Monique va mal. Je n’ai pas été capable d’en parler tout de suite. Je me disais que ce n’était qu’un passage, que très vite cela allait aller mieux. J’ai eu les enfants au téléphone. J’ai essayé de leur dire que, quand même c’était assez sérieux ce qui se passait ici. Mais ils sont dans la vie... Comment leur parler de maladie grave ?
Fred est dans les nuages. Complètement à l’Ouest. Plus il dégringole socialement, plus il est en dehors de la réalité. A 34 ans, il s’enferre dans la situation de SDF. Depuis combien de temps ne touche-t-il plus le RMI ? L’assistante sociale lui donne des tickets de repas et de transport, l’envoie dans les hébergements d’urgence quand aucune bonne âme ne lui propose un toit. Là, il était presque heureux parce qu’un de ses meilleurs amis est hospitalisé et lui a laissé les clefs de son appartement pendant son absence. Il ne semble même pas se rendre compte de l’incongruité de sa satisfaction d’être hébergé grâce à la maladie et aux souffrances de son copain... Alors, comment lui parler de sa mère ?
Xavier est lui, très lucide. Il est conscient de la gravité de l’état de santé de sa mère, et profondément respectueux des choix qu’elle a fait. Mais il plane lui aussi dans le bonheur de réaliser un projet constructif avec son groupe de Reggae (préparation d’un nouveau disque). Je lui ai dit de profiter à fond de ce qu’il vivait. Il pense venir en septembre.
Karine, comme toujours, s’est laissée déborder par les évènements, elle court après le temps et l’argent depuis le début de ses vacances. Elle n’a donc pas trouvé le temps de venir. A moins que ce soit le courage qui lui manque. J’étais un peu amer et dur au téléphone. J’ai très vite compris qu’elle pleurait au bout du fil. J’ai mis la pédale douce et l’ai cajolée autant que je pouvais à distance. Le téléphone n’est pas très pratique pour les gestes de tendresse... Je lui dis de faire de son mieux.
Nous avons tout fait pour qu’ils soient indépendants, autonomes, à fond dans leurs trips et leur joie de vivre... Mais la contrepartie, c’est qu’ils font preuve d’un égoïsme invraisemblable... Mais est-ce de l’égoïsme ? Nous les avons souvent laissés mijoter dans leurs choix difficiles et dans les conséquences de leurs décisions... Ils nous rendent la pareille. Tout naturellement.
Mais pour ceux qui s’imaginent devoir faire des enfants pour ne pas vieillir seuls... Le doigt dans l’œil. Jusqu’au coude.
Mardi, nous avions donc rendez-vous avec l’oncologue (le cancérologue, quoi... Ces mots inventés pour ne pas faire peur...). Les résultats n’étaient pas bons du tout. Les " marqueurs " ont plus que doublé en un mois, malgré la chimiothérapie. Le taux de globules rouges a gravement chuté, d’où anémie, faiblesses. Elle maîtrisait de moins en moins sa douleur avec la codéine... Montée en puissance dans les traitements.
EPO en fortes doses pour lutter contre l’anémie... (" Heureusement que j’ai presque un an avant le prochain Tour de France " a-t-elle plaisanté...)
Abandon de la codéine remplacée par la morphine... Patchs, ampoules... Encore en faibles dosages... Rendez-vous pris avec le médecin spécialiste de la douleur.
Irradiation du bas de la colonne vertébrale et du bassin, pour stopper les métastases... Première séance dès jeudi dernier.
Résultats : Elle n’a jamais autant souffert. Elle peut à peine marcher, en s’accrochant à tous les pans de murs et à mon bras. Comment vais-je faire si elle doit descendre au rez-de-chaussée ? La morphine l’a mise dans un état semi-comateux. Elle ne sait pas ce qu’elle a fait, quel jour nous sommes, quelle heure il est, quels médicaments elle a déjà pris... Je dois veiller sur tout. Dur.
Par moments, je suis à la limite de craquer. A long terme, ce ne serait pas supportable. Je pense que c’est le changement de traitement qui est la cause de cette aggravation. L’équilibre devrait venir... Mais elle est une malade difficile. Et cette putain de maladie est traître. Rien ne se voit à l’extérieur. Par moment, elle fait même bonne figure... Enfin, si ce n’était ce teint cireux que je n’ai que trop vu sur le visage de son père dans ses dernières semaines... Par moment elle lui ressemble de façon extraordinaire, la forme du visage, les mimiques... Et ça me fout la trouille.
