Ah ! Mes enfants, là c’est autrement plus compliqué... Ils peuvent déjà être tombés sur ce blog. Ils ont les moyens et les compétences pour farfouiller sur le net... Mais non. Je le saurais. Ils m’en auraient parlé aussitôt.
Mes idées foisonnent, fourmillent, vont dans tous les sens... Je ne sais quel bon fil tirer pour dévider un raisonnement cohérent. C’est très clair. Ils me posent problème.
Pas par les révélations qu’ils pourraient trouver sur ma vie cachée. Ils savent l’essentiel, je pense. Et puis ils ont entre 30 et 34 ans. Quand même.
Pas par les relations entre leur mère et moi que je relate ici, ils y retrouveront je pense la relation fusionnelle qu’ils nous connaissent.
Pas par ce que je dis de moi par ailleurs. Pas grand chose ne les surprendra, j’en suis convaincu.
Pas par mes intentions d’en finir. Ils savent ce que je pense de la vieillesse.
Pas par ce que je peux dire d’eux. Enfin, non. Enfin si. Le problème est sans doute là. Et il me semble bien difficile à résoudre.
J’ai trop étalé, au fil de certaines de ces pages la culpabilité de ne pas avoir été un bon père pour eux. A trop culpabiliser, la culpabilité pouvait passer dans leur camp. Je m’en suis rendu compte, avec l’aide de certains lecteurs. J’ai essayé de moins parler d’eux.
Maintes et maintes fois, je me suis surpris à faire de l’autocensure, à ne pas dire ce que j’avais envie de dire à leur sujet, parce que " quand ils liront ça leur fera du mal inutilement "... Le contraire de la franchise et de la transparence que je revendique.
Que l’on soit intellectuel ou plutôt manuel, que l’on soit intelligent ou borné, riche ou pauvre, citadin ou campagnard, affectueux ou rigide, proche de sa progéniture ou distant, qu’on le veuille ou non, à un moment ou à un autre, on est bien obligé de prendre conscience que " ce ne sont pas eux qui ont choisi de venir sur cette terre... " Et qu’ils sont en droit de nous demander des comptes.
Cette prise de conscience, je l’avais pour ma part avant même de les concevoir. J’ai longtemps pensé que parce qu’ils étaient intensément désirés, parce que leur arrivée au monde était chaque fois une fête, ils ne pourraient jamais douter du sens de leur vie... Pas si simple.
Ma femme et moi avons toujours veillé à leur faire savoir combien ils avaient été désirés. Combien nous étions heureux chaque jour de les voir là, présents, pleins de vie... Souvent, il m’est arrivé de dire en leur présence " Nous avons toujours voulu trois enfants, ça n’a pas été simple, mais nous les avons eus... ".
Ma fille, logiquement en tant que petite dernière, en a tiré une conclusion inattendue... " Alors, si " le Bébé " avait survécu, moi je n’aurais jamais été là... " Raisonnement effroyable d’une intelligence trop vive... Nous nous sommes insurgés. Nous avons argué que dans ce cas, nous aurions sans doute choisi d’avoir un quatrième enfant, pour avoir une fille... N’empêche... Ce n’est pas par une pure fantaisie si elle inclue dans ses pseudos et autres mots de passe le prénom masculin qu’elle aurait porté si la nature l’avait doté de l’autre sexe... Ce " William " mis à toutes les sauces me met encore mal à l’aise.
J’ai dit combien l’arrivée de Frédéric, mon premier, avait été un choc violent, inimaginable, bien qu’attendu pendant des mois. J’ai dit aussi combien notre relation trop fusionnelle avait été pour moi difficile à maîtriser. Combien j’avais eu du mal à prendre mes distances quand il est devenu adulte... Et ma femme me dit parfois : " Tu ne te rends pas compte, tu lui fais peur... " Peur ? Peur ? Comme mon père me faisait peur ?
Alors, oui, vraiment. C’est très difficile de " dire les choses "... Nous savons bien que lorsque nous lisons un texte, il y a les mots et les idées de l’auteur, l’affectif qui nous lie à cet auteur, mais aussi notre état d’âme du moment, les bisbilles et petites satisfactions qui nous ont occupés dans les heures ou les minutes qui précèdent... Nous avons tous, à un moment ou à un autre, eu l’occasion de mesurer cet écart entre ce que vous voulions dire et ce qui était perçu. Et lorsque c’est à ses enfants que l’on souhaite laisser un message, cet abîme d’incompréhension fait peur... Très peur.
Pardonnez-moi si j’ai un peu de mal à préciser mes tiraillements, mes doutes. Nous avons toujours veillé à laisser nos enfants libres de leurs choix, libres de mener leur vie. Nous essayions d’être des références, des repères, mais surtout pas des guides...
Y avons-nous réussi ? Ils le diront peut-être un jour.
Nous avons veillé à ne pas les " protéger ". Nous acceptions de les laisser prendre des risques... Nous acceptions d’être mis en insécurité...
Il y a quelques jours, je lisais un blogueur, Andesmas, que je visite de temps en temps. Il venait d’écrire ce billet, un tantinet nostalgique. Une phrase m’accrocha par le collet : " comme c'est sécurisant d'avoir une grande personne qui vous protège et s'inquiète pour vous... ". Pile poil dans les interrogations que j’avais à ce moment là. Je lui ai laissé un commentaire qui, en fait, était une sorte de réflexion à voix haute...
" ... ... ... Plus précisément, c'est sécurisant de se sentir aimé, non ?
Je dis ça, parce qu'en fait, pour moi, protection et inquiétude sont le début de l'asservissement. J'aime mieux sentir être aimé d'une autre façon...
En tant que parent, c'est difficile à éviter. Souvent difficile à cacher. Mais la liberté (des enfants) est à ce prix. "
Voila. J’y suis, je crois. " Protection et inquiétude ". Refus de protéger, et hésitations à dire clairement ce que je pense. Refus de leur montrer mon inquiétude, pour les laisser libre, et inquiétude réelle, forte, puissante, dévastatrice de n’avoir pas fait tout ce qu’il faut avant de les quitter...
Protection et inquiétude reçues maintenant pourraient être vécu, sinon comme un début d’asservissement, du moins comme des contraintes chiantes et frustrantes...
C’est pour cela que je ne voudrais pas qu’ils lisent ce blog maintenant.
Protection et inquiétudes lues " après " sont une preuve d’amour. Sincère. Total. Sans nuance.
C’est pour cela que je voudrais qu’ils lisent ce blog après notre départ.
Je me sens mieux. C’est dingue combien l’écriture de ce blog me donne le sentiment d’avancer... Je vais pouvoir me lâcher. Supprimer l’autocensure. Dire quand j’ai mal. Sans craindre de leur faire du mal.
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 17867
En ligne : Selon OB : 3
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-deux ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt deux ans qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
J'ai de plus en plus peur. Je sais, je suis totalement ridicule de trouver ceci un peu trop.
"Le marié est-il trop beau ?"
Et puis, quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. C'est inéluctable. 24/67, ratio incontournable. Je verrai.
J'imagine encore que je saurai être digne.