Et maintenant ?

Mardi 29 janvier 2008 2 29 /01 /Jan /2008 15:00

J’ai passé une bonne partie de la journée à me replonger dans ces souvenirs déjà un peu lointains. Des lettres plus chaleureuses les unes que les autres. Des correspondants dont je ne sais plus qui ils sont. Beaucoup d’émotions.

Je ne vais pas vous tartiner de sentiments qui, au bout du compte, n’ont d’importance que pour moi seul. Et je ne veux pas sombrer dans la nostalgie. Pourtant, de ce retour sur moi-même, émergent trois ou quatre éléments forts. Que j’ai envie de partager. Tant pis si je n’ai pas raison...

Dominique M. était, d’une certaine façon un collègue. Psychologue libéral, il travaillait avec les services de la DDASS, et nous avions les cas de plusieurs jeunes en commun. Au début, relations professionnelles sur la réserve de ma part. Prévention non motivée mais bien réelle contre la gente " psy "... Et une parfaite similitude des points de vue. Un engagement aussi passionné et entier de part et d’autre. Subrepticement le rapprochement s’opérait... Un cas particulièrement difficile, demandant un engagement total, a scellé notre entente. Nous nous sommes battus ensemble bec et ongles. L’amitié est apparue, comme ça, discrètement, sans faire d’esbroufe... Sa femme et lui (Ils ont le même prénom, d’où ces diminutifs pour les distinguer : Domi et Mido...), nous ont invités tous les cinq plusieurs fois. Il ignorait tout des mystères de ma vie. Pourtant, pendant les événements il a été d’une disponibilité totale, soutenant, parfois à bout de bras Monique et les enfants...

Et la roue a tourné. Que l’égoïsme de la vie est parfois cruel ! Il y a des années que nous ne nous sommes plus donnés signe de vie.

 

Je n’étais pas en détention depuis dix jours, lorsque je reçus cette lettre. Pas une phrase. Pas de formule empesée. Un poème. C’est tout.

15 octobre 78
Poème opus XIV, 11
              Avec mon amitié. D.

 

 

Ta voix
ta voix
persiste
malgré les lèvres
closes,
ton regard
reste
chargé
de ce combat
intolérable
des âmes
trop sensibles,
 

Oh
je sais
ce regard
ce combat
cette voix
en moi
qui pour l’instant
me reste
permise
mais pour combien
de temps ?

 

Ta voix
ta voix
persiste
elle a la couleur
des printemps
insolents,
tu éclabousses
la mécanique
des hommes
et sa débilité
logique,
 

tu crèves
les sarcophages
de la Justice
pour y planter
la tendresse
sans calcul
et sans gloire,
je sais
cette insolence
et cette tendresse
en moi,
je les cultive
sans relâche.

 

Ton cri
ton cri
est là,
il piétine
et bouscule,
il secoue
les branches
mortes
où s’attache
la peur,
 

écartèle
l’espace
étranglé
de la raison
factice,
je t’écoute
et m’écoute
en même temps
tant
le sang
dans mes veines
résonne
à tes paroles
vives.

 

Regarde !
regarde
le monde
grouille
sous tes jambes
meurtries,
tu portes
l’inquiétude
des gens
tiédis
 

mais tu portes
surtout
l’espoir
des gens
debout.
Ainsi
sommes-nous
du même souffle
quand tu respires

et quand tu reviens
nous nous saluons
de la même
espérance.

 

Alors courage !
Courage
quand ton cri
piétine !
Courage !
Courage à toi
et aux tiens.

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Lundi 28 janvier 2008 1 28 /01 /Jan /2008 00:01

Putain de blog. Voilà. J’ai envie d’être vulgaire. Marre du langage châtié pour plaire au plus grand nombre. Marre d’essayer d’écrire correctement la langue de mes pères. Marre du paraître. Tiens, là je me retrouve en terrain connu. Les poussières de Monique doivent en frémir dans le petit caveau...

Je me sens piégé. Pendant des mois, je ne dépassais pas les vingt visiteurs par jour. En comptant mes multiples propres visites pour contrôler et rectifier la mise en page, ça devait bien faire les trois ou quatre visites effectives dans la journée... Qui bien sûr ne mettaient aucun commentaire. Donc pas de soucis. Je pouvais étaler mon âme, me faire plaisir en me vautrant dans la fange du misérabilisme et de la désespérance réunis. Je ne faisais de mal à personne. Et peut-être que ça me faisait du bien. Qui sait ?

