Dimanche 17 août 2008 7 17 /08 /Août /2008 19:31

Il y avait bien longtemps que nous n’avions pas pris le temps de discuter, mon ami F. et moi. Depuis l’achat de la bibliothèque je crois.

La discussion a, bien entendu, essentiellement tourné autour de moi et de « mes » œuvres… Alors qu’il traverse lui-même une passe bien difficile. Mon égocentrisme est invraisemblable et insupportable. Je me déteste. Facile, après… Pendant, je me suis laissé cajoler, bercer, secouer, interpeller, par la finesse et l’intelligence de ses analyses. Il se refuse à mettre des commentaires sur mon, mes, blogs. Mais là, j’ai été servi.

 

D’abord, ma tentative de roman. F. est l’un des tous premiers à qui j’ai confié les clefs du tabernacle… Ses premières visites s’étaient conclues par un jugement sévère. Ou que j’avais vécu comme tel. « Ce n’est pas à proprement parler de la fiction. Tu n’inventes pas vraiment. C’est une uchronie reposant sur ce que ta vie aurait pu être… » Je m’étais insurgé. Je change quand même bien plus que le nez de Cléopâtre ! Je n’ai jamais été beau, séduisant et sûr de moi comme l’est Al ! Monique n’a jamais eu, il me semble, l’aisance et la joie de vivre que j’attribue à Suzy ! Et je sais bien qu’il était impensable pour elle de me quitter.

Nous en avons reparlé. Ses exemples, la pertinence de ses analyses m’ont obligé à rendre les armes. Plusieurs discussions avec des proches ces dernières semaines concordent d’ailleurs et se recoupent. Ce que j’ai reconduit inconsciemment dans cette fiction et dans la psychologie des personnages principaux, c’est un désir d’absolue perfection dans la construction de leur vie…Tout doit être parfait, même les drames… Exigence exacerbée qui, je le réalise petit à petit, a guidé Monique et moi dans toutes nos attitudes et nos réactions… Y compris dans le cheminement vers sa mort. Mais pour réellement l’assumer, j’ai encore bien du chemin à parcourir. Je le sais.

 

Nous avons également beaucoup parlé de mon « deuil ». Ce satané deuil que je n’accepte même pas vraiment de nommer… Des dizaines de minutes de discussion, souvent acharnées, mais extraordinairement apaisantes pour moi. Et soudain, en référence à mon dernier billet, cette réflexion de F. :

 

-         « Mais non, Boby, « faire son deuil » ne consiste pas à accepter la mort, la disparition, de l’autre ! Cela consiste à accepter de continuer à vivre avec cette nouvelle donne ! »

 

Allez savoir pourquoi, soudain, tout a semblé s’éclairer pour moi. Que petit à petit j’accepte de vivre sans Monique ? Ce qui voudrait dire que je m’étais accoutumé, comme dans beaucoup de couples, à vivre avec elle ? Mais non, hélas. Je ne m’étais pas accoutumé à vivre avec elle ! Je ne vivais que pour elle. J’ai réalisé là, ou plutôt j’ai enfin verbalisé là, que sans elle il y a belle lurette que je ne serais plus. Et c’est bien pour cela qu’essayer de continuer à vivre n’a aucun sens à mes yeux.

C’est con peut-être, mais je me suis senti soulagé.

Le décès de Monique n’était plus le handicap insurmontable que j’essayais de dépasser.

Le non sens à vivre m’a habité bien avant. Bien avant. Sans aucun doute même avant que je la rencontre. Je l’ai crue fragile. J’ai passé ma vie à essayer de la protéger. De tout. Des autres. De moi. Et c’est elle qui me portait à bout de bras.

Pourquoi je me suis senti soulagé ?

Parce que je n’ai plus qu’un seul adversaire : moi-même.

Et là, ce n’est pas gagné. Mais au moins les choses sont claires.
Publié dans : Renouveau
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

la problématique du deuil renvoie toujours à quelque chose de pré-existant. que l'on se prend en pleine face qu'on le veuille ou non. Et l'on doit faire avec.
le deuil c'est effectivement vivre avec ce que l'on a voulu se cacher.. Vivre le deuil, ou mourir, comme dans le cas de ma soeur, c'est accepter de se mettre en scène et dire là où ça ait mal.
en ce qui me concerne, je commence à re-vivre un peu après avoir anamysé certaines problèmatiques familiales: la mienne
et commencer à comprendre que peut-être, j'ai échappé à un rôle trop difficile et que cela aurait pu être moi..
Ma soeur était la plus fragile mais on ne lui a pas laisser s'habituer aux griffes des tigres ( Le Petit prince de Saint-Exupéry)
A trop vouloir la protéger ma mère l'aura ammenée à sa mort (la pendaison peut évoquer l'etouffement)
si l'on veut aller au bout de la mise en scène...
De quoi faire pour la psychanalyse...et les psychanalystes....
Commentaire n°1 posté par christie le 18/08/2008 à 19h12
Comme quoi dans le deuil, ce sont ls vivants qui se posent plein de questions... Les morts, eux, n'ont plus à réfléchir...
Réponse de Boby le 22/08/2008 à 18h43

Je ne suis pas sûre qu'il existe une définition unique et juste de l'expression "faire son deuil". Je pense plutôt que chacun a à apprendre à gérer le caractère définitif du manque, apprendre à faire avec l'absence, avec ce vide laissé par la personne qui est partie, tout en sachant que cette part de vide ne sera comblée par rien ni personne. Pour ma part, je crois que je suis vraiment devenue adulte (donc franchement moins drôle, bien moins "légère) après le décès de ma mère.

Le deuxième point de votre note est très touchant = "je ne vivais que pour elle".  Serrons-nous bien fort la main, Boby. Sans mon mari et ma fille, je ne serais certainement plus là : ils sont mes jambes. C'est grâce à eux et aussi pour eux que je me tiens "debout". Vivre pour moi-même ne veut rien dire pour moi. Quelque part, je comprends votre point de vue. Mais d'un autre côté, il y a vos enfants .... C'est si complexe : cet état de penser étant la  résultante de tant et tant de faits de vie.

Je ne chercherai pas à vous convaincre de quoi que ce soit, je ne connais que  trop la douleur et la lourdeur de sa propre vie à porter. Je finis juste en vous disant que j'espère pouvoir vous lire encore (ce que je fais depuis des mois épisodiquement et discrètement). A bientôt ?





Commentaire n°2 posté par Maxie le 24/08/2008 à 03h17
Merci pour ton commentaire.
Ce sont ces mots, pleins de compréhension et d'attentions, reçus de la part d'anonymes qui me révèlent que je ne suis pas seulement lu par des chercheurs de sensations fortes, qui m'ont, en grande partie, décidé à reprendre la plume sur ce blog.
Merci encore.
Réponse de Boby le 24/08/2008 à 16h27

Retour à l'accueil

Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...

Pour un retour en 1ère page de l'accueil,

Cliquez sur la bannière ou bien

ICI   

 

Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...

Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!

1011170025m

Clin d'oeil !

 

Bonjour...

    Pendant un an, j'ai tenu régulièrement ce blog, alors que j'accompagnais ma femme dans un combat perdu d'avance contre le crabe...

     

Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
 
       
 En tête de colonne, vous trouverez le sommaire des archives.

 

Visiteur

tumblr hit counter

Depuis le début :  22061 

En ligne : Selon OB :  5 

Qui je suis

  • Boby
  • Les petites histoires de Boby
  • Homme
  • 29/04/1945
  • Provence Région Parisienne ARLES Gascon Fès au Maroc
  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés