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Mardi 21 août 2007 2 21 /08 /Août /2007 00:05

" Souviens-toi que l’on ne juge les autres que d’après soi-même ! Penses-y chaque fois que tu soupçonnes quelqu’un de mauvaises pensées ou d’une mauvaise action... "...

Combien de fois ma mère m’a-t-elle dit cette phrase ? Chaque fois que je soupçonnais un camarade ou un professeur d’être méchant ou de me vouloir du mal... Cette phrase signifiait pour elle que c’était nous qui voyions le mal chez les autres. Ma mère était incapable de concevoir que la nature humaine soit faite aussi de lâcheté, de méchanceté, de perversion... Si j’exprimais que " justement, moi, j’étais trop bon et trop brave, et que les autres en profitaient ", elle répondait avec son sourire paisible qui faisait luire discrètement sa molaire en or, " que l’on gagnait toujours au bout du compte à être bon et brave, et que lorsque les gens en venaient à être méchants, c’est qu’ils souffraient davantage que nous, et pouvaient en éprouver une certaine rancœur... "

Je ne l’ai jamais vue agressive ou autoritaire... Elle était aimable avec tout le monde et ne rechignait jamais à rendre service... La bonté même. Lorsqu’il m’arrivait d’en être énervé, et " de ne pas comprendre qu’elle ne soit pas croyante, parce qu’elle avait tout pour faire une none... " Elle riait de bon cœur, lançant quelques " Tttéééé... " avec son bel accent des Landes... " Les Chrétiens, ils veulent à tout prix faire croire en un Etre Supérieur... Moi, c’est dans les hommes que je crois... " Et elle riait encore... Je ne l’ai jamais vue se disputer franchement avec mon père, pourtant d’un caractère si difficile. (Je finirai bien un jour par réussir à parler de lui...). Elle avait toujours une explication pour justifier ses sautes d’humeurs, ou ses colères sourdes... Il était fatigué, il avait des soucis avec son patron, avec les camarades du parti, avec le gouvernement... Et elle me disait en souriant et en haussant les épaules... " Et puis, il est comme ça, qu’est-ce que tu veux... Tout charme et séduction quand quelqu’un vient, ou à l’extérieur, grognon et bougon à la maison... "

Elle n’était cependant pas soumise et effacée devant lui. Elle avait ses idées, et ne donnait pas sa part de militantisme politique. Elle-même et sa jeune sœur ont été de ferventes militantes des " Femmes Françaises "... Elle avait conscience de son meilleur niveau culturel vis à vis de mon père et n’oubliait pas que c’était elle qui avait appris à lire et écrire correctement à cet ancien cancre, pour tenir honorablement ses fonctions de responsable syndical. Mais tout était dans la douceur, sans jamais élever la voix, ce qui ne l’empêchait pas de lui dire ses quatre vérités... Je me souviens d’un soir... Mon père s’était mis en colère, parce qu’il considérait que j’avais mal répondu à ma mère... Il me lançait, " Moi, je vouvoyais mes parents ! "... Ma mère sourit tendrement... " Ttttééé... Oui... Je t’ai entendu dire à ta mère... " Mère, vous me faites chier !! "... " Et son rire finit par désarmer mon père...

 

Pourquoi ai-je besoin de parler de ceci aujourd’hui ? J’ai été ainsi élevé dans le respect des autres, dans la conviction que l’être humain est bon par nature. Que notre propre gentillesse, patience, écoute, prévenance, apaiserait celui qui se serait laissé entraîner dans la méchanceté ou l’agressivité... Ma vie n’en a pas été simplifiée. Loin de là... L’absence de référence paternelle (mon père ne pouvait être un modèle, il n’était qu’un épouvantail redoutable... Je finirai bien un jour par réussir à parler de lui...) a fait que je n’ai jamais su faire face à l’agressivité et à la cruauté dont le moins que l’on puisse dire, est qu’elles ne m’ont guère été épargnées... Enfant, à cause de mon physique bouboule, j’ai été la tête de turc de mes camarades. En pension, j’ai subi douloureusement la mesquinerie et l’injustice des mes condisciples... A qui je n’hésitais pas à rendre service à la première demande... Jeune homme à Paris, trop facilement, trop de fois, je me suis offert en victime expiatoire aux prédateurs divers et variés... Et je voulais toujours croire que ma mère avait raison...

