Lundi 21 janvier 2008 1 21 /01 /Jan /2008 23:47

Pourquoi ai-je eu beaucoup de mal à entreprendre de parler de Xavier, mon deuxième garçon ? Je ne savais pas comment aborder le sujet. Après avoir longuement parlé de son frère à la personnalité à la fois si forte et si difficile, je redoutais les comparaisons et les rapprochements. Ils sont si différents. Xavier me semblait si fragile, tellement à protéger... J’utilise l’imparfait, oui. Car dans ces moments douloureux que nous venons de vivre, il s’est révélé extraordinairement calme, solide, volontaire... Mais j’y reviendrai. A la fin de ce billet.

Ne me demandez pas comment et pourquoi j’ai " fabriqué " des artistes. Il y a plus de trente ans que je me pose cette question. Sans trouver la moindre amorce de réponse.

Fred dessinait avant même de savoir parler... Je ne vois pas en quoi et comment nous aurions pu l’influencer. Xavier, lui a très tôt choisi la musique. Là, Monique et moi nous sentions un peu responsables. Nous étions passionnés de chant et de danse tous les deux. Elle jouait de la flûte, je prenais des cours de guitare classique. Toute leur enfance, nos bambins ont baigné dans les vieilles chansons françaises... Peut-être Xav a-t-il été plus réceptif...

Allez, je vais me faire un peu plaisir en racontant quelques anecdotes qu’il a entendues et ré entendues, ce qui risque de lui faire grincer des dents...

Nous avions rêvé d’avoir trois enfants très rapprochés (à défaut de triplés...). L’année après la naissance de Fred, nous avions mis le deuxième en route. Un drame, qui a profondément marqué notre vie, j’en parle ici, a brisé nos rêves. Mais nous ne voulions pas baisser les bras. Nous voulions trois enfants, nous en aurions trois ! Les médecins nous demandaient d’attendre. Les conditions ne leur paraissaient pas favorables. Monique s’impatientait. Elle voyait s’écouler le temps. Elle se sentait vieille... A 32 ans ! Aujourd’hui, à cet âge, les femmes commencent à penser à procréer... Elle avait d’autorité arrêté la pilule. Je prenais donc les précautions nécessaires. Mais un soir, la veille du rendez-vous avec le gynécologue, nous étions trop bien. Trop heureux du moment qui approchait. J’ai oublié les prudences élémentaires. Le lendemain, à l’examen, le médecin nous intima d’attendre encore quelques mois. Le col ne retrouvait pas la place et le tonus satisfaisant. Je bafouillais que la veille nous " n’avions pas été prudents ". Il nous rit au nez ! " Ah, parce que vous croyez que ça se fait comme ça, du premier coup ! Ce serait trop facile ! ". Ben si, nous, ça se faisait comme ça... Xavier était en route...

Des galipettes imprudentes, et six mois de galère à la clef... Monique subit une ligature du col au troisième mois, et dut rester alitée les six derniers mois. Avec trois ou quatre hospitalisations pour fausse alerte... Mais nous les voulions ces enfants. Monique aurait renversé des montagnes s’il avait fallu...

La naissance, pourtant extrêmement difficile et douloureuse, le col restant ankylosé, bloqué, devait être une délivrance. Elle le fut, même si les premiers mois Xavier accumula des ennuis de santé assez sérieux... 

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Comme je l’ai déjà raconté , du petit laideron hirsute à sa naissance, Xavier devint rapidement un adorable bambin fin et racé. Hyper affectif. Secret. Introverti. Mais volontaire et indépendant. Il a toujours voulu s’assumer seul.





Tous trois ont eu je pense une enfance heureuse et sans gros problème. Je passerai donc rapidement, quelques images clins d’œil devraient suffire...

 

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Comme son frère et sa sœur, dès la maternelle, Xavier avait été inscrit au jardin musical. Le hasard le mit dans la classe animée par le professeur de trompette. Un soir, il devait avoir dans les 4 ou 5 ans, il nous annonça grave et très sérieux que plus tard il ferait de la trompette... 

