Quand un Homo se marie

Mercredi 7 février 2007 3 07 /02 /Fév /2007 15:05

Où la boucle se referme sur le début de cette histoire...

 

... ... ...

Xavier allait naître à terme, mais dans des conditions plus que pénibles. Au lieu de pouvoir enfin respirer, pendant huit longs mois nous allions vivre un cauchemar avec un enfant malade qui pleurait jour et nuit. Nerveusement, psychiquement, nous étions à bout. Pour moi, cela se traduisait par une dégringolade dans l'enfer des aventures furtives. Comme pour toutes les drogues, il se produisait un phénomène d'accoutumance, et je devais augmenter la dose. Très vite, j'allais connaître tous les points de ralliement de cette paisible banlieue.

Je ne voudrais pas avoir l'air de chercher à me justifier, de chercher à nier mes responsabilités. La vie nous est imposée, plus que nous ne la maîtrisons, mais je reste convaincu que chacun garde une part de liberté, donc de responsabilité. Mais laquelle ? Qu'est-ce qui nous est imposé, que nous subissons, que nous choisissons avec indifférence ou discernement ? A ce stade, on aurait pu penser que tout était fini. J'aurais pu "prendre mes responsabilités", accepter l'idée que je ne pouvais que faire le malheur de Monique et des enfants. Partir avant qu'il ne soit trop tard.

 

 

Seulement, j'étais incapable de m'arracher à ce foyer où j'avais vécu mes plus belles heures, où vivait tout ce à quoi je croyais encore. Chaque fois que l'idée de partir effleurait mon esprit, mon être entier se révoltait. J'aimais Monique. Mes enfants étaient mes dieux. L'amour et l'amour paternel se dressaient comme des barrières insurmontables. Hors de ce petit monde qui se construisait autour de moi, sur lequel je m'appuyais comme une cathédrale sur les arcs-boutants, je n'étais plus rien.

Où serais-je allé ? Qu'aurais-je pu faire ? Encore une fois, je courbais le dos, je me laissais emporter par le courant de la vie, je me laissais ballotter d'un bord à l'autre, sans défense, sans réaction. Envahi par un fatalisme incontrôlable. J'essayais de croire que le temps travaillait pour nous. Que le sort ne continuerait pas éternellement à poser une lourde chape de plomb sur nos épaules. Que la vie atténuerait la large plaie qui endolorissait mon cœur. Au jour le jour, j'essayais d'éviter un nouveau drame qui eut irrévocablement tout brisé.

Par ailleurs, je sentais comme une évidence qu'il ne pouvait y avoir qu'une seule issue, une cassure brutale, une catastrophe. Cette fin ne pouvait être que ma propre mort. Et trop lâche pour la provoquer, je l'espérais comme une délivrance.

 

Ces pensées noires et morbides, que je ne pouvais et ne voulais pas faire partager à Monique, amplifiaient la cassure entre nous, mon repli sur moi-même. Parfois, elle me reprochait mon air triste, absent. Elle me demandait à quoi je pensais. "A rien..." Bien sûr. Tacitement, nous sentions notre couple en difficulté et nous laissions les choses en attente, concentrant toute notre énergie à réussir le bonheur des enfants. Il ne s'agissait pas d'indifférence et encore moins de mépris. Simplement, nous percevions où se situait notre contentieux, et nous le contournions prudemment. Monique ne me posait pas de question sur ce que je faisais hors de la maison. Elle savait. Je savais qu'elle savait. Mais à côté de ce trou, de ce silence, il y avait tellement de choses à faire, qui nous rapprochaient, qui nous réunissaient.

Deux fois j'essayais de formuler ce qui gâchait un bonheur par ailleurs si tranquille. Une fois, à la suite d'une discussion très exceptionnellement animée et tendue, je restais seul à la maison pendant qu'elle essayait de se retrouver elle-même en se promenant au dehors. J'écrivais une longue lettre que je lui laissais lire à son retour, pendant que, pour la première et la seule fois de notre vie, je découchais, allant me réfugier chez le parrain de mon fils. Une autre fois, je craquais nerveusement, et je lui confiais sans fard le point de déchéance auquel j'étais arrivé.

Deux fois, devant ma détresse et mon désespoir, en me sentant si près d'abandonner la lutte, elle m'entourait de ses bras et de son amour absolu, m'arrachant provisoirement à l'enfer de la solitude.

Mais sans le savoir, sans le vouloir, elle brisait en même temps toute velléité de réaction saine. Piège de l'amour où je me réfugiais avec mes fantasmes et mes obsessions comme dans un cocon douillet et sécurisant, pour me retrouver ensuite aussi nu, aussi désarmé. Au lieu d'affronter une bonne fois pour toutes la réalité. Ma réalité.

