Jeudi 13 novembre 2008 4 13 /11 /Nov /2008 12:51

 (Début, Prospection, Identité, Dans le temps)


 

Ailleurs. Va voir ailleurs si j’y suis. Fuite. Il y en a qui ne sont jamais bien là où ils sont.

La fuite ne fait pas particulièrement partie de mes habitudes.

 

Pourtant, bouger, je connais. Mes parents habitaient Bordeaux. Je suis né dans la banlieue bordelaise. Les années qui ont suivi la faillite de leur commerce ont été des années d’errance, de ville en ville, de boulot en boulot, et de vie plus ou moins modeste. Toujours dans le Sud-Ouest.

Puis ce fut la stabilisation dans le Béarn, en bénéficiant de la formidable industrialisation autour du gaz de Lacq. Je ne me suis jamais senti béarnais. Je suis toujours resté un intrus. Un passager. Mes racines étaient trop fortement enfoncées dans le sol. Pourtant, avec un sacré grand écart : dans le sable du nord des Landes par ma mère, dans les caillasses du Quercy par mon père.

J’ai l’odeur des pins et les vagissements de l’océan gravés dans mon âme. Mes papilles frémissent au seul nom du chasselas, du foie gras et des cèpes. Les Bordeaux, le Jurançon, le Monein, le Cahors, égayaient les repas de mon enfance. Diantre ! Je suis gascon !

Pourtant, je n’ai pas eu une seconde d’hésitation lorsqu’à vingt ans j’ai enfin eu l’opportunité de rejoindre la capitale. Le gascon avait le cœur serré. Le gay espérait la liberté.

J’ai souffert et galéré dans Paris.

Mais j’ai aimé Paris. Passionnément.

J’y ai connu les plaisirs entre garçons. L’amour aussi. Celui d’une femme. Passionnément.

Lorsque, presque quarante ans après, elle m’a dit vouloir aller mourir là où elle était née, je n’ai pas hésité une seconde. J’habite Arles, en Provence.

Je suis ici, seul. Avec pour uniques points d’ancrage une petite dalle de granit et cette maison que nous avons choisie et que j’avais commencé à restaurer, pour elle.

Autant dire presque rien. Dire plutôt, tout.

 

Il y a mes enfants, bien sûr. Ils vivent tous trois en région parisienne. Et alors ?

Fred me contacte chaque fois qu’il a mal aux dents. Rarement. Il a un bon râtelier.

Lorsque je vais monter dans quelques jours, j’irai chez ma fille. Elle ne sera pas là. En déplacement professionnel à l’étranger. Comme souvent, sur les routes.

Xavier fera tout son possible pour être disponible. Je le sais bien. Il me sacrifiera quelques unes de ses activités.

Je n’accepte d’être, ni une charge, ni une contrainte.

J’ai envie de les voir, c’est sûr. Je les verrai.

Mais si j’habitais près d’eux, cela changerait-il les choses ? Je ne le crois pas.

J’ai une voiture. J’aime conduire. En huit ou dix heures je peux être auprès d’eux.

 

Il y a mes amis et relations. Allons, Boby ! Un peu de réalisme !

Chacun a sa vie. Chacun la gère plus ou moins dans l’urgence. Et je ne dois pas me croire le centre du monde. Personne ne m’attend.

 « Là où tu te trompes, c'est dans ce que tu attends des autres. Et ce que tu exprimes de ces attentes. J'ai parfois l'impression que tu te mets dans des situations où tu n'as pas d'alternative à la déception. Parce que tes attentes se construisent par rapport à toi, alors que chacun vit sa propre vie et que dans cette vie le rapport à toi n'est qu'une composante, à l'importance variable selon les moments. Mais en dehors de la tension amoureuse, une de ces tensions des premiers jours où tout palpite et où le monde disparaît, ce que tu attends n'existe pas. »

C’est un commentaire qui me le dit. Hé bien si, justement, je pense aux autres, prioritairement. Et je l’ai dit, je ne supporte justement pas l’idée d’être, en quoi que ce soit, une contrainte.

Que je sois ici ou ailleurs ne change rien à l’affaire. Je le dis depuis le début.

Au contraire peut-être. Lorsque je vais monter dans la région parisienne, je sais que de nombreuses connaissances feront avec plaisir l’effort de me consacrer quelques instants. Si j’habitais à deux pas de chez eux, ce serait : « On se téléphone et on se fait une bouffe ? » Un jour ou l’autre…

Un peu de lucidité encore : bien sûr, j’y ai souvent pensé en lisant tel ou tel blog. J’aurais aimé m’associer à telle ou telle sortie, à tel ou tel déplacement, concert, musée, balade. Mais je le sais bien. Dans l’état, ce ne pourrait être qu’à sens unique : me raccrocher à ce que d’autres organisent. Je ne pourrais inviter personne à mes initiatives : je ne fais strictement rien, je n’ai envie de rien.

 

Plusieurs que j’aime m’ont suggéré de vendre et de revenir sur Paris. Dont mes enfants. Ce n’est pas me voir tel que je suis. Tournons la page.

Et puis, de vulgaires raisons matérielles. Si je vendais cette bicoque-ci, le produit de la vente me permettait d’acheter quoi, sur Paris ? Un studio ?

Et puis, plus simplement encore. Je suis l’usufruitier de ces biens. Je n’en suis pas l’unique propriétaire. Et mes enfants l’aiment bien, cette maison. Je le sais.

Je suis plus raisonnable que ça.

 

Je pourrais être déraisonnable. Encore plus. N’allez pas imaginer que, dépressif, je me complais dans ma fange. Si tel était le cas, je n’écrirais plus. J'essaye de me reconstruire. De me refaire une unité.

Entre autres, tenez, j’ai eu quelques rêves, vite avortés.

Je pourrais voyager. Rien ne me retient. Même pas de réels soucis financiers. Mais aller où ? Je suis on ne peut plus réfractaire aux langues étrangères. Et à mes yeux voyager, c’est avant tout des rencontres et de la communication. Les monuments, les vieilles pierres, les paysages bluffant…  Je suis loin d’avoir fini de faire le tour de cette région-ci. Seulement voila. Seul, je n’y vois aucun intérêt. Je tourne en rond. Sur place.

J’ai même pensé à suivre les traces d’un Gide et d’aller dans ces pays du Maghreb sur lesquels j’ai toujours fantasmé. Mais quoi ? Quels fantasmes ? Courir les destinations du tourisme sexuel ? Horreur et culpabilité de la seule idée. Crainte de me retrouver comme l’affamé devant un buffet de desserts et autres sucreries. Ne suis-je pas assez avili ?

Je sais ces pays sublimes. Je redoute de rencontrer seul leurs habitants. Ah ! Avec un compagnon ! Je tourne en rond. Sur place.

Tenez. J’ai même imaginé un jour me payer un camping-car et partir, comme ça, le nez au vent, sur les routes de France et du monde. Sans contrainte. Sans destination. Au gré des rencontres. Encore faudrait-il que je crois vraiment à la possibilité de ces rencontres…

Je me souviens, il y a bien longtemps, analysant mes statistiques par pays, avoir plaisanté : « Ah ! Si c’étaient des biquounets qui veuillent m’inviter à venir les voir ! »

Ceux qui me lisent doivent bien parler français. Ce ne sont pas mes illustrations qui peuvent les attirer ! Je n’ai jamais reçu de commentaires dans ce sens. Je reçois si peu de commentaires… Je tourne en rond. Sur place.

 


Enfin, voulez-vous que je vous dise ? Je reste convaincu que le vrai voyage, c’est dans ma tête, que je dois le faire. C’est là que j’ai un long chemin à parcourir. Ces quelques billets participaient d’une telle démarche. J’ai essayé de jouer franc jeu. D’utiliser positivement ce besoin exacerbé de transparence. Quelques uns d’entre vous m’ont accompagné. Je les en remercie. Dans l’instant, je suis à une croisée des chemins, et je ne sais pas trop lequel prendre.

 

Mais je vais pouvoir donner du temps au temps.

Cette fin de semaine je vais avoir des visites bien agréables.

La semaine prochaine sera très chargée, pour remettre en état la maison et le jardin que j’ai abandonnés depuis des mois.

Le ménage, les bricolages indispensables, du rangement. (L’annexe et le garage-atelier sont dans un état à faire peur !)

Ramasser les olives, désherber, tondre, tailler la haie, rentrer les plantes fragiles.

Le week-end d’après je monte sur la capitale.

Je vais voir mes enfants. Ma famille. Mes amis. Mes anciennes relations.

Je lance un appel : je serais heureux de rencontrer tous ceux qui voudront bien me voir. Faites-moi un petit signe. Mon mail est accessible. Je donnerai l’adresse MSN à qui le voudra.

Si tout va bien, je devrais pouvoir bénéficier de la connexion internet de ma fille.

Cinq semaines de bonheur, ou, en tous les cas, je ne serai pas seul et où je verrai des gens que j’aime ou que j’apprécie.

J’aurai bien le temps après, de reprendre mon introspection…

Quoi que… Des bricolages m’attendent. Des travaux. Certains assez lourds. Et puis le printemps reviendra, avec son optimisme…

 

Allez. Haut les cœurs !

Et maintenant, assez bavassé !

 Au boulot !!


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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...

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Bonjour...

    Pendant un an, j'ai tenu régulièrement ce blog, alors que j'accompagnais ma femme dans un combat perdu d'avance contre le crabe...

     

Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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  • Provence Région Parisienne ARLES Gascon Fès au Maroc
  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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