J’étais couché hier au soir, lorsque je me souvenais brusquement que j’avais commencé à prendre quelques notes pour le " Petit Journal ", et qu’après avoir réagit à la lecture des blogs en écrivant le billet précédent, j’avais complètement enterré ces menues réflexions... Mais peut-être, n’étaient-elles pas si menues que ça... Et mon esprit s’est mis à vagabonder...
Samedi matin, j’avais quelques courses à faire. Ma femme redoute encore de conduire seule. Comme à l’accoutumé, j’ai pris le temps de m’arrêter dans le secteur de la drague. Absolument désert. Comme la plupart du temps. J’avais acheté le journal, j’arrêtais la voiture dans un coin ombragé et me mis à lire...
J’étais là depuis quelques minutes, lorsqu’une voiture vint, visiblement à ma rencontre. Je ne quittais pas le journal, mais je jetais un regard en coin sur le chauffeur lorsqu’elle m’a croisé. Un vieux ! Bien sûr. Je poursuivais donc ma lecture avec davantage de concentration... Puis je réalisais que la voiture s’était garée, son chauffeur descendu, et qu’il approchait par de complexes détours de ma portière... Je regardais... Horreur ! Un vieillard décrépit, maigre, décharné même, voûté, marchant avec difficulté. L’arthrose ou quelque autre maladie semblait faire de chacun de ses pas un calvaire... Il approchait de ma portière passager... Il a tripatouillé avec insistance son entrejambe... Je me suis replongé dans le journal, tétanisé. Quelques minutes après, il a rejoint avec difficulté sa voiture, et il est reparti. Il avait au moins 85 ans. Ou alors il était bien malade. Je tremblais. J’avais des sueurs froides malgré la chaleur presque caniculaire. J’ai eu peine à ne pas pleurer. Je suis rentré chez moi.
Hé oui, braves petits jeunes qui faites la moue sur la photo de ma bannière avant de partir en courant, je sais bien ce que vous ressentez. Ce n’est pas par hasard que je l’ai mise là...
J’aime " trop grave " vos jeunes corps épanouis... Et ils me sont devenus quasi inaccessibles, comme le mien a dû le sembler à ce malheureux vieillard... Notre monde actuel ne supporte pas plus de dix ans d’écart entre deux partenaires. Et encore... J’aurais dû vivre à l’époque de la Grèce Antique... L’ennui, c’est que j’aurais plus probablement été un esclave qu’un disciple de Socrate...
Le premier qui me demande pourquoi je souhaite mourir en même temps que ma femme, je lui fous mon poing virtuel sur la gueule !! Je sais bien que j’aurais dû m’arrêter avant.
Du coup, hier au soir, en attendant l’endormissement qui exceptionnellement me fuyait, je pensais à ces quelques rares fois où j’avais accepté que des mains nettement plus âgées me touchent...
J’avais dix-huit ans. Je participais à un voyage organisé en Corse, hébergé dans des camps des " Eclaireurs ". Nous étions quatre inséparables, mon meilleur ami du moment et chacun sa copine. Tiens, à l’occasion, je raconterai une anecdote à ce sujet, dont A. a eu la primeur... A vouloir suivre le train de vie de mes camarades, j’avais mis mes finances en grandes difficultés. La fin du séjour allait être morose. J’avais envisagé de vendre ma montre, qui semblait faire des envieux, et dire ensuite à mes parents que je l’avais perdue... Mais au retour d’une baignade, je retournais mon drap de bain dans tous les sens. La montre habituellement discrètement roulée dans un coin de la serviette avait disparue... Donc ce jour là, je restais à me morfondre au camp pendant que les copains et les copines allaient faire la fête en ville. Je n’avais pas les moyens de les suivre.
Je n’étais pas seul. De nombreux estivants aimaient faire du farniente et jouer dans le camp. Mais le directeur a remarqué ma solitude. C’était un homme d’un " certain âge " pour un gamin de 18 ans... Plutôt bien fait de sa personne, si ce n’était des jambes un peu trop maigres et un œuf colonial qui donnait l’impression qu’il allait tomber en avant... Il est venu s’asseoir à côté de moi, et nous avons parlé. De mes études, de mon copain, de nos copines, de la beauté de la Corse, de l’air du temps... Je précise, mais c’est une évidence dans le contexte, que nous étions tous en maillots de bains. Finalement il parvint à m’arracher les raisons de ma mine renfrognée... Complètement à sec, je n’avais pas les moyens de terminer mon séjour, et je n’avais même plus le temps de demander de l’aide à mes parents, ce que je m’étais interdit jusque là...
Encore quelques questions, et il a posé sa main sur ma cuisse, en serrant avec insistance... " Je crois que je peux te dépanner... Viens à mon bureau... ".
