Il y avait bien longtemps que nous n’avions pas pris le temps de discuter, mon ami F. et moi. Depuis l’achat de la bibliothèque je crois.
La discussion a, bien entendu, essentiellement tourné autour de moi et de « mes » œuvres… Alors qu’il traverse lui-même une passe bien difficile. Mon égocentrisme est invraisemblable et insupportable. Je me déteste. Facile, après… Pendant, je me suis laissé cajoler, bercer, secouer, interpeller, par la finesse et l’intelligence de ses analyses. Il se refuse à mettre des commentaires sur mon, mes, blogs. Mais là, j’ai été servi.
D’abord, ma tentative de roman. F. est l’un des tous premiers à qui j’ai confié les clefs du tabernacle… Ses premières visites s’étaient conclues par un jugement sévère. Ou que j’avais vécu comme tel. « Ce n’est pas à proprement parler de la fiction. Tu n’inventes pas vraiment. C’est une uchronie reposant sur ce que ta vie aurait pu être… » Je m’étais insurgé. Je change quand même bien plus que le nez de Cléopâtre ! Je n’ai jamais été beau, séduisant et sûr de moi comme l’est Al ! Monique n’a jamais eu, il me semble, l’aisance et la joie de vivre que j’attribue à Suzy ! Et je sais bien qu’il était impensable pour elle de me quitter.
Nous en avons reparlé. Ses exemples, la pertinence de ses analyses m’ont obligé à rendre les armes. Plusieurs discussions avec des proches ces dernières semaines concordent d’ailleurs et se recoupent. Ce que j’ai reconduit inconsciemment dans cette fiction et dans la psychologie des personnages principaux, c’est un désir d’absolue perfection dans la construction de leur vie…Tout doit être parfait, même les drames… Exigence exacerbée qui, je le réalise petit à petit, a guidé Monique et moi dans toutes nos attitudes et nos réactions… Y compris dans le cheminement vers sa mort. Mais pour réellement l’assumer, j’ai encore bien du chemin à parcourir. Je le sais.
Nous avons également beaucoup parlé de mon « deuil ». Ce satané deuil que je n’accepte même pas vraiment de nommer… Des dizaines de minutes de discussion, souvent acharnées, mais extraordinairement apaisantes pour moi. Et soudain, en référence à mon dernier billet, cette réflexion de F. :
- « Mais non, Boby, « faire son deuil » ne consiste pas à accepter la mort, la disparition, de l’autre ! Cela consiste à accepter de continuer à vivre avec cette nouvelle donne ! »
Allez savoir pourquoi, soudain, tout a semblé s’éclairer pour moi. Que petit à petit j’accepte de vivre sans Monique ? Ce qui voudrait dire que je m’étais accoutumé, comme dans beaucoup de couples, à vivre avec elle ? Mais non, hélas. Je ne m’étais pas accoutumé à vivre avec elle ! Je ne vivais que pour elle. J’ai réalisé là, ou plutôt j’ai enfin verbalisé là, que sans elle il y a belle lurette que je ne serais plus. Et c’est bien pour cela qu’essayer de continuer à vivre n’a aucun sens à mes yeux.
C’est con peut-être, mais je me suis senti soulagé.
Le décès de Monique n’était plus le handicap insurmontable que j’essayais de dépasser.
Le non sens à vivre m’a habité bien avant. Bien avant. Sans aucun doute même avant que je la rencontre. Je l’ai crue fragile. J’ai passé ma vie à essayer de la protéger. De tout. Des autres. De moi. Et c’est elle qui me portait à bout de bras.
Pourquoi je me suis senti soulagé ?
Parce que je n’ai plus qu’un seul adversaire : moi-même.
Et là, ce n’est pas gagné. Mais au moins les choses sont claires.Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 22061
En ligne : Selon OB : 5
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. Je verrai.
le deuil c'est effectivement vivre avec ce que l'on a voulu se cacher.. Vivre le deuil, ou mourir, comme dans le cas de ma soeur, c'est accepter de se mettre en scène et dire là où ça ait mal.
en ce qui me concerne, je commence à re-vivre un peu après avoir anamysé certaines problèmatiques familiales: la mienne
et commencer à comprendre que peut-être, j'ai échappé à un rôle trop difficile et que cela aurait pu être moi..
Ma soeur était la plus fragile mais on ne lui a pas laisser s'habituer aux griffes des tigres ( Le Petit prince de Saint-Exupéry)
A trop vouloir la protéger ma mère l'aura ammenée à sa mort (la pendaison peut évoquer l'etouffement)
si l'on veut aller au bout de la mise en scène...
De quoi faire pour la psychanalyse...et les psychanalystes....
Je ne suis pas sûre qu'il existe une définition unique et juste de l'expression "faire son deuil". Je pense plutôt que chacun a à apprendre à gérer le caractère définitif du manque, apprendre à faire avec l'absence, avec ce vide laissé par la personne qui est partie, tout en sachant que cette part de vide ne sera comblée par rien ni personne. Pour ma part, je crois que je suis vraiment devenue adulte (donc franchement moins drôle, bien moins "légère) après le décès de ma mère.
Le deuxième point de votre note est très touchant = "je ne vivais que pour elle". Serrons-nous bien fort la main, Boby. Sans mon mari et ma fille, je ne serais certainement plus là : ils sont mes jambes. C'est grâce à eux et aussi pour eux que je me tiens "debout". Vivre pour moi-même ne veut rien dire pour moi. Quelque part, je comprends votre point de vue. Mais d'un autre côté, il y a vos enfants .... C'est si complexe : cet état de penser étant la résultante de tant et tant de faits de vie.
Je ne chercherai pas à vous convaincre de quoi que ce soit, je ne connais que trop la douleur et la lourdeur de sa propre vie à porter. Je finis juste en vous disant que j'espère pouvoir vous lire encore (ce que je fais depuis des mois épisodiquement et discrètement). A bientôt ?
Ce sont ces mots, pleins de compréhension et d'attentions, reçus de la part d'anonymes qui me révèlent que je ne suis pas seulement lu par des chercheurs de sensations fortes, qui m'ont, en grande partie, décidé à reprendre la plume sur ce blog.
Merci encore.