Mardi 25 mars 2008 2 25 /03 /Mars /2008 13:51

Quand nous avons commencé à envisager sérieusement de quitter la région parisienne, j’ai aussitôt mesuré ce que pouvait signifier pour moi la séparation brutale de mon environnement familier. Allez, pas de périphrases. J’allais être privé de ces multiples lieux de rencontre où je pouvais, en quelques quarts d’heures, écluser sans peine le trop plein d’énergie affective et sexuelle qui ne trouvait pas son apaisement dans ma vie de couple. L’amour de ma femme était pourtant bien réel et tout aussi puissant et réciproque que trente ans plus tôt. Loin d’être éthéré et prude… Trop puissant peut-être. Quelques courts instants insouciants, sans engagement, dans les bras d’un jeune homme m’apportaient la paix désirée.

J’ai voulu croire que quelques « plan Q » compenseraient. Jusque là, j’avais négligé, voire méprisé, les pratiques internet. Je me suis inscrit sur un site de rencontres gays. Le bilan est sans appel. En cinq ans, deux rencontres positives, deux ou trois plans foireux… Je garde l’abonnement. J’achète sans illusion un petit bout d’espoir…

Lorsque, il y a un an, j’ai créé ce blog, je n’attendais rien, je n’espérais rien, je choisissais inconsciemment de m’exposer nu, comme à un sacrifice expiatoire. En essayant de croire au prétexte de la trace laissée à mes enfants.

Et je me suis confronté, non préparé, au virtuel.

J’ai été pris dans le tourbillon bouillonnant d’une affectivité exacerbée tout autant que pudique avec Alex, mon jeune pompier amoureux d’un condisciple. Témoin dévoré consentant.

Pour aussitôt être plongé dans un bain glacé.

J’ai rencontré sur la toile un fantasme impossible. Un peu plus expérimenté, j’ai su lire entre les lignes. Et j’ai trouvé et appris à tailler un diamant brut. Oh, juste une ébauche de taille. Mais j’ai pu voir, de mes yeux, les premiers éclats. J’ai pu effleurer de mes doigts la surface encore rugueuse. Mais je sais maintenant que le virtuel peut être beau et riche…

Et cette toile énigmatique qui avoue qu’elle n’attend que d’être déchirée. Les premières rencontres. Les premières maladresses. Évidemment les premières susceptibilités. Quand il déchire son cocon, le papillon a les ailes tellement fragiles… Mais le virtuel qui avoue sa vraie nature : il n’est qu’une étape transitoire. Tous ses adeptes espèrent la reconnaissance.

Voyage à Paris, en cela, d’une prodigieuse richesse.

Et ce Week-End.

Là, assis en bout de table. A la place de l’hôte. Je regarde mes invités. La maison de Monique bruisse d’une vie inconcevable il y a un an.

O., l’empathie incarnée. Tout son être tendu vers les autres, attentif, attentionné, généreux. Il écoute, sourie, câline. Il irradie du bonheur qu’il distribue. Il s’ouvre pour recevoir les confidences, il referme ses bras pour envelopper et fusionner avec l’autre…

Fiso, si forte, si fragile. A la beauté souriante, au rire insouciant, à la joie communicative, à la richesse inouïe, et dont l’âme marque si facilement… Il faut faire patte de velours, la moindre griffe laisse si facilement une trace…

M., à la finesse et à la subtilité troublantes, un peu trop soucieuse de son paraître, comme si sa remarquable beauté naturelle lui faisait peur. Ou comme si elle avait besoin de protéger une personnalité aussi fine et fragile qu’une dentelle de cristal…

G., son marin, aux longues rames qu’il manipule avec un brin d’hésitation, comme surpris et étonné d’être dans un courant dont il ignore où il peut le conduire… Un peu perdu aussi, un peu malhabile, comme inquiet de se retrouver au milieu de ces amis tellement intimes, qui pourtant se rencontraient pour la première fois.

Et moi. Moi, le patriarche, l’instigateur, le prétexte. Heureux d’être entouré de sa marmaille, surpris d’un bonheur à cent mille lieux de ses préoccupations habituelles si bassement au dessous de la ceinture…

Dois-je en conclure que je ne peux trouver paix et bonheur qu’en oubliant que…

Est-ce le prix à payer ?

Je suis encore sous l’emprise de l’ivresse radieuse de ces deux jours. Et une vague peur s’insinue…

Publié dans : Encore y croire
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Commentaires

Comme tu le racontes bien... Comme tu nous vois beaux...
Une dentelle de cristal, jamais on ne m'a illustrée d'une si belle image, merci.
Souviens toi de ces bonheurs, qui, sois en sûr, seront répétés, ils t'aideront à lutter contre la peur.
Encore merci pour tout, je t'embrasse très fort
Commentaire n°1 posté par M. le 25/03/2008 à 16h29

J'espère bien, étant si proches, que nous n'aurons pas à attendre le retour des parisiens pour passer de bons moments ensemble...
En attendant, toujours autant de plaisir à te lire.
Bises à toi et au marin...

Réponse de Boby le 25/03/2008 à 20h54

Bi-O-Bi-Ouaille,
Ta dernière phrase !! Une vague qui me remonte dans le ventre. Ce matin, en arrivant au bureau, dans ma routine, je me suis sentie soudain emplie de tristesse et surtout de peur, comme toi, devant l'incertain du futur. 
Ces dernières semaines ont été si  intenses et si pleines d'amour. J'ai peur de la la redescente, peur de ne pas être à la hauteur. Peur que maintenant que le réel a remplacé le virtuel, le désir de l'autre soit moins violent et moins magique. Comme je partage ta peur ! Réconfortons-nous mutuellement, comme nous le faisons déjà depuis de longs mois. Je vais apprendre à t'appeler au secours quand je doute, moi aussi ...
Je t'embrasse fort, mon gaillard à la voix de calisson.

Commentaire n°2 posté par Fiso le 25/03/2008 à 17h42
Non, pas peur, toi...
Le désir sera toujours là, et ma porte toujours ouverte, avec une petit plat qui mijote...
Bises tendres.
Réponse de Boby le 25/03/2008 à 20h57

Boby, je ne sais pas comment te dire : je suis si bien en ce moment, si plein de sérénité... ce que tu dis de moi, c'est beau, gentil, flatteur, j'aime me voir vu ainsi, mais ce n'est pas  moi toujours, pas moi tout le temps, c'est moi en ce moment, heureux, vraiment heureux et porté par cette dynamique amicale, amoureuse, où nous sommes entrés les uns et les autres, les uns avec les autres. J'ai follement envie de la laisser s'installer dans la durée, et de la faire grandir encore, comme un enfant dont aurait tous la charge. Je t'aime. Je vous aime.

Commentaire n°3 posté par Oh!91 le 26/03/2008 à 10h38

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    Pendant un an, j'ai tenu régulièrement ce blog, alors que j'accompagnais ma femme dans un combat perdu d'avance contre le crabe...

     

Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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  • Provence Région Parisienne ARLES Gascon Fès au Maroc
  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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