Je me suis trompé. En réserve de lecture pour la traversée, j’ai glissé dans mon sac à dos un bouquin déjà lu. Acte manqué ? Il n’y a rien de fortuit, ns’pas ? Je ne voulais pas ouvrir l’ordi. Je ne voulais pas trop penser. J’ouvre l’ordi et je pense. Enfin, je crois que ça peut s’appeler ainsi. J’irai peut-être même jusqu’à écrire. Si j’ose appeler ces gribouillis ainsi.
Je feuilletais le livre en question. Un passage :
« Tous les peuples et toutes les doctrines ont produit, à certains moments de leur histoire, des comportements qui se sont avérés, avec l’évolution des mentalités, incompatibles avec la dignité humaine ; nulle part on ne les abolira d’un trait de plume, mais cela ne dispense pas de les dénoncer et d’œuvrer à leur disparition.
Tout ce qui concerne les droits fondamentaux – le droit de vivre en citoyen à part entière sur la terre de ses pères sans subir aucune persécution ni discrimination ; le droit de vivre, où qu’on se trouve, dans la dignité ; le droit de choisir librement sa vie, ses amours, ses croyances, dans le respect de la liberté d’autrui ; le droit d’accéder sans entraves au savoir, à la santé, à une vie décente et honorable –, tout cela, et la liste n’est pas limitative, ne peut être dénié à nos semblables sous prétexte de préserver une croyance, une pratique ancestrale ou une tradition. Dans ce domaine, il faut tendre vers l’universalité, et même, s’il le faut, vers l’uniformité, parce que l’humanité, tout en étant multiple, est d’abord une. »
Amin Maalouf
« Les identités meurtrières »
Je ne me risquerai pas à commenter la « manifestation pour tous ». Trop d’excellents confrères ont fait d’excellents papiers dans d’excellents blogs. Stop. Quand l’intolérance amène des combats, non pas pour défendre des droits, mais pour empêcher d’autres citoyens d’avoir les mêmes qu’eux, stop. STOP !
Au large !
J’ai trop souvent fait allusion à ma « désenvie » d’écrire. Sans donner plus d’explication. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas, notamment un exhibitionnisme exacerbé suivi d’une période euphorique, égoïste, partant, secrète.
Dans le cas présent, il y a aussi ma relation complexe et tortueuse avec mes lecteurs. Au départ, il y avait comme une ivresse à mettre sur la place publique des états d’âme et des confidences qui n’étaient lus par personne. Jubilation de l’impunité, probablement. Les lecteurs sont arrivés en même temps que mon drame familial montait en puissance. Je n’y ai pas lu d’intention perverse : ça me faisait du bien, je prenais. Sans ces lecteurs et leurs commentaires, je ne sais pas si j’aurais tenu dans l’accompagnement de ma femme. Je sais, accompagner un mourant n’a jamais été simple et ce sera toujours ainsi. Sauf que se greffait dessus la relation très particulière, assez exceptionnelle, entre mon épouse et moi. Je devais gérer ses choix de vie et de mort avec un maximum de sérénité. Mettant sous le boisseau, sinon sous l’étouffoir, ma phénoménale culpabilité. Elle me disait de vivre et d’être ENFIN heureux, j’entendais « Avoue qu’au fond de toi, ça t’arrange bien ! »
Combien de fois me suis-je interrogé sur son refus catégorique de certains traitements ? Refus absolu d’une nouvelle alopécie, refus de toute intervention chirurgicale, continuellement argumenté par un : « Je partirai entière dans la boîte ! », ou, en réalité, aveuglement amoureux qui lui avait mis en tête de me libérer de ma parole « Jamais je ne te quitterai », en partant la première ? La peur de souffrir ? Mais les derniers jours, lorsqu’elle s’est accrochée à la vie jusqu’à ce que je lui promette de continuer à vivre pour les enfants, elle a souffert l’indicible !
Car oui, je l’affirme haut et fort, la mort ne me faisait pas peur. Si elle avait accepté que nous partions ensemble dans l’accident de voiture que je proposais, je n’aurais pas hésité une seconde. Tout sauf cette culpabilité en étant le responsable d’une mort que je voyais à l’œuvre ! Elle n’a pas voulu. Elle disait avoir peur de l’accident manqué entraînant un handicap à vie. Le chêne que j’avais choisi dans un virage des Alpilles ne nous aurait pourtant fait aucun cadeau.
Oui, la mort ne m’a jamais fait peur, je ne suis pas croyant, bordel ! Une fois le grand saut passé, aussi douloureux qu’il puisse être, il ne reste que des cendres. Rien d’autre. La souffrance des autres au moment d’un décès m’indiffère. Non ! Non ! Pas par égoïsme ! C’est le contraire ! Continuer à survivre pour que les autres ne souffrent pas est un leurre ! Et une connerie. C’est avant que le travail doit être fait. Même si ce billet tire quelques larmes à l’un de mes enfants, ce seront des larmes en moins le moment venu. Ce n’est pas la mort de l’autre qui est douloureuse, c’est le fait de ne pas l’avoir pas vu venir, et/ou de n’être pas intervenu à temps. Plutôt de considérer que l’on imagine n’être pas intervenu à temps. Car rien n’arrête la Faucheuse le moment venu.