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Lorsque, vers ses sept ans le moment fut venu de choisir l’instrument, Monique lui demanda ce dont il avait envie. Il se redressa, raide comme un passe-lacet, en nous regardant sévèrement... " Ben, je vous l’ai déjà dit, de la trompette ! ". Nous avons appris à tenir compte de ses décisions. Il revient rarement en arrière.

 

Sa scolarité musicale s’est passée sans problème. Nous n’avons jamais eu à le surveiller, à le relancer. Ses répétitions, pourtant fastidieuses et de plus en plus longues, étaient toujours faites en temps et en heure. Ce n’est que la dernière année qu’il a décroché, échouant à sa " médaille d’or ". Les portes du conservatoire se refermaient. Mais il n’avait plus envie d’aller vers le professionnalisme en musique classique. Trop de choses l’intéressaient par ailleurs...

J’ai dû le tanner davantage pour la scolarité traditionnelle. J’ai dû parfois faire les gros yeux, et beaucoup de relationnel avec les équipes éducatives, pour l’amener à décrocher son baccalauréat. Peine perdue. J’avais imaginé que bachelier et neuf années d’une école de musique cotée, il pourrait enseigner la musique dans de petits conservatoires... Qu’avais-je dit ! Il n’allait pas perdre son temps à apprendre le solfège à des gamins qui n’en avaient rien à faire... Pas question ! Il préfère faire de la manutention...

Lorsque le moment est venu pour le service militaire, il a été, je dirais naturellement, affecté à l’harmonie de la Garde Républicaine... Il me demanda si je l’imaginais couper ses cheveux (il n’avait pas encore ses dreds logs) et jouer de la musique militaire ! Ben, non, pas vraiment. Il fut objecteur de conscience pendant deux ans... Par chance, affecté aux archives du Musée de l’Homme, ce fut pour lui une expérience particulièrement enrichissante. Il se passionna pour les vieilles photos d’archives...

 

Je lui ai souvent dit que je ne savais pas s’il ferait de la musique plus tard. Bien sûr il aime écrire et composer. Bien sûr, il aime chanter. Mais il aime tant de choses. Il a tant de talents... Lesquels laisser de côté ?

Il a un œil très personnel pour la prise de vue. Il fait des photos absolument splendides. Je suis déçu. Je n’en ai pas dans mes archives informatiques. Il faudra y remédier. Mais si, celles-ci, toutes simples. Alors qu’il passait quelques jours avec nous, nous eûmes droit un soir à un magnifique coucher de soleil. Ce n’est pas rare ici. Il a emprunté mon appareil photo, si ordinaire... Deux petits exemples de sa vision...
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Avec des copains, il a participé à la création d’une petite société de production qui filme des concerts et interviewe les musiciens pour faire des reportages à l’intention des télévisions locales et régionales. Il a su se faire apprécier et remarquer comme caméraman... C’est d’ailleurs ce groupe qui a filmé le concert de la chorale ci-après. Là, Xavier est devant la caméra, pas derrière...

 

Le chant. Peut-être sa plus grande et plus belle histoire. Son amour de toujours. L’un de ses meilleurs amis d’enfance est chanteur professionnel. Il travaille depuis des années dans les cœurs d’un grand opéra de province. Il a créé sa propre chorale qui pratique essentiellement de vieilles chansons françaises. Son audience est limitée, mais leur travail est magnifique et de qualité. J’ai raconté dans un billet que Monique écoutait souvent en boucle les deux disques qu’ils ont produit. C’est l’un d’eux que nous avons passé au début de la cérémonie. Certains d’entre vous comprendront, après ce court extrait que je viens de monter :

 

 

Et bien sûr, Olivier en a parlé, la grande aventure pour Xav est ce groupe de Reggae qu’il a rejoint depuis déjà quelques années. Ils commencent à bien se produire. Ils vont bientôt éditer leur deuxième disque. Jusqu’où iront-ils ? Tous les espoirs leur sont permis...