Le croirez-vous ? Je n’avais pas compris, ne pensant qu’à un dépannage possible... Dans son bureau il ouvrit un tiroir, une caissette, sortit un billet... Et il le glissa dans mon slip de bain, titillant au passage l’escargot sagement rentré dans sa coquille... " Ce soir, quand tout le monde dormira, viens me rejoindre ici... Et sois discret !... "
L’idée ne m’est même pas venue de lui faire un bras d’honneur et de garder le billet... Le soir, obéissant, j’ai attendu que la tente s’endorme, je me suis faufilé de palmiers en eucalyptus jusqu’à son bureau. Sa chambre était attenante. Il m’a mis nu, m’a longuement caressé. Je restais inerte, seule mon érection traduisait un certain trouble. Il m’a longuement sucé. Aucune excitation. Il a voulu la réciproque. Moi qui adore faire des fellations, je n’ai pu prendre en bouche plus de deux minutes ce sexe que je considérais comme rassis... Je le masturbais avec une certaine rage pour le conduire au plus vite au plaisir... Sa jouissance m’a dégoûté. Il a entrepris de me conduire au plaisir à mon tour. J’ai dû un petit peu l’aider... Quand la sève est montée il s’est précipité pour tout avaler... Je suis retourné me coucher complètement écœuré. Je l’ai soigneusement évité pendant le reste du séjour... Pas fier du tout. Je vous le dis...
J’avais vingt-trois ou vingt-quatre ans. Je fréquentais assidûment une petite boîte gay, le " Club 31 " près de la gare Montparnasse. J’étais très copain avec le barman et le DJ... Petit club " familial ", il avait des airs de club anglais... J’y ai appris à jouer aux échecs... C’est dire. J’avais tapé dans l’œil d’un vieil habitué. J’avais peine à éviter ses assiduités. Mes copains m’accusaient d’inconscience... " Tu te rends pas compte !... Il est bourré de fric !... Il possède l’un des restaurants les plus en vue de l’arrondissement !... Avec lui tu ferais la fête tous les soirs !... " Le DJ se montrait encore plus amer... " Il est vieux ? Et alors ? Tu sors et tu fais la fête avec lui, et pour la bagatelle tu te trouves un p’tit jeune !... "
Finalement, j’étais bien faible... J’ai accepté une sortie. Une autre. Une autre. Il avait sa table réservée dans les plus grands cabarets. Quand nous arrivions, on lui apportait sa bouteille de whisky en cours. Je n’aime pas le whisky. Mais les courbettes et les amitiés des serveurs et des maîtres d’hôtel, ce n’était pas désagréable. Certains étaient drôlement mignons...
Un soir il fallut bien que je passe à la casserole... Façon de parler. J’ai un souvenir poignant de ce pauvre vieux, respecté et craint par tant de gens, qui s’acharnait désespérément à essayer de me faire bander. L’alcool était-il la raison, ou devint-il une justification à posteriori ? La queue basse (si, si !) j'ai fini par m’enfuir. J’eus beau essayer par tous les moyens de l’éviter, il me fallut l’aide du barman pour lui faire comprendre que c’était sans espoir...
J’avais bien quarante-huit ou cinquante ans... Je devais garder quelques prestance, malgré mes rondeurs, puisque les aventures éphémères se succédaient, à un rythme plus qu’honorable... Mais aventures dont je sortais totalement frustré et insatisfait. Le temps défilait, les amants aussi. Lorsque l’un d’eux accrochait, moi, je fuyais, trouvant toujours prétexte d’un défaut rédhibitoire. De l’intellect un peu limité, à la forme des pieds, trop vulgaire... Lorsque mon intérêt s’éveillait c’est le partenaire, assoiffé d’imprévus, qui " aimait le changement "... Et j’atteignais l’âge que j’avais toujours considéré comme la fin de ma vie...
Par contre, j’avais pas mal de copains. J’avais appris à ne pas envoyer promener avec violence ou mépris certains habitués de mon âge. Il était plaisant de pouvoir discuter de choses et d’autres en attendant le chaland... En tout bien tout honneur... Il y avait quand même quelques personnalités fort intéressantes parmi ces " vieux "...
Ainsi, apparût dans notre groupe de vieux croûtons un mec de la cinquante, plutôt pas mal, et surtout, surtout, motard avec une grosse cylindrée. Les motards ont toujours fait partie des fantasmes des gays. Des miens aussi. Allez savoir pourquoi. Sa moto lui servit de Sésame. Très vite il fut accueilli avec de grands sourires. Beaucoup tournicotaient autour. Mais c’est sur moi qu’il avait jeté son dévolu. Très vite il sut où allaient mes intérêts. Il ne se laissa pas démonter. Son humour, son intelligence m’arrachaient trop souvent rires et sourires. Il se montrait patient. Jamais il ne fut lourd ou insistant. De temps en temps il me disait " Pourquoi ne ferions-nous pas un essai ? Je suis sûr que tu ne serais pas déçu... " et hop, une pirouette et il partait sur autre chose...
