Quand un Homo se marie

Samedi 3 février 2007 6 03 /02 /Fév /2007 00:57

C’est la question que je me pose depuis 35 ans. C’est la question sur laquelle je reviendrai continuellement lorsque j’aurai fini de brosser l’historique de notre couple. N’ai-je fait que des malheureux ? Suis-je passé à côté de ma vie ? Ai-je vécu par procuration ? A-t-on le droit de vouloir vivre à tout prix ?

Lorsque, en détention, j’écrivis à mon père pour essayer de lui expliquer ce que nous vivions, la réponse fut tranchante :

  • Je croyais que tes bétises de jeunesse étaient du passé et que tu étais guéri. Si ce n’était pas le cas, tu n’aurais jamais dû te marier. Tu n’avais pas le droit d’entraîner une femme et trois enfants dans tes turpitudes... On peut se tromper de femme, pas de sexe !

Ma femme ne lui a jamais pardonné cette sentence qui niait notre droit –et surtout le sien- de choisir...

Mais à ce point du récit, je nage dans le bonheur comme dans un bain de quimauve...

 

 

Je ne pourrai pas comprendre, lorqu'un dimanche, une dispute m'opposerait à Monique. J'étais monté une nouvelle fois pour une visite éclair à Paris, et j'avais retrouvé le même bonheur. Pourtant un différent était né entre nous. Pourquoi, comment ? cette phrase, dite avec dureté, presque avec cruauté, a effacé les instants précédents :

 

- Mais qui te dit que je t'aime, que je t'ai jamais aimé ?

 

Et puis mes larmes. Les spasmes d'un sanglot que je ne parvenais pas à maîtriser, le ciel qui s'écroulait sur ma tête. Et le dégoût de l'image que je devinais offrir à cet instant. Et les tentatives d'explication, de dire mon immense bonheur, les espoirs qui en découlaient. Et brutalement l'attitude de Monique changeait du tout au tout. Sur le moment, je n'imaginais pas qu'elle ait voulu me mettre à l'épreuve, inquiète de son propre amour grandissant. Je me persuadais qu'elle ne changeait d'attitude que parce qu'elle avait pitié de moi, que les rêves que j'avouais lui donnaient envie de me pardonner. Elle ne me revenait pas par amour, elle regrettait simplement d'avoir été trop cruelle. Je ne voulais pas de la pitié, je m'arrachais de ses bras devenus implorants et je m'enfuyais...

 

Le désir d'autodestruction était revenu en moi. Comme les autres fois, machinalement, abruti de désespoir, je me dirigeais vers les lieux de drague. J'étais en uniforme. Pour passer inaperçu, j'allais au sauna, celui où j'avais rencontré Jean Yves. J'y passais tout l'après-midi, jusqu'à l'heure de rejoindre la gare.

Y avait-il moins de monde que d'habitude ? Étais-je différent des autres fois ? Je ne rencontrais aucun compagnon d'un moment. Aucun ne me plaisait. Je me laissais parfois caresser, sans parvenir à la tension que l'autre désirait. Je repartais comme j'étais venu. Je rejoignais la gare brisé, anéanti. Encore une fois je m’étais laisser emporter par des rêves romantiques d’adolescent, alors que je savais que le bonheur m’était interdit. Je ne pouvais pourtant accepter que tout soit fini. En allant prendre mon billet, je fouillais du regard la foule bigarrée des dimanches soirs, où l'uniforme dominait. Elle allait venir. Ce n'était pas possible qu'elle me laisse partir ainsi. J'avais eu tord de la quitter. Je ne pouvais pas m'être trompé à ce point sur ses sentiments.

Lorsque je la vis courir vers moi, j'oubliais tout. Je la serrais dans mes bras, toujours incapable de dire un mot. Je m'enivrais de ses "Je t'aime, je t'aime" qu'elle murmurait à mon oreille. Elle n'eut que le temps de m'accompagner jusqu'au train.

