ceux qui me lisent, d’où l’épuration en cours de la mise en page, et en même temps je suis incapable de fermer le blog. Encore moins de tout détruire. Fétichisme ?

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