 

Notre vie continuait donc, sauvée par son amour. Mais aussi par notre amour pour nos enfants. Un amour fait de complicité, d'une communion totale et sans faille dans l'action quotidienne, matérielle et éducative. Nous ne vivions cependant pas côte à côte comme deux collaborateurs réunis par une même œuvre commune. L'intimité qui en découlait était aussi pure, aussi profonde, qu'après une nuit d'amour.

Le dimanche matin nous traînions, les garçons venaient nous rejoindre pour faire du trampoline sur le lit, pour jouer avec l'un ou avec l'autre, pour chercher des câlins et raconter mille histoires. J’étais alors habité d’un bonheur paisible. Monique, la tête posée sur mon épaule, son bras sur ma poitrine, me regardait faire "à cheval gendarme" avec Fred ou Xavier, et rien n'aurait pu égaler ces minutes douces, affectueuses, tendres.

Tous les quatre dans la salle de bain, pendant que l'un faisait un "câlin chaud", entourant dans un drap de bain bien chaud l'un de ces petits bonhommes, l'autre finissait de prendre sa douche avec le deuxième enfant. Une gaieté saine et franche alternait avec une paisible tranquillité, et je n'aurais cédé ma place pour rien au monde.

Rentrant tard du travail, je trouvais Monique qui m'attendait sur le canapé. Elle me disait d'aller embrasser Fred qui ne dormait pas encore. Quand je revenais après le câlin nous préparions ensemble le repas. Elle n'avait pas dîné, tenant à ne pas me laisser manger seul. Je me laissais envahir par un bien être rassurant qui chassait loin toutes mes craintes.

Face à quelque difficulté avec la maîtresse d'école de l'un de nos enfants, avec mes beaux-parents ou avec n'importe quelle autre personne, nous réagissions parfaitement à l'unisson, avec un accord sans faille, je restais bouleversé de voir combien nous étions faits pour vivre ensemble.

Les exemples d'une telle communion de pensée seraient trop nombreux à énumérer...

En fait, tout ou presque tout nous rapprochait. Au comble du bonheur de vivre avec une compagne aimée, je désespérais de ne pas parvenir à me sortir de l'ornière dangereuse dans laquelle je m'enfonçais inexorablement. Je courbais le dos dans l'attente d'un drame fatidique. Mais faisais mille projets sur un avenir plus optimiste. Ballotté entre le doute et l'espérance, je me laissais guider par la foi de ma femme en l'avenir, et malgré quelques hésitations, je cédais à son désir de mettre en route un nouvel enfant. Le troisième que nous avions toujours souhaité. Ce fut Karine. La consécration. L'espoir tout neuf. Le nouvel enthousiasme né d'une paternité épanouissante. Le haut de la vague. Tout redevenait possible.

Mon militantisme social et politique n’avait pas été altéré par mes fréquentes escapades. Au contraire. J’avais de plus en plus de responsabilités, j’étais connu et reconnu dans la ville. Je semblais avoir une soif inextinguible de reconnaissance. Le Mouvement, les parents d’élèves, la bataille pour les municipales, je voulais tout, je prenais tout d’assaut.

La dichotomie entre mes deux vies était de plus en plus flagrante et insupportable.

Elle m’a valu récemment d’être traité de Dr Jeckyl par la juge d’instruction et mon militantisme devient un élément à charge. Mais surtout, les censeurs ne peuvent pas me pardonner d'être à la fois un éducateur et un homme avec toutes ses faiblesses. Ils me punissent autant pour ces faiblesses que pour cette fonction que j'ai osé, à leurs yeux, usurper.

Progressivement, je prenais conscience de l’anomalie de cette situation. Mon choix de vie " normale ", dans le " monde hétéro " me coupait des autres homosexuels, et leurs combats que je découvre depuis que je suis ici étaient hors de ma portée. Progressivement mon cheminement intérieur m’amenait à me révolter contre cette obligation de vie cachée, souterraine et honteuse. Je revendiquais de plus en plus le droit de vivre ouvertement mes tendances sexuelles. Pourquoi un notable pourrait-il avoir une maîtresse –éventuellement mineure- au vu de tous, et à la limite en tirer gloire et fierté, alors que je devrais rencontrer en cachette, terrorisé par le qu’en-dira-t-on, le beau militaire qui m’aurait séduit ?