Par la fenêtre je regardais s'éloigner sa mince silhouette. Comme n'importe quel amoureux. Comme des dizaines et des dizaines d'autres bidasses.

 

Je savais désormais que je venais de découvrir un grand amour, qui sortait de l'ordinaire. Je ne voulais le perdre à aucun prix. C’était décidé, là était ma vie. De ce jour, je ne pensais, je n'imaginais, que par rapport à elle. Presque chaque jour je recevais une lettre, je lui en envoyais une, à moins que nous réussissions à nous téléphoner. Le plus souvent possible, je remontais sur Paris. J'étais heureux, heureux, comme il n'est pas permis de l'être...

 

Cet incident, pourtant, m'aida à regarder les choses en face. Je comprenais que je n'avais pas les attitudes et les réactions des autres hommes de ma génération. Je comprenais que parfois je devais être une énigme pour Monique. Elle m’avait raconté sa vie, difficile certes, mais oh combien fréquente ! Très jeune elle avait été la maîtresse d’un homme marié nettement plus âgé. Pendant des années il promettait tout, avant de retourner auprès de sa femme et de ses enfants. Au prix de grandes souffrances elle avait provoqué la rupture et s’était dès lors consacrée à sa seule passion, l’éducation des jeunes enfants. Refusant d’imaginer même une seule nouvelle rencontre, elle s’était bâti l’image rigide de jeune fille trop sérieuse que j’avais connue. Lors du stage de perfectionnement, lorsqu’elle avait violemment réagi à mon bras posé sur ses épaules, elle avait tout simplement eu peur des sentiments qu’elle voyait naître... Je n’avais pas le droit de lui faire le moindre mal.

Lorsque je me retrouvais seul à la caserne, pendant de longs jours, parfois de longues semaines, le doute naissait en moi. Sans même y réfléchir, il m’était arrivé de prendre le chemin des lieux de drague du coin. Sans conviction, sans intérêt, par simple automatisme. Mais je touchais là du doigt qu’il me serait impossible d’effacer d’un trait de plume ma nature profonde. Bien sûr, lorsque nous étions ensemble, rien d’autre n’existait. Mais ici, à la caserne, après qu’un adorable bidasse m’eut retourné les sangs dans les douches ou lors d’un exercice physique, je ne pouvais m’empêcher d’aller soulager cette tension que je ne pouvais laisser paraître à l’intérieur de l’institution...

Je doutais de moi. Je ne savais pas où j’allais. Je ne pouvais pas continuer comme ça, tête baissée ! Bien sûr je n'ignorais pas combien les jeunes couples sont fragiles. Rien ne disait que le nôtre tiendrait au delà de mon Service Militaire. Comment vivrions-nous une cohabitation plus permanente ? Alors, pourquoi dévoiler un secret qui risquerait d’être divulgué en cas de rupture ? Pourquoi faire du mal pour rien ?

Plus notre amour grandissait, plus je l'admirais, plus je la vénérais, et moins il était supportable que notre bonheur soit bâti sur des mensonges. Je lui avais dit que je n'avais jamais aimé une femme avant elle. Cette affirmation, trop commune, l'avait fait sourire. Elle ne pouvait pas comprendre. Chaque lettre, chaque nouvelle permission, augmentait notre complicité et soulignait la profondeur de notre entente. J’étais de plus en plus troublé. Un jour, alors que la quille approchait, le mot fatidique fut prononcé : mariage.

 

Il fallait que je lui dise la vérité. Je ne pouvais supporter l'idée qu'un jour, accidentellement, elle apprenne quelque chose. Qu'alors elle puisse me fuir comme un pestiféré. Non, elle devait le savoir par moi, avant que nous engagions nos vies définitivement. Elle avait le droit de choisir en connaissance de cause.