  

Et moi, dans tout ça ? J’observe. J’essaye d’être attentif, bienveillant. De ne pas porter de jugement. Xav fait ses choix. En adulte. J’essaye de dire, de conseiller, par petites touches. Ce n’est pas toujours facile d’être un père aimant... 

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Bon. Je ne m’attarderai pas sur la coupe de cheveux... Il a des cheveux magnifiques, à le jalouser... Une petite idée...


 





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Alors maintenant... Attendons. Le moment n’est peut-être pas loin où il se lassera... C’est que ça fait son poids, ce bon mètre 50 de dreds... Et l’entretien, je vous dis pas...

 

Non, plus sérieusement. Ce que je trouve dommage, c’est qu’il peine à s’extérioriser... Introverti à ce point ! L’homme de l’ombre... Vous avez vu la vidéo de la chorale ? Solide, il soutient, on peut toujours compter sur lui. Mais il n’en tire aucun bénéfice... C’est par hasard, au détour d’une discussion, que j’ai appris q’il lui arrivait de remplacer son ami le Chef de Cœur pendant les répétitions... De même, seul musicien de son groupe ayant ce niveau de culture musicale, il fait les arrangements, les orchestrations, il travaille d’arrache pieds pour préparer le disque. Il fait travailler le chant aux cœurs du groupe de Reggae... Et je ne sais plus à quelle occasion, ils l’avaient " oublié " en composant le générique...

 

Et je sais qu’il peut être tout autre chose ! Qu’il peut aller tellement plus loin !

Pourtant, on ne connaît jamais vraiment ses enfants. Je le sais depuis longtemps. Mais le vivre... Je sors bouleversé des derniers événements.

J’avais accepté comme un fait établi, qui ne méritait aucune discussion, que Fred avait une relation privilégiée avec moi, et Xav avec sa mère. C’était ainsi, et elle comme moi étions tellement vigilants à être le plus juste possible, à les aimer tous sans différence, que ce petit relationnel particulier ne portait pas semble-il à conséquence...

Dès leur arrivée ici, à la sortie de Monique de la clinique, ils m’ont pris tous les trois bille en tête pour me dire qu’ils savaient mes intentions et qu’ils n’étaient pas d’accord... Mais c’est Xavier le silencieux, le mutique, l’introverti, le réservé, le timide, qui a le plus parlé et trouvé les mots pour me dire son amour et son refus de me voir partir aussi. Je n’en dirai pas plus ce soir. Il me faut encore un peu de temps. Ça a été tellement fort !

 

Et tout au long de ces quelques semaines j’ai découvert un fils que je ne connaissais pas. Il a clairement formulé sa prise de conscience des choix que sa mère avait faits. Qu’il les respectait. Il a dit sa volonté de l’accompagner, de la comprendre, de lui dire son amour. Pendant des jours et des jours il était là, auprès d’elle, attentif. Quand je désespérais de trouver le moyen de calmer ses souffrances il restait des heures assis à son chevet, à lui effleurer le front et les joues en lui parlant doucement. Et il réussissait là où je venais d’échouer. Il comprenait ma peine et ma douleur et ses câlins et sa tendresse m’ont si souvent aidé à retrouver mon souffle, à apaiser mes souffrances...

Ce grand gaillard me prenait dans ses bras et je pouvais me reposer sur lui. Sans bruit, il était toujours là lorsque j’avais besoin.

J’ai hésité à écrire ceci. Je craignais que ses frère et sœur ne se sentent infériorisés, désavoués, critiqués. Il n’en est rien ! Ils ont tous trois été adorables et merveilleux. Je le leur ai dit. Et ils savent que je les aime. Xavier, je ne sais pas... Je crois que je ne l’ai pas vu grandir, et que soudain, là, près de moi, j’avais un homme...