Je le reconnais, le niveau de réflexion politique n’était pas très relevé. Il tenait plus du " pourquoi pas moi " que de la libération homosexuelle. Mais j’évoluais de plus en plus dans cette réflexion et m’insurgeais de plus en plus ouvertement des injustices que nous subissions. Un jour sur un lieu de drague je fus témoin d’un contrôle musclé de la brigade des mineurs. Au lieu de fuir à leur arrivée comme tous les habitués présents, j’allais leur demander des explications. Ils me demandèrent si j’étais homosexuel. Je leur répondis que ça ne les regardait pas. Ils firent un contrôle pointilleux de mon identité et tombèrent sur ma carte professionnelle...

     

  • Et en plus vous êtes presque de la Maison ! ... Vous, on vous aura !

     

 

Effectivement, quelques mois plus tard j’étais convoqué par mon Directeur Départemental. Il avait été informé par les services de police. Il me demanda si j’avais quelque chose à me reprocher. Je lui répondis que je n’avais jamais rien fait qui soit contraire à MA conception de la morale. Il termina l’entretien en me disant :

     

  • Je vous conseille de partir le plus loin possible. Ils ne vous lâcheront pas. Demandez votre mutation pour une lointaine province !

     

 

Je refusais poliment, et rentrais chez moi. L’entretien m’avait tellement secoué que j’arrivais dans un état lamentable. Monique ne pouvait que s’en apercevoir. Elle me supplia de lui expliquer et je lui racontais tout. Elle me demanda si je voulais partir. Je m’insurgeais. Elle m’affirma qu’à tous les deux on s’en sortirait...

 

Je ne pouvais pas avoir traîné tous ces mois dans des lieux plus ou moins divers sans rencontrer beaucoup de monde et sans faire la connaissance des habitués. Bien sûr, parmi ces derniers, il y avait des jeunes, dont certains étaient mineurs. Comme toujours, comme partout. Avais-je attendu mes dix-huit ans pour chercher l'aventure ?

Ces jeunes, je ne les regardais pas uniquement avec l'œil de l'homo à l'affût. Je restais là aussi un éducateur, comme dans chacun de mes actes, même le plus bénin. Aussi, même lorsque je n'étais pas attiré physiquement par eux, je cherchais toujours à leur parler, à les connaître. Je n'avais pas oublié les silences et l'absence d'information qui m'avaient tant perturbé, adolescent. J'essayais de dire ce que j'aurais voulu entendre lorsque j'avais été seul, paumé dans une société adverse qui rejetait ce que je représentais.

 

En outre, comme d'autres, j'avais cédé à la tentation de couvrir une porte de toilettes publiques de mes graffitis. Cette attitude puérile, irresponsable, ne cadrait pas avec le reste de ma personnalité. A froid, je la trouve ridicule et misérable. Il n'y avait tout de même pas de quoi en faire un drame. C'est pourtant sur de tels faits que j'allais être arrêté, incarcéré. Comme un criminel, un assassin. J'étais coupable d'avoir cherché l'amour et le plaisir.

 

 

Le drame que je souhaitais de toute mon âme déchirée quelques mois plus tôt me tombait dessus quand l'espoir renaissait. Sous une forme imprévue, injuste, cruelle. Au lieu de me punir, moi, la rigueur de la sanction tombait sur les épaules fragiles de Monique et des enfants. Sous peine d'en mourir, il me fallait comprendre, réagir, reconstruire.

Cette longue réflexion était le débroussaillage nécessaire avant la mise en chantier de nouvelles fondations.

... ... ...

 

J’ai essayé de réduire au maximum ce long texte écrit pendant les premiers mois de ma détention. Je n’épargnais rien à ma femme. Ma propre vision des événements que nous avions vécu ensemble. Le récit narratif l’imposait, et je ne savais pas la destination finale de ce texte. Mais elle eut droit également au récit détaillé des périodes de drague, ne lui épargnant aucun détail cru et cruel pour elle. Je voulais qu’elle sache tout. Que le silence et les non dits qui avaient tant fragilisé notre couple ne soient plus que du passé. Pendant les parloirs elle m’encourageait à cette franchise, disant qu’elle serait d’autant plus à l’aise pour me défendre que je ne lui cacherais rien. Elle avait constitué un Comité de Soutien, faisait circuler des pétitions, contactait des personnalités, travaillait avec les syndicats. Cette mobilisation me faisait chaud au coeur, mais juridiquement ne fut pas  très efficace. J’en ai déjà parlé, je fus condamné à deux ans d’emprisonnement dont un avec sursis. Pour des graffitis sur des portes de WC et des relations consentantes avec des mineurs de plus de 15 ans. (Heureusement pour moi. L’un d’eux aurait été plus jeune de quelques mois, j’aurais été jugé aux assises !)