Mais lorsque je me retrouvais près d'elle, lorsqu'elle admirait mon aspect viril, j'étais incapable de dire quoi que ce soit sur mon passé. Je me jurais de parler avant de la présenter à mes parents. Mais elle me raccompagnait une dernière fois au train sans que j'aie pu prononcer les paroles fatidiques. De la caserne, j'essayais plusieurs fois de lui écrire cette vérité. Je ne trouvais pas les phrases justes. J'avais peur qu'elle reçoive cette révélation comme une annonce de rupture. Et puis, sous ma plume, c'était des mots de tendresse, d'amour, de passion, de désir qui coulaient. Je ne pouvais lui parler que de nous.

 

Pour Pentecôte, elle avait pu se libérer. A son tour elle prenait le train pour me rejoindre. J'allais au devant d’elle et la conduisais chez mes parents, où nous devions passer ces quelques jours de vacances. Elle fut accueillie comme un messie. Rien n'était trop beau pour celle qui avait su conquérir le cœur de ce célibataire endurci.

Elle fut très émue, et ne comprit pas très bien.

Le soir, je lui fis l’amour avec plus de passion et d’intensité encore que d’habitude. J’avais décidé de parler. Si tout devait se terminer là, je voulais garder un dernier beau et bon souvenir. Blottis enfin l’un contre l’autre, je soulevais le voile ou plutôt la lourde bâche qui recouvrait mon passé. Je ne lui racontais pas ma vie en détail. Je lui disais ce que je pensais qu'il fallait qu'elle sache pour prendre la décision de me quitter ou de m'accepter. Jusque là j’avais surtout aimé des hommes. Si possible plutôt jeunes. Aujourd’hui je l’aimais, je n’aimais qu’elle. Mais je ne pouvais pas dire de quoi demain serait fait. Une seule chose était sure et certaine : quoi qu’il arrive, je ne la quitterais jamais de mon fait. Mais je comprendrais qu’elle ne puisse accepter cette situation. Je voulais qu’elle soit libre de choisir. On pouvait ne pas se marier, se séparer si elle le souhaitait. Mais je l’aimerais toujours. J'essayais de présenter ces choses de la façon la moins laide possible. Sa réponse fut brève :

 

     

  • C'est toi que j'aime. je t’aime pour ce que tu es, et non pas pour ce que je voudrais que tu sois...

     

     

  • Ce que tu as vécu avant n'importe pas. Ce qui compte, c'est nous...

     

 

Combien de fois ai-je passé et repassé le déroulement de ces confidences dans ma tête depuis cette nuit où je croyais avoir fait preuve de courage et d'honnêteté ! Combien de fois me suis-je interrogé sur la valeur d'une telle révélation !

Au plus profond de moi, je croyais jeter les bases d'une relation saine, reposant sur la franchise et la sincérité, bannissant l'hypocrisie.

Et cependant, sous prétexte de rayer d'un trait de plume mon passé, n'était-ce pas la ruse la plus perverse qui me garantissait de l'avenir ? En demandant le non-jugement de mes actes passés, est-ce que je ne sollicitais pas l'absolution pour les écarts à venir ?

Pourtant, je ne réussis pas à trouver l'indice d'un quelconque calcul dans ma démarche d'alors. J'aimais Monique. Je n’avais pas choisi, pas décidé. Celà m’était tombé dessus. Elle avait su m’apporter ce que Jean Yves n’avait pas pu ou pas voulu m’offrir. Je croyais sincèrement mon vécu homosexuel définitivement enterré. Non, vraiment, je n'avais mis dans ma démarche aucune mauvaise foi.

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Mardi 23 janvier 2007 2 23 /01 /Jan /2007 23:52

En préambule, une affirmation catégorique : le moindre des mots écrit sur ce Blog sera irrémédiablement authentique. Que ce soit à mon avantage, ou le plus souvent, en ma défaveur. Ce n'est pas un roman, c’est ma vie toute crue que je veux livrer à d’éventuelles critiques.

