Ma fille, tu as trente ans. Heureux anniversaire... Irrémédiable, tu entres dans le monde des adultes. Sans retour possible.
Nous savons combien cette date avait de l’importance pour ta mère. Elle aurait voulu tenir jusque là. Pourquoi ? Je ne sais pas. J’ignore quelle symbolique elle attachait à ce trentenaire de la fratrie. Une façon sans doute de réaffirmer que toute sa vie avait été consacrée à conduire des enfants à l’âge adulte. Les enfants des autres. Les siens. Sans doute aurait-elle eu le sentiment du devoir pleinement accompli. Comme si elle avait besoin de ça...
Mais je ne veux pas que cette journée soit sous le signe de la tristesse et des regrets. Vous êtes là, bien vivants. Et c’est ce qui compte aujourd’hui.
Il y a trente ans, je vivais pour la troisième fois le bonheur d’être père. Tu connais l’anecdote. Il s’en est fallu de peu que le loupe le coche. Ta mère avait toujours eu le travail difficile et long. Toujours, je veux dire pour les trois accouchements précédents. Lorsque, vers 13h00 les contractions devinrent plus précises, je considérais que j’avais largement le temps d’aller manger, et je m’installais confortablement dans un restaurant du Boulevard du Palais Royal. Et quand je me décidais à revenir, après mon petit double express incontournable, je fus accueilli par des " Dépêchez-vous, dépêchez-vous ! "... Je n’ai eu que le temps de prendre la main de Monique et de baiser son front en sueur... Tu arrivais.
Je suis resté de longues minutes à te regarder dans la couveuse où ils t’avaient placée. Je regardais cette étrange chose que j’avais
fabriquée : une fille...
Je peux le dire ici, tu le sais déjà, ma première réaction a été une sorte de peur. Comment allais-je réussir à
" élever " une fille, puis une femme, moi qui ne connais pour ainsi dire rien à la gente féminine ? Comment pourrais-je appliquer mes principes de liberté, d’indépendance,
d’autonomie à cet être qui, encore dans le monde d’aujourd’hui, se trouvait dans la moitié de l’humanité qui subit en permanence les contraintes d’un monde dominé par les hommes ?...
La plaisanterie campagnarde, joyeusement grasse et machiste bourdonnait dans mon crâne :
Non ! Je ne rentrerai pas ma petite poulette !
Je me souviens, avec
une bonne dose de honte et de culpabilité, du jour où, tu devais avoir douze ans, j’ai poussé l’un de mes fameux coup de gueule lorsque je t’ai vue partir pour le collège avec les yeux
maquillés... Tu es remontée fissa dans la salle de bain te redonner un visage de fillette...
Je me souviens de mes moments d’impuissance lorsque je te voyais fringuée comme une clocharde, avec des pulls trop grands et avachis qui cachaient autant que se pouvait les moindres signes de ta féminité...
Je me souviens de cet autre coup de gueule lorsque tu t’es enfermée avec un copain dans la salle de bain pour te couper les cheveux. La menace était sincère, mais ne cachait pas ma panique de n’avoir pas réussi à faire de toi une femme libérée : " Je te préviens, si tu as la boule à zéro, tu ne dors pas à la maison jusqu’à ce que tu aies à nouveau des cheveux ! "... Tu n’osais pas te montrer... Il restait sur ton crâne trois millimètres de ta belle chevelure... Tu étais belle comme un cœur...
Je me souviens du jour où tu as pris conscience des événements que nous avions vécus lorsque tu étais bébé. Tu relisais une énième fois les histoires que je vous écrivais depuis Fleury. Et la date, le " Fleury, le .... " t’a sauté aux yeux, un voile s’est déchiré... Tu es montée me voir à mon bureau, et tu m’as posé une foule de questions précises. Puis tu es allée voir ta mère, lui demandant des confirmations et des précisions. Et nous avons été encore plus proches qu’avant, si cela était possible...
Je me souviens de ton aisance et de ta grâce lorsque tu allais, nue comme Eve de la salle de bain à ta chambre, sans complexe et sans réticence. Dieu que tu étais belle ! Combien j’étais fier et orgueilleux d’une telle réussite !
Je me souviens de mes interrogations en te voyant lier des relations très fortes, intenses, avec tes copines, tes meilleures amies (et qui le sont resté. Quel bonheur !). Je me souviens de cette discussion dans la voiture où je te demandais si tu pensais avoir des attirances sexuelles pour ces copines. Et je me souviens de ta réponse. " J’y ai pensé, c’est vrai, je me suis posé la question. Mais tu sais, il suffit que j’imagine une fille nue, puis un garçon aussi dénudé, et je n’ai plus aucun doute... Mon choix est clair ! Pas d’équivoque, Papa... "
Je me souviens de tes premiers amours. Des confidences que tu m’en faisais. De Thomas. Et du jour où tu es venue nous parler, ta mère et moi. Tu partais en voyage avec lui, et tu nous as dit : " Là, je suis trop amoureuse. S’il me demande, je sais que je ne pourrai pas dire non. On fait comment pour la pilule ? "... En cette nouvelle année, je souhaite à tous les pères d’entendre un jour une telle demande de leur fille, naturellement et sans voie détournée...
Je me souviens de ton épanouissement en tant que femme sous l’influence de Y. ... Ta féminité explosait. Et le jour, où, avec ta mère nous voulions ranger et décorer ta chambre en ton absence, et où nous sommes tombés sur des petits dessous affriolants... Nous avons ri. De bonheur.
Je me souviens de ce jour où, revenant du festival de Cannes où ta Compagnie s’était produite, tu es apparue, pour la première fois de ma vie, en robe de soirée moulante et sexy... J’ai eu le souffle coupé. L’orgueil m’a étouffé. Les larmes, de bonheur, sont venues à mes yeux...
Et il y a deux jours, tu as accueilli Olivier et sa famille affublée d’un de mes vieux joggings et de l’un de mes pulls, manches retroussées, du cambouis jusqu’aux coudes et plein le visage... Tu réparais ta voiture avec Tof.
Je te vois heureuse le nez dans un moteur, à l’aise en tenue de soirée sur les bords de la scène du festival, copine comme cochon avec des
garçons, tendrement affectueuse avec tes meilleures amies, libre dans tes relations sexuelles... Malgré ton amour évident pour celui que tu considères comme ton viel ami... Y. ...
Je ne parlerai pas aujourd’hui de tes passions, de ton métier. Tu commences à accepter l’idée que, peut-être bien, tu es une artiste toi aussi.
Comme tes frères. Autant que tes frères. Tu es intermittente du spectacle. Technicienne... Seulement technicienne ?...
Mais globalement, dans l’ensemble... Peut-être bien que nous avons réussi à faire de toi une femme libérée, ta mère et moi ? Elle le souhaitait tellement...
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 40213
En ligne : Selon OB : 2
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-deux ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt deux ans qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
J'ai de plus en plus peur. Je sais, je suis totalement ridicule de trouver ceci un peu trop.
"Le marié est-il trop beau ?"
Et puis, quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. C'est inéluctable. 24/67, ratio incontournable. Je verrai.
J'imagine encore que je saurai être digne.