Publié dans : Et maintenant ?
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Commentaires

Tu vois, Boby. Tu y es arrivé. Admirablement, si admirablement. J'en ai les yeux embrumés. Tu y dis ton amour, un parcours tel que tu le vois, avec au fond beaucoup d'espoirs. J'ai profondément ressenti cette retenue, que tu évoques, chez Xavier. Et en même temps, une vraie faculté à être tourné vers l'autre en toute sincérité. C'est cet ensemble qui le rend attachant. Je crois aussi que c'est un garçon lucide, j'aimerais comme toi qu'il aille loin, je crois qu'il le peut, même si l'époque n'est pas ranchement favorable aux démarches artistiques, la roue tournera, forcément elle tournera. Peut-être parce que les artistes seront les premiers à dire la révolte du monde.
Commentaire n°1 posté par Oh!91 le 22/01/2008 à 12h12
Je ne sais pas pourquoi c'est si éprouvant de dire aux gens qu'on les aime... Mais je peux le dire, écrire ce billet m'a demandé des efforts considérables...
J'étais comme un gamin en attendant le feu vert ou les demandes de correction de Xav...
A son message en retour, "Je suis très touché", mes larmes ont coulé. C'est trop con d'être aussi romantique !
Dis, tu remarqueras... Vos mots sont si semblables à Fiso et à toi... Troublant aussi.
Bises.
Réponse de Boby le 22/01/2008 à 15h26
« Pourtant on ne connaît jamais vraiment ses enfants ».
Tellement vrai ! Je suis toujours abasourdie par la vision que ma famille a de moi, tellement différente de celle de mes amis. Et là, ce qui me frappe, c’est que les mots que tu emploies sont exactement à l’inverse de l’impression que m’a laissé Xavier, après notre première rencontre. Tu parles d’un homme « introverti à ce point » alors que je l’ai trouvé au contraire à l’aise et communiquant facilement. Et alors, ce regard ! C’est un trait commun chez tes fils, tous les 2 ont une façon de plonger dans le regard de leur interlocuteur (-trice en l’occurrence) qui est assez troublante. Pas dans un but d’intimider, c’est au contraire très rassurant, on a l’impression qu’ils te disent « je suis là, je t’écoute, et plus rien n’existe autour ». J’ai rarement rencontré un regard d’une telle intensité, il fallait que je te le dise, à défaut de leur dire, à eux…
Et pour les cheveux de Xavier, oui, ils sont magnifiques, foncés à la racine et blonds aux pointes. Et j’ai touché, avec sa permission ;)
Tu peux être fier, Boby. Peut-être qu’ils ne seront pas riches, peut-être qu’ils ne réaliseront pas tous leurs rêves, mais ils ont une belle âme, tes fils. On sent beaucoup d’amour et de respect pour vous, une attention de tous les instants vers ce et ceux qui les entourent, une véritable bienveillance. C’est ce qui me touche le plus, chez un humain.
Commentaire n°2 posté par Fiso le 22/01/2008 à 15h08
Là, tu exagères Fiso... Comme si l'écriture de ce billet n'avait pas été assez forte affectivement ! Tu trouves encore le moyen de me tirer des larmes...
Je t'adore. Vivement Pâques !
Réponse de Boby le 22/01/2008 à 15h18
Tu croies que tu pourras me trouver un taureau en chocolat ?
;)
Commentaire n°3 posté par Fiso le 22/01/2008 à 15h48
En tout le cas, je vais chercher ! Remuer ciel et terre du beau pays de Provence !!
Réponse de Boby le 22/01/2008 à 15h54
L'Amour est quelques chose sui se "peint" en fine touches  en pointillé parce que c'est là qu'il donne toute sa saveur , toute saforce et son energie.
Vous parraisez former une famile unie pour le meilleur et pour le moins bon, mais en tout cas le respect   soule dans tout ton recit. C'est très beau, attacahnt et touchant.
Commentaire n°4 posté par christie le 23/01/2008 à 12h43
Quelle intense émotion en te lisant ....mon coeur d'enfant a chaviré, je ne connais que trop peu de mots pour décrire mon émotion à ce post sur tes enfants et sur votre amour mutuel qui vous soutient si fort tous...alors voilà,  merci, merci à toi de l'avoir écrit d'une si belle façon.
Commentaire n°5 posté par Mlle L'Or J'adore le 23/01/2008 à 20h57

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Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
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      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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