Je commencerai par l’évênement qui a bouleversé ma vie. Brutal. Inattendu. Destructeur. Pour comprendre ce texte rédigé à chaud, dans les premiers jours de mon incarcération, je dois présenter le contexte. J’ai alors 35 ans, marié, 3 enfants. Socialement hyper actif, très militant, très engagé, apprécié de beaucoup de mes concitoyens. Un métier choisi comme un sacerdoce (éducateur de jeunes en difficultés). Une femme aimante, attentive, qui sait tout de moi et veille à m’accompagner sur le chemin que nous avons choisi. Nous n’en occultons pas les difficultés. Je suis heureux en ménage.

Cette façade a un revers : je suis homosexuel, depuis toujours. Je revendique le droit de vivre ma différence dans l’indifférence. Je veux tout, comme " les autres ". Un foyer, une femme brillante et aimante, des enfants parfaits, un métier social valorisant, des responsabilités sociales et politiques, et ... ma part d’ombre. Il est hors de question pour moi de remettre en cause un quelconque aspect de ma vie sociale. Alors les aventures se résument à de brèves rencontres dans les lieux de drague du coin, pissotières et forêts domaniales... De plus en plus brèves, de plus en plus sordides. Souffrance. Impasse. Je sens que je me perds, je ne veux pas penser, je ne veux pas voir...

" LA CHUTE "

 

- "Allez, montez." La voix est calme, presque douce. A y regarder de plus près, il y a même un soupçon de pitié dans le ton. Les flics seraient-ils ennuyés que l'affaire prenne de telles proportions ? J'avais cru comprendre, au début, qu'ils ne croyaient pas à l'incarcération. Et puis, comme ils l'ont dit eux-mêmes, c'est presque quelqu'un "de la maison" qu'ils conduisent derrière les barreaux. Ces messieurs de la brigade des mineurs ne doivent pas avoir tous les jours l'occasion d'arrêter et d'incarcérer un fonctionnaire du Ministère de la Justice, l'un de ces éducateurs avec qui ils travaillent tous les jours.

- "Montez !" Je glisse ma grande carcasse à l'arrière de la petite 204 administrative. La porte claque derrière moi. Pas de menottes. Je leur en sais gré ; bien sûr, par prudence, la sécurité enfant est mise, mais mes mains sont libres. Les trois policiers montent aux autres places. Quatre hommes vont faire un petit tour en voiture. Le petit mignon s'installe auprès de moi, toujours figé, sans un sourire, sans un regard, sans un mot. Je l'observe discrètement. Tiens, je n'avais pas remarqué que son profil était affadi par un léger double menton, disgracieux. Tout de même, ses traits fins et réguliers, ses sourcils bien dessinés, ses yeux sombres et sa peau mate en font un beau gosse. Son corps athlétique, moulé dans un pantalon de velours, galbé là où il faut, et dans un blouson de peau tout aussi avantageux, est celui d'un mignon minet que pas mal d'homos honoreraient avec joie. Si, comme je le pense, il joue le rôle du "lapin" lors des traquenards policiers anti-pédés, cela doit faire mal !

A l'avant, l'OPJ Divisionnaire s'est assis à côté du chauffeur, légèrement tourné vers moi. Les premiers mètres se font en silence. Mais très vite je parle. Pourquoi ? Je sais bien maintenant que peu de choses peuvent passer entre nous. Nous ne parlons pas le même langage. Mais mon orgueil, mon sempiternel besoin de convaincre, qui ont été pour une grande part dans ce qui m'arrive aujourd'hui, me poussent encore vers la confrontation verbale.

- Vous devez avoir le sentiment d'avoir bien fait votre travail. Je voudrais sincèrement le croire avec vous. Malheureusement je suis convaincu du contraire. Vous prétendez vouloir protéger les mineurs, et sous prétexte de défendre des jeunes, qui n'avaient rien demandé, contre des méchants, dont ils n'avaient pas peur, vous envoyez en l'air trois enfants, qui eux n'ont rien fait. Les miens. Et quand je dis envoyés en l'air, j'espère de tout cœur que ce ne sera pas au sens propre...