Je connais de mes ex-lecteurs, qui me diraient que si je n’avais pas survécu à Monique, je n’aurais pas connu cet immense bonheur d’aimer un
Chérubin d’exception – et semble-t-il d’être aimé par lui –. Foutaises. En fait, je n’ai fait que préparer le terrain pour faire souffrir une personne de plus. Chérubin aurait vécu sans me
connaître. Bien ou mal. Mais sans avoir de chagrins à cause de moi. Qu’il vive heureux avec un autre « Nounours » rencontré un jour ou l’autre, qu’il se marie lorsque sa situation
financière le lui permettra. Il est merveilleux avec les enfants. Ce sera un bon père. Il a une puissance virile qui lui permettra de satisfaire l’épouse la plus exigeante, qu’il ait ou non des
escapades par ailleurs. Alors ? C’est mon égoïsme actuel qui va inévitablement le faire souffrir. Je le connais. Il dira : « C’est ça ma vie. Si je suis très heureux un jour, c’est
que le lendemain je vais souffrir dix fois plus ! » Et il aura une crise de désespoir. Je prépare pourtant le terrain ! Il n’est pas un jour ensemble où je ne souligne notre
gigantesque différence d’âge. Il rit. « Tu n’es pas un vieux ! Ce n’est pas ça un vieux ! » Et moi ? Si je n’avais pas connu Chérubin ? Si j’étais parti avec Monique
en 2007 ? Vous croyez que mes cendres auraient été moins sucrées ? Ou plus ternes ? Ou plus acides ?
J’ai toujours dit : « Si je vis, je vis ! », « Tant que je vis, je vis ! », « A force d’avoir peur de mourir, on finit par ne plus vivre ! » Aujourd’hui, je satisfais mon égo. Rien de plus. Et je fais passer le temps, aveugle aux ravages que je vais susciter.
Revenons à mes lecteurs. Ceux qui lisent ne doivent pas s’affoler. Je voulais faire un papier sur ces lecteurs qui m’insupportent, mais, tant qu’à écrire, j’ai décidé de laisser ma plume glisser à son gré. Pour approcher une vérité. Ou pour tenter de combler un vide.
Je disais que les lecteurs étaient arrivés sur ce blog au fur et à mesure que la dramaturgie prenait de l’ampleur. Hasard ou voyeurisme ? Je n’en sais rien, et dans le fond, je m’en fous. Parallèlement, dans mon innocence de blogueur débutant, j’ai écrit quelques billets merdiques, qui voulaient s’interroger sincèrement sur des perversions plus fantasmées que réelles. Je mettais en titre des mots clés qui me poursuivent encore, malgré un nettoyage strict fait il y a quelques mois.
J’ai un caractère imbuvable, et j’ai souvent été plus que désagréable avec des lecteurs qui d’évidence n’avaient rien compris. Cela m’indifférait, étant toujours convaincu qu’il ne me restait que quelques semaines à vivre.
Je lasse. Très vite, le nombre de visiteurs a baissé. J’y étais indifférent. J’avais su dissuader les plus intrépides de tout dépôt de commentaire. Ronron en autarcie. Et puis, il est vrai, la formule « Carnets de Route » prête plus à regarder le livre d’images qu’à le commenter
C’est alors que je me suis rendu compte que c’était maintenant une large majorité des visiteurs qui arrivaient sur des requêtes Google insupportables. J’ai entrepris un grand nettoyage du blog et des mots clés. Il a fallu longtemps pour que cela fasse effet. Maintenant, ça va à peu près. Soulagement. Et constat que le blog est visité par une infime minorité de fidèles. Fidèles ? J’ai dit fidèles ? Une fois retirés de la vingtaine quotidienne les requêtes classiques et de peu d’intérêt, il reste quelques accros. Qui m’insupportent. Je n’ai jamais été très « stats », ne jetant le matin qu’un regard rapide sur les visites de la veille, curieux de repérer une requête, une adresse, une concordance qui m’interpelle, une visite de l’un de mes enfants. Mais depuis le grand nettoyage, les redondances me sautent à la gueule. Des visiteurs qui reviennent tous les jours, voire plusieurs fois par jour, alors que je reste des semaines sans écrire le moindre billet ! Ma première pensée est qu’ils n’ont pas un agrégateur quelconque, genre Netvibes, qui les préviendrait si j’intervenais sur mon blog. Mais surtout, c’est quoi ce regard silencieux, secret, malsain ? J’ai envie de tout envoyer balader ! Des exemples ?
Marseille. Ici. Quelqu'un qui peut-être me connaît ?
L'Aquitaine . Quelqu'un de la famille ?
Nîmes. C'est de ce lecteur dont je parlais il y a quelques temps. Je l'ai vu découvrir le blog, le lire quasi in extenso. Et si c'étaient mes "amis" ?
Toujours un illustre inconnu. Mais c'est en Picardie que j'ai débuté ma vie parisienne. J'y ai eu (et surtout j'y ai abandonné) de très bons amis. Un surtout, Thierry. Et si c'était lui ?...
Au large !! Pourquoi couper les cheveux en quatre et souffrir inutilement ? Au large !
Chérubin requière toute mon énergie, et c’est bien ainsi.
Obligée par ma santé, ce séjour en France est une parenthèse, que j’espère la plus courte possible.
