Quand un Homo se marie

Mardi 6 février 2007 2 06 /02 /Fév /2007 00:25

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La venue de notre premier enfant allait nous rapprocher encore davantage par une profonde communion dans nos conceptions pédagogiques. Ensemble, nous refusions les schémas traditionnels du père et de la mère, je m'occupais de lui autant que Monique, parfois plus, mon travail me laissant plus de disponibilités dans la journée que le sien. Nous lisions tous les livres traitant de la petite enfance qui passaient à porté de nos mains, et j'étais ébloui par notre entente absolument parfaite dans le domaine éducatif. Lorsque l'un de nous s'écartait de la ligne de conduite choisie, par fatigue ou par inadvertance, l'autre lui redonnait courage ou lui ouvrait les yeux. Il n'y eut jamais le moindre désaccord.

 

Nous étions heureux. Pendant ces quelques années, notre amour, notre bonheur, n’aura pas été sans ombrage. En fait, rien n'était facile. Nos difficultés à formuler nos sentiments et nos états d'âme, sensibles dès le premier jour, compliquaient notre vie quotidienne. Des silences plus ou moins longs troublaient parfois nos relations.

Sur le plan sexuel, après l'euphorie des premiers mois, c’était parfois difficile. J'étais tellement fragile sur ce point. Je redoutais tellement un éventuel échec. La conviction d’être " un mauvais coup " était tellement ancrée dans mon esprit. J’ai le plus souvent préféré donner du plaisir plutôt que d’en recevoir. Je n’ai jamais accepté de laisser mon ou ma partenaire insatisfait. Avec Monique, cela m'était insupportable. Très tôt, j'avais remarqué que lorsque je prenais l'initiative, je peinais parfois à la conduire au plaisir. Or elle ne se refusait jamais. Si elle-même me sollicitait, nous vivions des instants prodigieux. J'évitais de prendre les devants, et peut-être attendait-elle parfois vainement de son côté. Nous échangions trop rarement sur ces difficultés, comme sur le reste de notre vie. Elle me disait le plaisir –et le besoin- pour une femme de se sentir désirée. Je lui disais mes doutes et l’effet aphrodisiaque lorsqu’elle venait au devant de moi. Elle aurait voulu que je parle pendant l’amour, que je commente l’acte. Je n’ai jamais été en mesure de dire un seul mot, quel que soit le ou la partenaire. Je n’ai pas été capable de répondre à son attente sur ce point.

Nous passions outre ces difficultés aussi acharné l’un que l’autre à réussir notre vie de couple. Lentement, avec ténacité, nous construisions notre bonheur, tel que l'exigeait notre conception de l’amour. Dans une ambiance paisible et digne, qui n'a jamais souffert une dispute, Fred s'épanouissait entre des parents attentionnés et admiratifs. Oui, nous étions heureux. Le lit était parfois bancal, mais il n’y avait pas un instant, pas une action dans notre vie quotidienne où la complicité n’était pas totale. L’accord parfait.

Lorsque je repense à cette époque, je suis encore bouleversé par le bonheur paisible qu'il m'a été donné de vivre. Là ont été écrites les plus belles pages de mon existence, et quoi qu'il arrive, rien ne pourra effacer ce souvenir et la reconnaissance que je porte à Monique pour m'avoir tant donné.

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J’écrivais ainsi, de façon très fleur bleue, ce texte destiné à être lu par ma femme... J’étais en détention, profondément perturbé par notre séparation et par mon éloignement de mes enfants. Par mon avocat, je lui faisais parvenir les feuillets au fur et à mesure de leur écriture. Je n’avais donc pas la possibilité de revenir dessus. Lorsque je le relis aujourd’hui, trente ans après, la mièvrerie de certains propos me font sourire, mais je sens mon visage s’enflammer au souvenir de ces instants de bonheur. C’était un sentiment réel et très profond. Pas une seconde je n’ai regretté mon choix de basculer dans le monde " normal "... Je sais que je n’aurais pas pu vivre autrement. Maintenant, là, malgré les difficultés que je relaterai si je parviens à terminer l’exercice " historique ", ma reconnaissance envers Monique est totale et irréversible pour m’avoir permis de vivre ces mois là.

 

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Dimanche 4 février 2007 7 04 /02 /Fév /2007 18:52

Aujourd'hui, on parle d'homoparentalité... Aujourd'hui ! Dans les années 70, qui aurait envisagé pour un homosexuel une paternité par adoption, par mère porteuse ou par insémination artificielle ? A propos de ces débats, que je considère bien entendu comme des progrès, je reste cependant profondément réservé. Bien sûr des enfants peuvent être parfaitement heureux et épanouis avec deux parents du même sexe. Bien sûr il est imbécile de préférer voir de jeunes êtres galérer d'institution en institution plutôt que de les savoir entourés d'amour par des couples, même si ceux-ci vivent de façon hors normes. Mais lorsque c'est possible, je reste convaincu qu'un père et une mère présents et ensemble restent le cadre le plus épanouissant. Même si c'est au prix de plus ou moins gros sacrifices. Je veux dire par là qu'il est peut-être un peu trop facile de ne pas supporter la moindre contrainte ou difficulté. Que certains jeunes couples recourent un peu trop vite à la séparation définitive alors qu'ils ont procréé... Mais je n'ai pas les compétences pour ouvrir et coordonnner une telle discussion. Au delà de ce débat, reste une évidence : en m'offrant son amour, Monique me redonnait l'espoir d'être un jour père. Et ceci n'avait pas de prix. Rien ne pouvait me faire peur, je ne doutais de rien dans une telle perspective.