- Attention, vous semblez vouloir nous faire porter le chapeau de votre incarcération, nous n'y sommes pour rien. Nous ne sommes que des fonctionnaires. Nous nous contentons de réunir les renseignements et les informations. C'est eux qui prennent les décisions.

- Je fais la part des responsabilités à ce niveau. C'est vous qui signalez ou non un incident. Ce que je pense, c'est que vous n'acceptiez pas qu'un éducateur se compromette dans l'homosexualité, vous vouliez me coincer, et vous avez fait le nécessaire pour. En faisant parler les jeunes. En ramassant tous les mineurs repérés sur le lieu de drague et en leur montrant ma photo...

- Mais pas du tout. Mais pas du tout. Mettez-vous à notre place ! Quand vous entendez un jeune parler et dire ainsi...

- Non, non. Excusez-moi, mais je n'arrive pas à le croire. Maintenant c'est réglé pour moi, n'est-ce pas ? Je n'ai plus à chercher à me défendre. On discute. Je vous dis que je ne peux croire que le gamin s'est assis, comme ça, et a parlé, parlé. Je ne peux le croire !

... ... ...

... ... ...

Pendant quelques instants, un silence s'installe. La voiture quitte l'autoroute, et entre dans Fleury Mérogis. Je regarde le paysage familier défiler avec indifférence, fatalisme. Je poursuis :

- Ce qui me fait mal, c'est que si nous nous étions rencontrés autrement, dans le cadre professionnel, vous ignorant ce que j'étais, nous nous serions probablement bien entendus. Mais vous saviez, et dès le départ vous aviez un parti pris, une forme de racisme envers l'homosexualité. Il fallait me coincer.

- C'est faux, vous aviez ça en tête, et nos relations ont été faussées. Je vous assure que c'est faux. Je suis un baiseur, et si l'occasion se présentait, je vous affirme que je ne repousserais pas l'idée de baiser un mec ; avec une préférence pour les femmes, c'est sûr, mais je n'ai rien contre.

Le mignon, entre ses dents :

- Oui, mais avec des majeurs !

- Alors pourquoi faire cette guerre, cette chasse forcenée dans les pissotières ?

- Justement parce qu'on nous avait signalé la présence de mineurs ! Si c'était des majeurs que l'on voulait coincer, on ne traînerait pas à l'A., on passerait nos journées dans la forêt de S.! Là, on aurait de quoi faire, mais ça ne nous intéresse pas. Chacun prend son plaisir où il veut.

- Vous plaisantez ! Vous vous rendez compte du nombre de mineurs qui fréquentent ces endroits, par rapport au nombre de jeunes de la ville ? Ceux qui y viennent, savent ce qu'ils veulent et ce qu'ils font ! Et le nombre de mineurs par rapport au nombre d'habitués ? Allons, c'est ridicule !

 

La discussion cesse naturellement quand la voiture s'arrête devant la grille, qui s'efface aussitôt silencieusement. De nouveau quelques mètres, et nous stoppons devant l'accueil. Dans une sorte de kiosque panoramique, derrière un pupitre couvert de petites lumières et de boutons, quelques gardiens en blouses blanches parlent, rient, s'agitent. Vision futuriste qui pourrait être celle de l'entrée d'un hôpital, d'une morgue, d'un ministère, d'une banque centrale, comme celle d'une prison. Vision futuriste qui fait froid dans le dos.

... ... ...

Ce dialogue de sourd pendant le trajet. Comme toujours dans ce genre de discussion, qui nécessite vivacité d'esprit et répartie dont je suis dramatiquement dépourvu, je me suis senti désemparé, impuissant à démolir des arguments que je savais faux ou simplistes. Ce qui pour moi fait partie des évidences, de ma vie quotidienne, est le fondement même d'un mode de pensée et d'action, semble ignoré, nié, voire méprisé par mes interlocuteurs.