Et maintenant, voici quelques fidèles irréductibles qui dissèquent la moindre de mes paroles, et me font des " Tsss, tsss " si je ne me montre pas raisonnable. Et voici que mes enfants connaissent mon adresse et ne se privent pas de venir lire. Aveu fait dans un mail bouleversant de tendresse et d’amour filial... Et ce n’est pas si simple de faire semblant de l’ignorer... Et voici que je me prends au jeu, et ausculte soigneusement les données statistiques de cette petite centaine de visiteurs presque réguliers. 50/50. Une petite cinquantaine vient par diverses voies détournées, dont les moteurs de recherche, une autre cinquantaine semble avoir mémorisé mon lien dans leurs favoris. " Bookmark " qu’ils appellent. Quand même... Et de tous les horizons. C’est sans doute ridicule, mais ça me trouble. Plus, ça m’émeut. Belgique, Suisse, Italie, Espagne, Canada, Grèce, Etats Unis, Tunisie, Algérie, Maroc, Mauritanie, Afrique du Sud... D’autres encore... Dire que dans ces pays il y a des mecs qui en se mettant devant leurs écrans se disent : " Tiens, je vais voir si Boby a pondu quelque chose... " (Car ils sont francophones, of course...) Alors, ces mecs ou ces filles qui font une si longue distance pour venir me voir, j’ai envie de ne pas les décevoir.

L’ombre de l’autocensure plane...

Putain de blog !

Et si moi j’avais envie de retourner dans la fange du misérabilisme ? Si j’avais mal et envie de l’écrire ? Pour moi. Pour retourner soigneusement le couteau dans la plaie. Parce que c’est jouissif... Vous savez, quand une croûte vous énerve sur le bras ou la jambe et que vous vous acharnez à l’arracher en vous faisant mal. En ayant plaisir à vous faire mal... " Arrête ! Tu sais bien que tu risques de garder une cicatrice si tu continues ! " Qu’elle disait ma femme en me tapant sur la main... J’ai envie d’arracher la croûte.

Putain de blog !

J’ai pensé revenir au journal intime. Rien que pour mon ordi et pour moi. Mais ça aurait beaucoup moins de saveur, c’est sûr... Et la croûte ne se détacherait pas bien en faisant perler une goutte de sang que l’on a plaisir à suçoter...

Putain de blog !

 

Le truc, c’est venu il y a un ou deux jours. Ma fille, déçue que l’on se croise sans réussir à se joindre qui me laisse un message différé. En le terminant par :

  •  

  • " Comment se passent tes journées ? "
  •  

 

Et le fiston, peu après :

  •  

  • "  Et toi, tes journées ? "
  •  

 

Ben voila. Mes journées sont de la merde. Immondes. Longues. Vides. Sans objectif.

Sans objectif ne doit pas être le bon mot. Des choses à faire, j’en ai des tas. Des urgentes que je reporte. Des indispensables que je contourne. Des occupationnelles qui m’emmerdent. Des vitales que je nargue. Même des que j’aime que je n’arrive pas à débuter. Comme écrire. Je reste là, planté devant mon écran, à attendre que quelqu’un ou une se connecte sur MSN, à cliquer sur le bouton rafraîchir pour voir l’évolution des compteurs... Quelle occupation ! " 46... 47... 48... Tiens ! 52 ! La foule ! "... Lamentable.

Je ne sais pas comment le dire, comment l’écrire. C’est comme une énorme boule qui compresse les poumons et rend difficile la moindre déglutition. Une énorme boule faite de vide. De l’absence.

 

Normalement (c’est quoi, maintenant, " normalement " ?), je suis plutôt matinal. Monique avait, elle, du mal à se lever le matin. Moi, au plus tard à sept heures je sautais du lit. Pour aller jardiner, bricoler, ou surfer sur Internet jusqu’à l’heure du petit déjeuner. Puis je le préparais, quand tout était prêt je commençais à remuer de l’air. J’ai déjà raconté tout ça, là.

Je n’arrive plus à me lever le matin. Pour quoi faire ? A sept heures les automatismes me font bouger, passage aux toilettes et re plongeon... Huit heures, huit heures 30... " Bon, allez, faut quand même que je bouge. " Pour quoi faire ? J’envisage une tâche parmi les nombreuses en attente... " Cette fois-ci faut que je m’y mette... "...

Et quand même petit tour devant l’ordi. Des fois qu’un noctambule ait laissé un commentaire... Non, bien sûr... Il y a longtemps que les fidèles abonnés se sont déjà exprimés... Les stats ? Je regarde les camemberts et autres diagrammes avec la tête aussi effarée qu’inexpressive d’un fêtard dont la nuit n’a pas dissipé toutes les vapeurs d’alcool... Il me faut une éternité pour comprendre les évolutions. Pour chercher des significations qui n’existent pas... Nom de Dieu, neuf heures et demi et je n’ai pas encore déjeuné ! ...