Maman, tu ne le savais pas, ou tu n’as jamais voulu le savoir, mais il y a aussi un autre dicton dans les couches populaires... " Trop bon, trop con... "

 

Depuis plusieurs jours je suis incapable d’écrire une ligne. Ces souvenirs me reviennent en mémoire pendant que j’essaye de panser mes plaies récentes. J’ai traversé soixante ans d’une vie parfois difficile, mais où finalement je suis toujours retombé sur mes pattes... Sans doute, plus souvent qu’à mon tour j’ai été pris pour un con... Trop bon... Mais dans l’ensemble je pense que ma mère avait raison : Etre ouvert vers les autres finit toujours par payer. Je suis passé à côté de beaucoup de choses. Je me suis fait rouler dans la farine. J’ai parfois souffert plus que de raison. Mais au bout du compte, je pense que j’ai eu de grandes joies et que de temps en temps j’ai frôlé le bonheur... Et j’ai eu ma femme et mes enfants qui sont toujours là, qui m’ont compris, qui m’aiment... Qui, à eux seuls, suffiraient à excuser, sinon justifier, tout ce que j’ai pu vivre de désagréable et de douloureux. Pourquoi faut-il que ce soit maintenant, que je rencontre mes plus fortes et mes plus incompréhensibles souffrances ?... La puissance du virtuel est donc tellement redoutable ?

Il y a eu Alex. J’ai été surpris par une complicité qui semblait aussi évidente. Au premier abord, je n’ai pas cherché à comprendre. J’ai vécu. Simplement. Intensément. Je gardais toute ma capacité d’analyse, et mon esprit était perpétuellement en éveil, pour essayer de percer la réalité au travers de l’épais brouillard du net. J’ai vu ce jeune petit français moyen qui jusque là se satisfaisait, par conformisme et lassitude, d’une vie médiocre, pépère et sans saveur. J’ai touché du doigt ce manque de confiance en soi, énorme, étouffant, paralysant... . J’ai senti la puissance et la force de l’amour. J’ai accompagné cette explosion de la chrysalide, chaque carcan ou contrainte arraché petit à petit, comme une vulgaire pelure d’orange, pour mettre à jour un merveilleux et attachant papillon... J’ai vu, j’en suis sûr, ce garçon si pur, si entier, si passionné, prendre conscience qu’il ne pouvait concevoir de vivre autrement qu’intensément. A chaque instant cependant je sentais la fragilité d’une personnalité mutique et un peu fantasque. J’ai freiné les enthousiasmes trop délirants. J’ai bousculé les blocages. Et tout ceci serait un leurre ? Maman, selon ton précepte, je n’aurais projeté sur un écran blanc que mes propres fantasmes et sentiments refoulés ? Je n’aurais cru à la sincérité que parce que moi, je ne sais pas être autrement que sincère ? Je ne puis le croire. Je ne puis m’être trompé à ce point.

Il y a eu Nico. L’arrivée surprise du deuxième partenaire... Si parfait, si idéal, si fort. Qui gérait cet amour naissant comme peu de vieux briscards de la gaytitude auraient su le faire. J’ai été interpellé par les contradictions, les coïncidences étranges, les résolutions de problèmes trop parfaites. Mon âme a été secouée comme un cocotier... J’aimais déjà ce garçon par principe et parce qu’il comptait par-dessus tout pour Alex. Et ma raison sonnait continuellement l’alarme. J’ai exigé (en avais-je le droit ?) d’avoir des preuves de la réalité de leur couple. Tout ceci pourrait-il être un autre leurre ? Ou plutôt un mirage ? Maman, selon ton précepte, je n’aurais projeté sur des interlocuteurs innocents et purs que mes mauvaises pensées, et mon esprit pervers ? Depuis plusieurs jours j’essaye de le croire. Et je n’y arrive pas...

Je ne comprends pas où a été mon erreur, ma faute...

Il y a eu le forum. J’ai fait de grands efforts pour essayer de comprendre son fonctionnement et obtenir mon intégration dans le groupe. Les échanges me semblaient toujours factices, les mamours affectés, les principes stéréotypés. Là n’est pas le problème. Je n’aurais pas dû m’acharner ainsi. Ce n’était pas mon truc, ce n’était pas mon truc. Point. Lorsque je suis parti il y a eu quelques petits remous. Et j’ai ressenti, sinon de la haine au moins du mépris. Entre le jeune minet qui dit avoir été " importuné " parce que je lui ai adressé deux ou trois fois la parole, moi, ce vieux truc, les accusations de " violation mentale " au sujet de mon couple d’amoureux, et celui qui veut fissa m’envoyer consulter un psy, j’ai été servi... Bon, je n’aurais jamais dû y mettre les pieds. Bien fait pour moi. Mais là n’est pas le problème. Le problème est dans la souffrance que j’en ai ressenti. Pourquoi autant de douleur pour ne pas avoir été compris, écouté, accueilli ? Cela m’est arrivé tant de fois dans ma vie...