A la base, nos conceptions divergent, nous ne pouvons pas nous comprendre. Je n'arrive pas à cerner exactement où se situe le hiatus, d'où vient la cassure.

 

 

D'abord, cette satanée confusion entre homosexualité et pédérastie. On a réussi à me confondre avec les témoignages de deux mineurs, donc je cherche à violenter de jeunes et innocents enfants. Que ces rencontres soient fortuites, inhérentes aux conditions dans lesquelles se pratique la drague entre hommes, ne leur est pas venu à l'esprit. Que je sois attiré par des hommes jeunes, et non par des jeunes hommes, sans me complaire dans le maternage, dépasse leur entendement. Si j’avais eu une aventure avec une jeune fille de 16 ans, pas de problème ! Sa " majorité sexuelle " est à 15 ans. Elle sait donc ce qu’elle veut ! Mais un garçon du même âge ! Ah, non ! Il doit attendre sa majorité légale à 18 ans pour faire ce qu’il veut de son cul !

Mais dans l'immédiat, je pense surtout à la nature du délit qui m'est reproché. Les jeunes ne peuvent pas aimer. Ce sont de petits anges, qui n'ont le droit que de jouer au cerceau avec leur auréole ! Et le comble du comble dans l’horreur c'est ? Les "amours contre nature", bien sûr.

Comment, dans un contexte hyper virilisant, peut-on penser que c'est chose facile pour un adolescent de faire le pas, de faire le moindre geste vers un compagnon d'infortune ? Comment peut-on faire semblant de croire qu'un jeune traîne dans ces lieux "pervers" sans une difficile démarche où tour à tour l'on se déteste, l'on déteste les autres, où l'on se fuit, où l'on revient, où les "tant pis j'y vais" succèdent aux "c'est pas possible, pas moi !" ?

Comment ne pas comprendre qu'une intervention policière, véritable inquisition dans la vie du jeune, dramatisation brutale d'une situation par ailleurs très mal vécue, peut faire, à longue échéance, beaucoup plus de mal qu'une quelconque séance de touche-pipi ?

Comment ne pas comprendre que ce gars, surpris en train de draguer, obligé de dire comment il en est venu là, devant son père, présente son histoire sous le meilleur jour pour lui, en se plaçant naturellement en position de victime, en minimisant toute démarche volontaire de sa part, et en ne disant que ce qu'il veut bien dire, prêt à protéger le copain ou l'ami qu'il aime bien ? C'est naturel. C'est une démarche naturelle d'autodéfense et de survie.

... ... ...

... ... ...

La grosse clef ouvre ma cage. D'un air las et indifférent, un type en blouse bleue m'ordonne de le suivre pour la photo. C'est parti. Pendant quelques heures, je ne serai plus un type, mais un colis que l'on ballottera d'un coin à l'autre, de la photo au greffe, du greffe à la fouille, de la fouille à la douche, de la douche à la radio, de la radio à... Mon cerveau déconnecte. Je ne suis plus un homme, mais un numéro. 76269. Plus tard, lorsque la porte de ma cellule se refermera sur moi, je pourrai redevenir moi-même, et penser de nouveau.

 

Je pensais alors ne rester dans ces murs que quelques jours, au pire une ou deux semaines... Je suis sorti neuf mois plus tard, en liberté conditionnelle après une condamnation à deux ans dont un avec sursis.

C’était avant 1981, avant Mitterand. Avant. Les jeunes de 2007 pourront-ils comprendre ?

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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...

Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!

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Clin d'oeil !

 

Bonjour...

    Pendant un an, j'ai tenu régulièrement ce blog, alors que j'accompagnais ma femme dans un combat perdu d'avance contre le crabe...

     

Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
 
       
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Qui je suis

  • Boby
  • Les petites histoires de Boby
  • Homme
  • 29/04/1945
  • Provence Région Parisienne ARLES Gascon Fès au Maroc
  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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