J’ai fini par céder... L’essai eut lieu. Bérézina... Nous avions loué une chambre d’hôtel, prévu suffisamment de temps. J’aimais bien son visage avenant au sourire enjôleur, ses beaux cheveux souples et foncés, aux tempes à peine grisonnantes. Son parfum était fin, discret, racé. Ses baisers étourdissants. Il embrassait merveilleusement bien. Les préliminaires furent très agréables. La nudité me remit en face des réalités... Oh, son corps n’était pas mal, il " avait de beaux restes "... Oui, mais des restes, seulement. Son œuf colonial eut un effet immédiat. Je débandais irrémédiablement, et au bout de quelques tentatives pour redresser la tête, je décidais d’en rester là. Il essaya de me faire changer d’avis. Parla de méforme. Nous devions ré essayer... Non, j’avais compris la leçon.
J’ai pris quelques instants pour essayer de trouver d’autres exemples... A ma grande honte, je crois bien que ce sont les seuls... Je suis irrémédiablement irrécupérable...
Une évidence de toujours s’impose de nouveau à moi. Je hais mon corps. Comment pourrais-je supporter d’approcher mon semblable ? Je repense à la carte de visite que j’ai mise sur un tchat gay : " nounours vieux, laid et bedonnant cherche son contraire ". Je le sais. Quand accepterai-je de regarder la vérité en face ? Je reste dans le domaine des fantasmes. Je cours après un rêve. C’est indubitablement impossible...
Alors... Alors tout ceci me fit voir le cyber espace d’une autre façon. Et si le virtuel était le meilleur moyen de nier son corps ? Dans ce cas, je ne serais pas le seul à fuir une réalité insupportable. Et, inévitablement je pensais au nombre incalculable de jeunes mecs canons qui doutaient, que dis-je, qui étaient convaincus d’être des laiderons mal dégrossis... Combien de fois, lorsque je m’extasiais sur le charme de mon partenaire, ai-je entendu cette phrase... " Moi ? Mais qu’est-ce que tu me trouves ? "... Tenez-vous bien... Même une porno star, une fois. J’avais littéralement flashé sur ce mec dès son entrée dans les toilettes publiques... Il était venu comme par hasard se placer auprès de moi... Un sexe phénoménal... Il n’a eu aucune peine à m’embarquer. Nous avons fait l’amour comme des dingues à l’arrière de ma voiture, au fin fond d’un parking souterrain... A l’idée qu’il y avait de grandes chances que je ne revoie pas une seconde fois, j’y mettais une frénésie qui ne semblait pas vouloir se tarir... Lorsqu’enfin au calme, d’aimables câlins ont remplacé les corps à corps épuisants, je m’extasiais sur son incroyable beauté. Il se récriait aussitôt : " Moi ? Tu rigoles ? Arrête de te moquer ! J’ai une très belle queue, c’est vrai, mais c’est tout ! Pour le reste je suis plus qu’ordinaire ! Tu sais pas ce que c’est qu’un beau mec ! Moi, en fait, ce n’est que pour ma queue qu’ils m’ont pris dans les films pornos... ". C’est ainsi que j’appris qu’il était une star en la matière... Lui croyait que je l’avais reconnu, et que c’est pour ça que j’avais accepté de le suivre... Sinon, il ne comprenait pas pourquoi je serais venu... Dingue, je vous dis, dingue...
Et c’était avant Internet...
Le problème en fait c’est que, même sans mon corps, en plein espace virtuel, je n’ai pas pu faire oublier qui je suis. Mes phrases ont les rondeurs que je voudrais faire oublier, mes expressions ont l’âge de mes artères, mes idées celui de mon cerveau fatigué.
Je suis effectivement un vieux machin rance dès la première page. Et au cas où ceci ne serait pas suffisamment explicite, je dis, je répète, je hurle mon âge, mon poids, ma laideur, ma fatigue... Si je voulais appâter une jeune et frêle proie, il faudrait que j’écrive des billets pétillants comme du champagne. Et je ne produis qu’une garbure bien lourde et indigeste.
Le problème en fait, c’est aussi que je ne supporte pas l’idée d’être morcelé... Le virtuel me gêne en ce que je n'arrive pas à envisager d’être désiré pour un seul petit morceau de moi-même... Finalement, que l’on ne remarque chez moi qu’une personnalité intéressante me gêne tout autant que le fait que l’on ne voit que mes attributs avantageux...
C’est bien ça... Je voudrais tout, le beurre, l’argent du beurre, et le sourire du crémier...
Ce n’est pas demain que je parviendrai à conclure ce blog !
Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...
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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...
Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!
Clin d'oeil !
Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
Depuis le début : 33880
En ligne : Selon OB : 2
Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-deux ans.
Passion soudaine et prodigieusement agréable...
... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt deux ans qu'il ne me quitte que pour aller travailler !
Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...
Vieux ? Qui ose parler de vieux ?
Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.
J'ai de plus en plus peur. Je sais, je suis totalement ridicule de trouver ceci un peu trop.
"Le marié est-il trop beau ?"
Et puis, quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable, ne sera pas facile.
Pourtant. C'est inéluctable. 24/67, ratio incontournable. Je verrai.
J'imagine encore que je saurai être digne.