Je ne compte pas revenir sur ce long texte (plusieurs centaines de pages...) Je voudrais dire quelques mots sur comment nous avons pu reprendre une vie commune, avant d’essayer, enfin, de faire le bilan à ce jour. Si dur. Si triste.

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Mardi 6 février 2007 2 06 /02 /Fév /2007 20:07

Nous voici au noeud crucial que je n'ai pas su négocier. Rester fidèle ou non ? Je le dis clairement, la version ci-dessous est celle que j'ai envoyée à ma femme depuis ma cellule. Je pense encore avoir été alors courageux en abordant de face ces problèmes avec mon épouse. Mais ,beaucoup plus tard, en travaillant avec des psy, ceux-ci me parlaient de "justifications à postériori"... A chacun de se faire son opinion !

... ... ...

Ce bonheur arrogant ne m'avait pas fait oublier ce que j'avais vécu autrefois. Une vague évolution, encore imprécise, s'opérait en moi. Lors de nos promenades à deux ou seul, je repérais immédiatement l'endroit de la drague homo dans une nouvelle localité. Il m'arrivait d'aller y faire un tour, par jeu, par curiosité. Je ne m'en inquiétais pas, je ne me posais pas davantage de questions, puisque comblé, aimé et père, je ne désirais rien d'autre. Je ne parlais pas de ces visites à ma femme. Incapable de le formuler, je pressentais inconsciemment que je jouais avec le feu...

Nous avions parlé de la fidélité dans le couple. J'affirmais que je n'étais pas jaloux, qu'elle ne m'appartenait pas, qu'elle était maîtresse de son corps, qu'elle était libre, que je ne serais pas désespéré si les circonstances lui faisaient connaître une aventure, que je savais qu'elle m'aimait. Elle me regardait étonnée, affirmant ne pas éprouver les plus petites prémices de désir en dehors de nous. Intellectuellement, elle comprenait le raisonnement, mais le trouvait complètement hors de propos en ce qui nous concernait. Face à cette paisible assurance, comment lui dire que l'acte physique ne signifiait pas nécessairement trahison, et que j'aurais pu prendre un plaisir passager, ailleurs, alors que toute mon âme lui appartenait ? Il n'y avait pas de raison que nous poussions davantage une telle discussion qui, pour lors, restait toute théorique.

Passer dans ces lieux sans intention précise, sans l'attente poignante d'une aventure m'amusait, un peu comme si j'étais allé faire une partie de billard au café du coin. En plus rapide. Ça n'allait pas plus loin. Hélas, c'était déjà trop, et cette forme de jeu devait participer aussi au drame brutal qui allait survenir quelque temps plus tard.

Que recherchons-nous exactement lorsque nous allons sur un lieu de drague ? Eprouver notre pouvoir de séduction ? Faire monter notre taux d'adrénaline ? Faire la rencontre de nos rêves ? Un assouvissement brutal de nos pulsions animales ? Un pansement pour une âme torturée ? Quoi d'autre ? Pour ma part, je n'attendais rien. J'avais tout. Généralement je n'avais pas le temps, et cétait au pas de charge que j'inventoriais les possibilités, que je repérais les habitués, que j'étudiais quelques minutes les réactions que je provoquais. Je n'ai aucun mérite à n'avoir pas " consommé ". Je n'ai jamais rencontré un gars qui trouble tant soit peu ma sérénité. Comme je l'avais constaté " avant ", j'attirais surtout les quinquagénaires bedonnants qui pour le moins m'étaient indifférents. Un jeu s'institua sans que j'en prenne totalement conscience. J'allumais (je dois employer ce mot !) en stationnant plus que nécessaire aux urinoirs, puis, je n'avais de cesse avant davoir fait fuir tous les inconscients qui avaient tenté de m'approcher...

 

Il y avait une ombre dans le tableau si serein de notre couple. Les grossesses de ma femme étaient pénibles, affectant sa santé déjà fragile. Peut-être en raison d'une importante dépression survenue peu de temps après notre mariage, dont elle ne s'était jamais entièrement remise. Pendant qu'elle attendait Frédéric, nous avions souvent eu très peur, nous redoutions une naissance prématurée. Finalement tout s'était passé normalement, à la date prévue. J'avais participé à l'accouchement, il avait été pénible. Cependant, je m'étais convaincu que nos craintes pendant les neuf mois étaient injustifiées, étaient le produit de notre ignorance et de l'inquiétude chronique de Monique.