Ce chien fou qui saute et jappe autour de son maître pour quémander une caresse, et en réponse, il reçoit une tape sur son museau avec un ordre : " Sage, Médor, à la niche ! "...

Maman, pourquoi as-tu voulu me faire croire que les hommes étaient bons ?

Publié dans : Je me prépare
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Commentaires

Boby, je suis toujours là :)
Ton texte me touche pour plusieurs raisons. Parce que fondamentalement, je pense comme ta mère, que l'homme est bon par nature. Et puis, comme toi, je me suis pris plusieurs tapes sur le museau et quelques skuds. Je me suis dit "trop bon, trop con". Alors aujourd'hui, je fais confiance à mon instinct. 
"Ce qui ne détruit pas rend plus fort", tu en penses quoi ?
Commentaire n°1 posté par Fiso le 23/08/2007 à 19h52
D'abord Fiso : t'es incroyable. A ma citation du texte de Stefan Zweig sur le blog de Wajdi, l'autre jour, tu me réponds : "On a rien appris. Parce que c'est la nature humaine ..." Et là : "je pense comme ta mère, que l'homme est bon par nature.".Moi, je préfère cet optimisme-là, je crois aussi en l'humanité. Et je crois bien que si je n'y croyais plus, je n'aurais plus vraiment d'intérêt dans la vie. C'est un sujet qui m'anime souvent avec mon mec, qui est un indécrottable mysanthrope...
Mais Boby, combien je reconnais ma mère dans la tienne. Bien sûr, ce n'est pas exactement la même génération, mais j'y vois ces femmes qui, quand ma mère débarquait dans la banlieue parisienne, pour se rapprocher de mon père qui venait d'être arrêté en raison de son soutien au FLN algérien, quand elle arrivait, donc, toute naïve, décidée, mais faible et déroutée, l'aidèrent, l'accompagnèrent, la soutinrent, ces femmes qui auraient tout donner pour l'aider, et qui la firent cheminer, de sa culture chrétienne et bourgeoise vers de nouvelles formes de lucidité et d'engagements...
Oui, nous avons été, toi et moi, trop protégés, et mal préparés à affronter les duretés de la vie, plus sans doute que la cruauté des hommes. Mais nous y avons gagné quelques valeurs, non ? Peut-être justement celles qui nous permettent de ne pas désespérer de  la condition humaine....
Amitiés. Oh!91
Commentaire n°2 posté par Oh!91 le 23/08/2007 à 22h32
Oh!91,
Je suis faite de contradictions, je ne le nie pas ;)
Mais en ce qui me concerne, et même si parfois le genre humain me désespère, je suis une optimiste née. Ce n'est pas un hasard si j'ai autant d'estime pour Wajdi, toi et Boby. Je n'aime pas les cyniques.
Commentaire n°3 posté par Fiso le 25/08/2007 à 21h43

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La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!        
 Juillet 2012        
      J'ai obtenu le statut de résident étranger au Maroc.
            C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Seulement, il y avait ce satané véhicule ! Je n'ai plus le droit d'avoir mon jouet décapotable français. Je suis rentré en France pour essayer de le vendre afin de racheter un petit véhicule au Maroc. Seulement voila. En période de crise, ce genre de véhicule ne se vend pas ! Ou bien les acquéreurs potentiels n'osent pas investir dans de la fantaisie, ou bien ils ont les moyens d'acheter le même véhicule neuf...
Bref... Je n'ai eu d'autre solution que de racheter moi-même le cabriolet, au prix fort (plus de 22 000 €uros, soit 5000 €uros de plus que l'estimation communément admise. Se rajoutent les frais de douane ("Mise en circulation" au Maroc), environ 11 000 €uros, l'assurance marocaine (l'ancienne assurance ne peut avoir cours à l'étranger), couverture à payer en une fois annuelle (environ 1000 €) Plus... Plus...
Bref... Je suis plus pressé qu'un citron... Mais je suis près de lui.
. Je veux vivre par et pour lui.  Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, maintenant. Tout de suite.   
       
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  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, j'ai redécouvert l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune ! C'est lui qui m'a choisi, et je n'ai pas su dire non...

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-deux ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt deux ans qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

J'ai de plus en plus peur. Je sais, je suis totalement ridicule de trouver ceci un peu trop.

"Le marié est-il trop beau ?"

Et puis, quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. C'est inéluctable. 24/67, ratio incontournable. Je verrai.

J'imagine encore que je saurai être digne.

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