Jeudi 7 février 2008
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Dans le cadre d’un dial, je viens d’écrire ceci à mon correspondant :
- « Tu doutes beaucoup en ce moment. De tout. De tous. Et de toi-même ! »
Trouble. Je parle de lui ou bien de moi ?
Je viens de passer une semaine très difficile. Jeudi dernier je parvenais à écrire ce billet. Pour la première fois un petit article m’avait demandé des heures de réflexion, de tergiversations, d’hésitations, de
phases dépressives. Depuis que je tiens ce blog, maintes fois j’ai effleuré un sujet que je n’étais pas, mais pas du tout prêt à aborder… « Solitude… Solitude à deux… », « Suis-je
heureux ?... Mais c’est quoi le bonheur ?... », « Je ne sais pas ce que c’est que d’aimer… Je l’aime à en mourir… Comment pourrait-on m’aimer ? … »… J’en passe, il
vaut mieux. Ceci a dû lasser plus d’un lecteur occasionnel.
Lorsque j’ai perçu ce qui bouillonnait dans mon crâne, j’ai eu peur. Très peur. Remettre en cause quarante ans de vie commune… Pourrais-je
oser ? Et puis, je me suis rendu compte que ce n’était pas une remise en cause. Juste un constat. Je me suis pris par les épaules, je me suis secoué, et je me suis dit, droit dans les yeux,
que j’avais toujours su affronter les constats. Je n’allais pas commencer à me défiler…
Non, Olivier, Je ne suis pas au bout de l’hommage que j’ai à rendre à Monique. Loin s’en faut. Je crains que ce qui me reste de vie n’y suffise
pas. Mais je suis un peu triste que tu n’aies pas vu la souffrance qu’il y avait dans ce texte, toi si perspicace d’habitude. L’admiration que tu nourris pour ma femme t’a induit en erreur. Ici,
je ne lui rends pas un hommage. Je parviens enfin à mettre des mots sur une de ses limites. Je réussis à verbaliser qu’elle était une femme comme toutes les autres. Avec ses faiblesses. Ses
manques. Ses fractures.
Je ne peux d’ailleurs lui tenir rigueur de quoi que ce soit. Si je me suis laissé enfermer dans cet amour exclusif, « amour prison »
me dit un correspondant, c’est que, d’une certaine manière, j’y trouvais mon compte. J’aurais pu ruer dans les brancards. Me révolter. M’affranchir… Ubuesque… Moi aussi, je ne vivais que par
elle, que pour elle…
Je suis certain que ce n’était pas calculé, réfléchi de sa part. Mais en me laissant le champ libre pour des aventures passagères, aussi
éphémères qu’inévitablement vaines et souvent même médiocres, elle tuait dans l’œuf toute possibilité d’une rencontre plus significative… Et je le savais pertinemment. D’évidence ceci me
sécurisait. Rien ni personne ne pouvait prétendre arriver à sa hauteur ! Lui faire, tant soit peu, un peu d’ombre… Je n’avais donc pas à lutter.
Le problème, c’est que maintenant je dois faire face. Apprendre à vivre sans elle. Sans barrière naturelle.
Je ne sais pas combien de temps il me reste. Mais si je dois vivre encore un peu, je ne peux me satisfaire de vivoter. De végéter. Je dois
avancer. Sans trop d’illusion. Comprenons-nous bien. Ce que j’écrivais dans cet article est toujours, hélas,
d’actualité.
Alors, j’ai voulu réagir. De cette phase d’introspection il ressortait que je m’étais progressivement coupé, ou qu'elle m’avait subrepticement
coupé, de toutes mes relations personnelles. Je devais renouer les contacts, lorsque cela était possible.
Mais pas n’importe comment. Cartes sur table. Pouvais-je encore, moi, Boby, moi tout seul, être « aimable » ?
Je venais de reprendre contact avec un ami perdu de vue depuis quelques années. Son intelligence, sa finesse, ses capacités d’analyse, sa
droiture parfois cruelle, me diraient ma réalité. Je lui ai ouvert les portes de ce blog.
Quatre jours en apnée. A attendre une réaction. Je l’ai reçue. Je ne suis pas rejeté. Je respire de nouveau. Mais je reste un idiot
incurable : le challenge me fait peur.