La préparation du café fait partie de ces automatismes qui vous donnent l’impression de vivre. Pendant qu’il passe, je débarrasse la table du soir, que j’avais lâchement laissé en l’état. La baguette viennoise est avalée en un clin d’œil. Je ne bade pas devant les oiseaux, je reste sur la table de la cuisine et leur tourne le dos. Je continue pourtant à leur donner des graines de temps en temps. J’avais dit que je ne le ferais plus, mais j’ai pas pu...

Re ordi avec la deuxième tasse de café. Messages ? Situation des comptes ? Réponses administratives ? Quand même... Ah, on me demande encore un document... Un petit coup de scan... La lettre à poster avant seize heures... Tiens, le facteur ! Putain, (je suis vraiment vulgaire quand je suis seul !) ça veut dire qu’il est environ midi ! Et je suis encore en pyjama !

Toilette vite faite. Douche incontournable. Je vais quand même pas me laisser aller à devenir clodo ! Ranger un truc ou deux. Le lit, ce n’est pas la peine. Il n’a pour ainsi dire pas bougé. La place de Monique est occupée par tous les oreillers et coussins qui servent normalement à la décoration. Ils n’ont pas bougé d’un millimètre. Je n’ai pas utilisé le tiers du lit. Comme je me suis posé, je me suis réveillé. Dire que ma femme me reprochait de faire des bonds pas croyables en dormant ! Je dors comme une bûche. Seule solution sans doute. J’aère quand même. L’hygiène, ça ne se discute pas.

Voila. C’est l’heure du repas. Préparer et manger en regardant les informations. Seul contact gardé avec la réalité sociale. Et avec ce qu’ils racontent ! Je ne sais pas si je vais finir le mois et pouvoir payer les Pompes Funèbres, mais la Société Générale vient de perdre cinq milliards sans plier les genoux... Grand bien leur fasse. Nous sommes dans une démocratie que diable !

Avec le café, re ordi... Pourquoi je me priverais ? Il n’y a plus personne pour me dire que ça l’énerve... Et puis la passivité, c’est ce qui me va le mieux au teint, en ce moment...

Là, normalement, il faudrait que je fasse " des choses "... Un peu de ménage, du repassage, un bricolage, réorganiser une pièce... Ou aller faire des courses... Ou prendre l’air... Ah ! C’est vrai, j’avais fait une lessive cette nuit. J’ai oublié de l’étendre. Elle va sentir le renfermé si je ne le fais pas maintenant. Allez, je fais ça d’abord...

" Ça ", ça résumera mon compte-rendu d’activité de la journée... Plus le courage pour autre chose. La lettre à poster m’oblige à prendre la voiture. Je ne rentrerai que tard le soir...

Et n’allez pas imaginer des bagatelles croustillantes. Même pas. Histoire de faire rouler un peu la nouvelle voiture je vais partir en repérage d’éventuels lieux de drague dans l’environnement proche. Sans descendre de voiture. En restant des demi-heures entières posté en observation, sommeillant à moitié. Ou aux trois quarts... De toute façon, actuellement, quelqu’un aurait beau sonner à la porte... Personne ne répondrait ! Pas d’abonné au numéro que vous avez demandé !

Retour pour préparer (encore !) le repas. Ça, je peux rassurer ceux qui s’inquièteraient. Je fais de vrais repas. Pour le moment. Un peu trop même. Avalés sur le pouce. Serais pas surpris de prendre encore dix kilos.

Le soir, je ne regarde pas la télé. Je ne peux pas. Je ne sais pas pourquoi, moi qui étais téléphage au possible. Ça m’a pris les dernières semaines de la maladie de Monique. Plus rien ne m’intéresse. Même pas les films. Ce soir, je me suis mis devant " Ocean’s Twelve ". Histoire, à défaut de m’instruire, de mater de jolis morceaux. George Clooney, Brad Pitt, Matt Damon, quand même... Je n’ai pas tenu vingt minutes. Ce qui vous vaut de voir se déverser cette logorrhée...

Alors, le soir, si j’en ai la force, je m’essaye à l’écriture. Ou un correspondant me prend la tête jusqu’à des heures indues... Il y a des spécialistes de la chose... Ou je surfe un peu de blogs en blogs. Ou je mate quelques vidéos pornos... Histoire d’essayer de faire sonner à la porte... L’avantage des vidéos sur la télé, c’est qu’il y a l’avance rapide... Indispensable, vu la production mise en offre gratuite sur le Web...

Objectif : n’aller vers la chambre que lorsque je dors déjà. C’est plus simple. Je me déshabille, me laisse tomber sur le lit, rabat sur moi les couvertures restées en place depuis le matin...

 

Demain sera un autre jour. Pareil à celui-ci.

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Bonjour...

    Pendant un an, j'ai tenu régulièrement ce blog, alors que j'accompagnais ma femme dans un combat perdu d'avance contre le crabe...

     

Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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