Ce matin, j’ai cru que je ne parviendrais pas à lui faire faire les 8 mètres qui séparent notre lit de sa chaise dans la salle de séjour. Je ne peux même pas la prendre dans mes bras : elle a trop mal. A un moment, j’ai eu envie de partir seul, sans l’attendre. J’avais envie de paix. Mais je lui ai promis de l’accompagner jusqu’au bout...
Mardi, après l’entretien avec le spécialiste, j’ai reparlé de préparer notre départ. Elle s’est fâchée. " Arrête de me couver comme ça, je ne suis pas encore grabataire ! Et puis, je pourrais peut-être avoir droit moi aussi à des initiatives ! " Quelles initiatives ? J’ai eu un frisson. Aurait-elle en tête de partir seule, sans me prévenir ? Je sais qu’elle ne veut pas que je l’accompagne. Mais ce n’est pas son problème, c’est le mien !
Et ce matin, je me disais que la morphine risquait de lui enlever le minimum de lucidité nécessaire pour des choix de cette importance. Que faudra-t-il que je fasse, si les souffrances continuent à être insupportables, et qu’elle n’ait plus les moyens de faire le choix de continuer ou non ? Depuis, je ne cesse de m’interroger. Prendre la décision, moi, a un nom dans la législation française : " Assassinat ". Même si nous partons ensemble, j’aimerais mieux qu’elle ait la liberté de choix.
La semaine prochaine sera décisive. Rendez-vous avec le généraliste, rayons, spécialiste anti-douleur... L’idée m’est venue aussi qu’elle pouvait être allergique à la morphine, comme son père l’a été. Lui aussi avait souffert le martyr au début du traitement. Il faudra que j’en parle au médecin.
Avec tout ça, j’aurais bien besoin d’un peu de distraction. Comme elle ne peut plus sortir, je fais toutes les courses, et j’en profite pour voler quelques minutes sur le trajet de drague... Mais désert complet. Pas même la queue d’un chat... Et c’est quelque chose de plus consistant qui me manque...
Sur Internet, pas grand chose non plus. J’ai fait le vide dans MSN. Il ne me reste que 8 contacts potentiels... Autant dire presque personne. WajDi me fait un petit coucou de temps en temps. Mais je sens bien qu’il a l’esprit ailleurs...
Je me gave de films pornos. J’écume les sites gratuits qui proposent des séquences médiocres, de qualité vidéo proche du zéro, et des parties de baise sans intérêt. Et je te suce pendant 5 minutes comme un malade, et tu me rends la pareille, et comme j’ai la plus grosse, c’est moi qui te baise à grands coups qui te font crier de plaisir, alors que tu débandes dramatiquement... Pour finir nous nous branlons comme des désespérés jusqu’à ce que quelques gouttes luisent sur ton ventre, la caméra faisant un gros plan sur ces traces d’un plaisir de commande... C'est pas croyable comme ces acteurs de porno sont "peine-à-jouir"... Scénario unique, seule variante, les acteurs, généralement bodybuildés et épilés, aussi chaleureux qu’une poupée gonflable... Je suis devant ces images comme sonné, amorphe et sans goût. Je laisse le temps passer, surtout ne pas penser... Avec parfois la surprise d’une érection naissante. Un visage, un regard, un geste de tendresse ont brisé le ronron monotone...
Il faut que je réagisse. J’ai encore du chemin devant moi.
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 39205
En ligne : Selon OB : 4
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-deux ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt deux ans qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
J'ai de plus en plus peur. Je sais, je suis totalement ridicule de trouver ceci un peu trop.
"Le marié est-il trop beau ?"
Et puis, quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. C'est inéluctable. 24/67, ratio incontournable. Je verrai.
J'imagine encore que je saurai être digne.
Ils ont peut-être aussi des comptes à régler. Ca, évidemment, je n'en sais rien. Moi j'ai perdu mon père jeune : il avait 57 ans, j'en avais 28. Au fond, je n'étais pas tellement plus jeune que ton Fred. C'est à sa mort que j'ai pris conscience qu'il n'avait pas été que mon père, mais aussi un homme, mais que je n'avais jamais été vraiment curieux de l'histoire de cet homme. Histoire tellement passionnante, dont j'avais toujours fuit les récits. Parce que je ne concevais pas qu'il puisse être autre chose que mon père.
