Mercredi 9 janvier 2008 3 09 /01 /Jan /2008 16:46

La vie n’a pas de prix ? La mort, elle, a un coût. J’ai beaucoup hésité avant d’écrire ce post. J’éprouvais une réelle gêne à parler des aspects financiers si près du décès de ma femme. Je ressentais une indécence choquante. Et je ne comprenais pas.

Sur ces pages, alors que Monique était au plus mal prostrée dans son lit, je me suis laissé aller à raconter des aventures que d’aucuns traiteraient de honteuses. Justement sans fausse honte. Sans réel état d’âme. Et là, maintenant que tout est fini, je ne parviens pas à formuler simplement une situation de fait que je trouve choquante...

Je suis dur de la comprendure. Vous avez déjà dû le constater. Aujourd’hui, dans cette première matinée de réelle solitude après le départ de mes enfants, le voile se déchire doucement.

Je clame sur tous les tons, à longueur de pages, que la mort fait partie de la vie, qu’elle doit être acceptée comme tel, comme une chose naturelle. Mais j’ai toujours été incapable de regarder en face "l’après". Rayé de la carte. Je n’avais pas à y penser : après, je ne serais plus, le monde pourrait s’écrouler. Monique était allée visiter le cimetière. Elle avait choisi le paysage que l’on pourrait voir depuis sa tombe. Elle m’avait demandé d'aller aussi le voir. Comme elle me demandait régulièrement si je m’étais occupé de la concession, des pompes funèbres, du Notaire. Ma réponse était toujours la même. Tant qu’elle aurait un souffle de vie, je ne pourrais pas. Et je m’acharnais à penser que ce ne serait alors plus mon problème.

Les parties de jambes en l’air dans les fourrés, c’était la vie.

Quand l’inéluctable est arrivé, c’est à dire que j’ai admis que je devais encore vivre un peu, pour mes enfants, pour l’accompagner elle aussi jusqu’au bout après son départ, j’ai dû tout affronter d’un coup. Y compris les difficultés financières, évidentes.

Parler de ces soucis, c’est accepter de reconnaître que je vis encore. Indécent.

 

Je savais que dans les jours qui allaient suivre, j’aurais une foule de choses à faire. Je redoutais d’être pris par le temps, de ne pouvoir offrir à Monique une sépulture décente dans les délais impartis. J’attendais des difficultés. Je n’imaginais pas devoir entrer dans des négociations de marchand de tapis...

Monique avait choisi le nouveau cimetière, au plus près des Alpilles. Son nom lui semblait promettre la paix souhaitée : " Cimetière des 9 collines "...

Nous avions toujours voulu la crémation, et envisagé la dispersion des cendres. Le souvenir et l’affection des proches ne peut et ne doit se résumer à un mausolée. S’accaparer un bout de terre pour l’éternité nous semblait foncièrement ridicule. Et puis, un jour, Karine par le hasard de ses activités, s’est retrouvée dans le village de ses aïeux maternels. Et l’une des premières choses qu’elle fit fut de rechercher la tombe de son arrière-grand-père, et celles de la famille. Cette anecdote a beaucoup troublé Monique, au point de lui faire remettre en cause nos choix initiaux. " Avons-nous le droit de refuser de laisser une trace matérielle sur cette terre ? Ce ne sont pas nos enfants, mais nos petits enfants, voire nos arrières petits enfants qui peuvent vouloir rechercher leurs racines... " Elle voulait laisser une plaque, " même petite ", avec nos deux noms.

Le columbarium était exclu. D’abord parce que ses alignements me font immanquablement penser aux enfilades de consignes de la gare de Nord, ensuite parce qu’ils se concentrent dans l’espace le plus sordide du cimetière, accrochés à des murs de trois mètres qui bouchent tout le paysage. J’y étouffe.

Mon frère nous avait fait découvrir un tout petit caveau de moins d’un mètre de côté, capable d’accueillir plusieurs urnes, recouvert d’une plaque permettant les gravures. C’est ce que je voulais. C’était sans compter avec les réticences et les freins des vieilles habitudes...

Le Service des Cimetières fit tout son possible pour me faire accepter une case du columbarium... Il semble qu’ils peinent à les placer. J’ai refusé et exigé un petit caveau.

Refusé, ça n’existait pas. Seule possibilité offerte, des emplacements de 2m²50 ou de 3m²... Une concession pour la modique somme de 1 321,00€...

