Pendant que je prenais le frais dans la région parisienne, la Provence était écrasée par une canicule difficilement supportable.
Quand une amie venue passer quelques jours avec moi a voulu aller saluer la sépulture de Monique, nous n’avons retrouvé que quelques plants rabougris et grillés à la place des plantations dont j’avais entouré le petit caveau. Notre amie a voulu participer au remplacement des arbustes et hier, je suis allé mettre en place deux vigoureux plants de romarin. Eux devraient pouvoir tenir tête au soleil en folie.
Inconfortablement assis dans les graviers, je me suis de nouveau battu avec la glaise et les caillasses du remblai pour faire une petite place aux nouveaux arbustes. Le fessier endolori, je m’appuyais parfois sur la pierre lisse et gravée de la tombe.
J’ai réalisé le saugrenu de ma situation et le spectacle quelque peu indécent que j’aurais pu offrir à un improbable visiteur. Cette masse disgracieuse et flasque de cent trente kilos en short avachie sur ce lieu de recueillement, le coude prenant négligemment appui sur la surface lisse, maniant d’une main les outils de jardinage…
Tout en
travaillant, je me suis mis à repenser à ma relation à la mort en général et à cette défunte en particulier, réduite en poussière dans une urne d’un ou deux décimètres cubes… A quelques
centimètres de mon visage. Je me remémorais l’un de mes derniers billets. « Aïe ! Putain de bordel de merde ! ».
Je disais récemment à un ami que ma souffrance de ces quelques mois ne me semblait pas morbide. Toujours aussi difficile à verbaliser. Ce n’est pas « Elle » qui me met mal à l’aise. Je me suis même dit un moment que je serais capable, sans véritable émotion, d’ouvrir l’urne et de plonger ma main dans les cendres, comme on l’enfonce dans du sable. J’ai repensé à ma belle mère qui avait fait placer quelques centimètres cubes des cendres de son mari dans une petite urne scellée pour l’avoir toujours avec elle dans son sac à main… Là, oui, morbide. Je me fous des traces matérielles. Ce ne sont que des amas d’atomes sans signification. Les feuilles en décomposition sur le sol ne sont pas l’arbre.
Les souvenirs sont plus équivoques. Ils réussissent parfois à réveiller les émotions. Mais souvent, ils sont de l’ordre des images d’un film qui nous reviennent en mémoire. Nous savons les avoir vus, nous savons que nous avons éprouvé des émotions, parfois intenses, en les découvrant la première fois. Mais ils ont perdu, justement, l’attrait de cette première fois…
Non, non… Ce qui est insupportable, c’est ce qui a été. Ce qui a été vécu. Et qui a perdu sa raison d’avoir été. Ce qui ne laisse pas de trace. Ce bonheur que l’on sait avoir éprouvé, mais que l’on ne peut ressentir de nouveau parce qu’il manque l’un des constituants.
Connement, on s’acharne à essayer de retrouver l’étincelle pour ré allumer le feu, alors qu’il ne reste qu’un seul silex. Tentatives évidemment vaines.
Il n’y a plus qu’à jeter la dernière pierre.