Il n'avait pas préparé sa mort, attrappé par le hasard d'un arrêt du coeur. Satisfaire ma curiosité d'adulte aujourd'hui est donc épineux. J'encourage ma mère à écrire : elle aime bien ça, elle écrit bien, en plus, mais elle a toujours beaucoup de retenue. Elle nous livre de temps en temps, par bribes, quelques extraits des lettres qu'ils s'adressaient quand ils étaient en prison. Et l'amour pour mon père, c'est aujourd'hui, 15 ans après, que j'en témoigne : par mon intérêt d'adulte, par ce que j'évoque moi-même, souvent je crois, dans les textes que je t'envoie en particulier. Hommage secret, à jamais secret, et amour immense qu'il n'aura jamais connu de moi.
Je n'ai pas besoin de te dire tout ça, parce que je sais qu'au fond de toi, tu as de l'indulgence pour tes enfants - et même surtout de la culpabilité : décidément, tu ne parviens pas à la réprimer...
Que te dire d'autre, Boby. Courage. Je reste de ceux qui t'écoutent. Oh!91
Moi je suis là, sur MSN (mon adresse mail est sur mon blog).
Pas toujours le moral en ce moment non plus, j'ai des périodes d'euphorie qui trompent tout le monde généralement mais pas moi. Je crois que ça va bientôt me tomber dessus. Ca doit être l'approche de l'automne, je déteste cette saison.
En ce qui concerne tes enfants, qui ont plus ou moins mon^âge, je comprends bien la rancouer que tu évoques à demi-mots.
C'est difficile pour nous d'affonter tout cela. Perdre ses parents est quelque chose d'inimaginable. Alors, on se voile la face, on refuse d'écouter la complainte des coprs qui viellissent, parce qu'on veut vous croire éternels. Perdre ses parents, c'est fermer les yeux de l'amour inconditiionnel, absolu. On sait que plus personne ne sera là pour nous. Moi, tu vois, en ce moment, je suis avec eux, et je les regarde avec tellement d'ampir. Mais j'ai bloqué le compteur à 55 ans, alors qu'ils ont quelques années de plus. Et quand ils évoquent leur mort, je change de sujet.
Je t'embrasse affectueusement, vraiment. Et toi aussi, Oh!91.
Oh!91, je sais que mes enfants ne sont pas qu'égoïstes. Je sais qu'ils vont énormément souffrir lorsque nous partirons. Ils nous aiment. Je n'en ai jamais douté. Je pense qu'ils nous admirent aussi. Peut-être trop. En ne masquant rien de ce qu'a été, et de ce qu'est, notre vie de couple, j'ai souvent pensé que je mettais la barre trop haut pour eux. Ils voyaient autour d'eux des parents de copains se séparer pour ce qui semblait être des pécadilles, et ils nous voyaient affronter ensemble des moments bien plus difficiles. J'ai dit un jour que nous voulions être des exemples, non des directeurs du bien penser... Mais être un exemple trop idéalisé peut bloquer bien davantage qu'une indifférence insolente.
Effectivement, Fiso, ils peuvent nous avoir cru indestructibles. Pourtant, je leur ai souvent dit que je ne vivrai pas très vieux...
Fiso, tu es un ange... J'ai bien vu tes coordonnées sur ton blog. Mais j'ai pour principe de ne jamais faire les approches en premier... Toujours trop peur d'importuner... Je te mettrai dans mes contacts, puisque tu me le proposes.
Oh!91, aucune inquiétude. Je parle ouvertement de mes pensées, mais la solution extrème ne me semble pas pour demain. De plus, à moins d'un accident involontaire, qui est toujours possible, je ne partirai pas sans vous dire au revoir à tous. Vous comptez pour moi plus que vous ne l'imaginez.
Bisous à tous les deux, et aux autres lecteurs aussi d'ailleurs, qui lisent en silence...
Si tu fonctionnes comme moi, tu sèmes des indices mais tu n'oses pas formuler de demandes claires.
Si c'est trop lourd pour toi, et c'est le cas apparemment, dis-leur. Même si tu dois être un peu dur. C'est aussi leur rôle.
Bises,