Moi qui me croyais plutôt doué en cuisine ! Là, je ne fais que d’ignobles salmigondis. Je suis un gâte-sauce : mes sentiments baignent dans un bouillon infâme. J’épice trop. Ou oublie d’épicer. Je suis en permanence sur le grill, et pourtant, je commence à sentir le rance.
Dans mon éternelle jeunesse, je me suis toujours amusé à faire le parallèle entre les plaisirs de la bouche et les plaisirs de la chair. Le biquet entraperçu « n’était pas dégueu », il était même « plutôt comestible », voire « consommable », quoiqu’il risquerait bien « d’être assez indigeste », vu son jeune âge. Cet autre me semblait « un peu trop fait », cet autre était plutôt connu pour avoir été dégusté « à toutes les sauces »…
Je m’étais même plu à en tirer une petite nouvelle « horrifique », ici…
Et maintenant, de poulet bien cuit en carottes baignant dans leur jus, je suis en train de patauger dans le plat. D’y sauter à pied joint, éclaboussant toute la tablée. Du succulent, je passe à l’immonde et l'immangeable. Je crois bien que je suis perdu.
Mon cœur ne résistera pas à ces dents de scie. Je le lui ai dit. Il me balade à grande vitesse sur des montagnes russes. Le palpitant ne va plus le supporter très longtemps. Et il ose rire, en se blottissant dans mes bras !
Hier au soir, repas de rêve. Pas imagé ! Vrai ! Je voulais varier les plaisirs lorsque j’ai acheté tout ce qu’il fallait pour une raclette, Halal, bien entendu. Lui a apporté sa touche : il a cuisiné de grosses crevettes dans une sauce très épicée… L’association était surprenante et délicieuse.
Au milieu du repas ont débarqué le copain Sa. (à qui j’avais pardonné… Bien
entendu), et le cousin K. Des friandises inaccessibles, là, sous mon nez… Le vrai repas a compensé l’orgie virtuelle impossible, et je me suis constaté de très bonne humeur…
Deux jours que je baigne dans les sucreries mielleuses. Dimanche, après une longue, intense et apaisante explication, j’ai déposé Zig chez ses parents afin d’avoir la tranquillité et le temps nécessaires pour recevoir dignement Ad. … J’ai un peu peur d’être trop gourmand et de me provoquer une satanée indigestion. Mais quand je peux vivre, il faut que je vive. Question de vie ou de mort. Je repousse l’une en surconsommant l’autre. Je crois. Le soir, je suis allé rechercher l’Homme, après avoir passé la soirée en famille, dans sa famille. Bonheur paisible.
Les deux jours précédents, j’étais au creux de la vague. Pire que ça. Je n’avais plus goût à rien. L’horreur, pour une fine-gueule, pour une fourchette incisive…
Je ne sais pas combien va durer l’accalmie. Ici le ciel est bleu. L’ai frais mais agréable. Je laisse la neige et les intempéries aux autres. Je profite du beau temps, je savoure les plats subtils qu’il me concocte. Je suis heureux. Jusqu’à la prochaine.