Mais pas question au premier abord de faire ce que je veux sur cette surface chèrement payée ! La concession est prévue pour recevoir une cuve conçue pour contenir un cercueil, refus d’un petit caveau planté en plein milieu ! Donc achat d’une " cuve " (normes européennes là aussi, anti-pollution !) Modique somme d’un peu moins de 2 000€...

Petite râlante de ma part (toute petite...). Et je demande au marbrier de me dessiner un projet avec le petit caveau, une allée de gravier tout autour, avec un banc, des arbustes... Coûteux, mais inférieur aux 2000€ initiaux... Tollé dans le Service des Cimetières... L’harmonie des alignements serait rompue ! Remontée au plus haut niveau...

undefined Enfin une brave dame comprend ma demande et essaye d’y répondre. Dans l’emplacement que je souhaitais, le mieux situé pour répondre aux vœux de Monique, elle crée un nouvel alignement. Là où initialement étaient prévues des tombes d’enfants, elle ouvre la possibilité pour ces mini-caveaux... Il aura fallu juste un peu batailler... Au lendemain du décès de Monique...

Petite parenthèse. Quand elle m’avait téléphoné pour me faire cette proposition, elle avait ajouté : " Bien entendu, je modifie le plan général, il n’y aura pas de tombes d’enfants auprès de celle de votre femme... ". Je suis allé voir la dame pour la remercier. Et pour lui dire, accompagné de Fred, que nous ne nous opposions pas à ce qu’il y ait des tombes d’enfants autour. " Ma femme a été enseignante en maternelle pendant 43 ans, je ne pense pas que son repos puisse être altéré en se trouvant entourée de bambins..." Soulagement et remerciements en retour de cette brave chef... Et cette phrase... " C’est que, vous comprenez, certaines personnes seraient gênées, parce que ces sépultures sont surtout destinées aux maghrébins, qui enterrent tous les enfants, fœtus ou morts nés, et qui ensuite négligent les tombes... " Racisme, où vas-tu te nicher...

 

Je ne parlerai pas des marchandages aux Pompes Funèbres. Conduits avec plus d’élégance et de discrétion. Mais, choix de l’urne " toute simple ", du cercueil " premier prix ", des différentes prestations...

Il en est une que je veux quand même noter : les vacations de police...
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La police doit être présente pendant les soins de conservation, et doit apposer un scellé sur le cercueil, avant que le convoi quitte la Chambre Funéraire...Qui parle de Service Public ??

 

Bref, tout ceci se traduit en chiffres... 

 

 

- Concession : 444,00 (au lieu de 1 321,00€ quand même...)
- Construction caveau 883,00  
- Gravures, finitions 330,00  
- Crémation 538,30 (à payer d’avance, sic... )
- Transport corps sans Bière 153,00 (domicile à Chambre Funéraire)
- Soins du corps 167,23  
- cercueil 273,00 (Premier prix)
- Convoi 213,00  
- Trajet crématorium 82,80  
- Chambre funéraire 3 jours 171,00 (Hôtel des morts...)
- Avis de décès journaux 150,00  
- Autres prestations PF 217,00  
- Taxes municipales 978,23 (Impôts locaux des morts !)
- Vacations de Police 32,00  
  • Soit un Total de :                     4 632,56 €

 

Auxquels vous voudrez bien ajouter les fleurs (au plus sobre), la réception qui suit la cérémonie, les frais annexes... Et j’ai eu le sentiment de faire au plus serré... Dites, les pauvres, ils n’ont pas droit à une sépulture décente ? J’ai honte. Dans ces circonstances la société me crache à la face que je suis un privilégié. J’ai dépensé pour un hommage solennel d’une journée ce qui permettrait à une famille au SMIG de vivre pendant six mois !

Et Monique et moi qui critiquions les mariages somptuaires... Qui, eux, laissent au moins d’heureux souvenirs pendant des années... Normalement.

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Mais finalement, égoïstement, je m’en fiche. Monique repose à l’ombre tutélaire de l’Abbaye de Montmajour... Elle le voulait ainsi.

Publié dans : Et maintenant ?
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Bonjour...

    Pendant un an, j'ai tenu régulièrement ce blog, alors que j'accompagnais ma femme dans un combat perdu d'avance contre le crabe...

     

Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
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      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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