 

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Dès lors, notre vie allait être celle de tous les amoureux du monde. Au fil des jours nous découvrions notre entente sur les sujets les plus divers. Notre bonheur semblait sans ombrage. Si l'on oublie les petits accrochages inévitables dans tout couple, aucune difficulté majeure ne venait ternir notre bonheur. Les semaines, bientôt les mois, s'écoulaient.

Je quittais l'armée, étais affecté à un nouveau poste dans un internat de la banlieue parisienne. Lorsque mon travail me laissait libre, je rejoignais Monique dans les activités du Mouvement. La plénitude de ma vie dépassait tout ce que j'avais pu imaginer. Si mon travail ne me donnait pas totalement satisfaction, mon amour, mon action au sein de ce Mouvement me comblaient.

Nous logions toujours dans le minuscule appartement que Monique louait à Paris. C'était un petit nid d'amour qui nous aurait suffi amplement. Mais le loyer était cher. Malgré mes efforts, mon administration refusait obstinément de fournir un logement de fonction à un couple non marié ! Nous dûmes avancer la date de notre union officielle. Ce ne fut qu'une simple formalité, une brève cérémonie ne réunissant que nos proches.

A part le déménagement, rien n'était changé. Ce que j'ai dit jusqu'à présent me conforte dans l'idée que notre mariage reposait, d'abord et avant tout, sur un amour réciproque qui, à ce moment là, n'acceptait aucun doute, ni aucune contestation. Mais au delà de ce qu'éprouvent deux êtres, d'autres mécanismes entrent en jeu. J'aime les enfants, plus que ma propre vie. Cette vie était un calvaire tant que j'ai cru, sincèrement, ne pouvoir jamais avoir les miens, parce que je ne pouvais pas aimer et être aimé d'une femme.

A la date choisie depuis longtemps, nous programmions notre premier enfant. Ce ne pouvait être qu'un garçon. Ce fut Fred. C'était NOTRE fils. Notre lien irrévocable, absolu. La nature nous avait fait un clin d'oeil complice en programmant sa naissance le jour de la Saint Valentin ! Et en lui donnant, dès le berceau, toutes les chances. Il était beau comme un petit ange, avec des yeux d'un bleu intense. Je ne voulais pas me laisser aveugler par mon orgueil de père. Mais tout le monde s'extasiait sur lui, trop même à mon goût. Aujourd'hui encore je ne connais personne qui reste totalement indifférent en sa présence.

 

Savoir pourquoi ce besoin de paternité était si violent en moi ? C'est une question que j'ai souvent posée aux psy. Je n'ai jamais ni reçu, ni trouvé la réponse. Je ne saurais ni analyser ni expliquer ce sentiment violent et ingérable. Peut-être puis-je l'illustrer par un souvenir que j'ai gardé au plus profond de moi jusqu'à présent. Fred est né le matin de bonne heure. La clinique m'a appelé à temps et j'ai pu participer à l'accouchement. J'ose dire participer, oui. Jamais je n’oublierai cet instant où le médecin accoucheur m’a présenté les ciseaux pour que je coupe moi-même le cordon.

Quand j'ai pu quitter la clinique, je suis rentré à la maison pour téléphoner la nouvelle à toute la famille. Mais, incapable de conduire, j'ai du me garer sur le bas-côté pour pleurer. Pendant plus d'une demi-heure, j'ai pleuré, hoqueté, bavé, mouché, incapable de me contrôler et de me calmer. Je me suis fait peur ce jour là. Souvent le souvenir de cette émotion violente est revenu. Je le ré enfouissais aussitôt au plus profond de moi-même.

 

Cette relation à mes enfants est la seule chose que je ne puisse pas partager avec Monique. Il y a elle, une relation unique, forte, vitale pour moi. Et il y a eux, ma chair, mon sang. Je ne sais pas comment dire, expliquer, illustrer. C'est vrai, ils comptent plus que tout. Allez, j'ose. Plus que Monique même. Après notre nuit passée chez mes parents, j'avais cru ne pas pouvoir être plus heureux. Et je découvrais la paternité. Je ne peux mieux que ce qui précède pour exprimer cette joie, où se confondent la fierté, l'orgueil, la tendresse, l'instinct animal, le désir de dévouement, de don de soi.

 

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  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
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      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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