... ... ...

Monique approchait du sixième mois de cette seconde grossesse. Depuis peu, elle manifestait de plus en plus d'inquiétude, et le médecin avait décidé de la mettre au repos. Tout avait été bien jusque là, même mieux que lorsque nous attendions Fred. Aussi au fond de moi-même, je râlais contre ces contretemps, je croyais qu'elle se faisait du cinéma. Convaincu que je l'aidais en me montrant ferme, j'essayais de ne pas partager ses inquiétudes.

Ce lundi là, je devais monter à Paris pour un rendez-vous professionnel. Elle m'avait demandé de repousser ce petit voyage, de rester avec elle. J'avais refusé, affirmant qu'il n'y avait pas de raison. Le soir, j'avais terminé au Ministère vers six heures, à l'heure de pointe des retours sur la banlieue. Je redoutais les embouteillages. Je décidais d'attendre un peu. L'idée m'est venue d'en profiter pour faire un tour dans les lieux que je fréquentais assidûment quelques années plus tôt. Je n'y voyais aucun mal, et c'était la première fois que je faisais une telle escapade dans Paris.

J'entreprenais donc un véritable pèlerinage, m'amusant à constater les changements, les tasses disparues, les cloisons rajoutées, les taillis nettoyés. La lutte contre les pervers durait, et les services de police et de la voirie mettaient autant de génie à supprimer les points de rendez-vous que les homos à en créer d'autres... Je rentrais à la maison tranquillement, sans rien à me reprocher sinon d'avoir un peu traîné : il était tard.

 

Je trouvais Monique couchée, pâle, le visage décomposé. A mon interrogation muette, elle répondait avec hésitation :

 

- Je crois que je perds les eaux.

 

Lorsque je revenais précipitamment à la maison pour préparer ses affaires, après l'avoir laissée à la clinique, mes nerfs craquaient. La nourrice venue garder Fred, aussi bouleversée, essayait vainement de me redonner courage. L'accident arrivait à la limite du seuil de sécurité. Le bébé vivrait peut-être.

Je ne pouvais pas lui expliquer que tout était de ma faute. Que si j'étais resté comme Monique me l'avait demandé ou si je ne m'étais pas attardé à Paris, si j'étais revenu à temps pour m'occuper du petit et laisser ma femme se reposer, ce ne serait sans doute pas arrivé. Comment expliquer cette culpabilité qui me dévorait ? Par mon inconscience, j'avais détruit nos espoirs, notre bonheur.

 

Le bébé naissait deux jours plus tard. Il ressemblait de façon bouleversante à son frère. Il ne vécut qu'une demi-heure. Mon esprit ne peut effacer le souvenir de son petit corps bleui que le pédiatre essayait vainement de réanimer. C'est moi qui avais exigé l'arrêt de la réanimation. En prononçant cet arrêt de mort, je me condamnais. Je refusais de lui donner un nom, je voulais désespérément le rayer de nos souvenirs. Mais celui qui est resté "le bébé" est toujours présent entre nous.

Aujourd'hui encore, quatre ans et demi après, je ne peux résoudre cette contradiction. Je sais que j'ai eu raison de refuser le risque d'avoir un enfant gravement handicapé qui eut, non seulement ruiné ma vie, mais fait le malheur de tous, et surtout de son frère aîné. Je reste violemment convaincu que l'acharnement thérapeutique est criminel. Mais avant tout, c'était mon inconscience qui avait été criminelle. Et en faisant retirer le masque à oxygène, je donnais le coup de grâce. Je finissais mon oeuvre.

 

Monique vécut très mal ce drame. Cet enfant, nous le voulions tant, nous l'attendions, il faisait déjà partie de notre vie. Nous avions presque terminé sa chambre. Les meubles étaient arrivés depuis moins d'une semaine. Ce petit être qu'elle n'a jamais vu, mais qu'elle a senti palpiter plusieurs semaines dans son sein, a laissé une trace indélébile.

Ai-je eu raison de lui refuser un prénom, une vraie sépulture ? Aurions-nous pu prendre des forces en vivant pleinement notre deuil et en venant nous recueillir sur sa petite tombe ? Ah si, après le drame, j'avais réagi sainement, pris le taureau par les cornes, et fait partager à Monique mon lourd fardeau ! Je suis certain que tout aurait été changé, que nous aurions su faire face. Mais je la voyais tellement affectée par cette perte que je n'eus jamais le courage de lui dire ce qui s'était brisé en moi. Cette faille entre nous, loin de se combler, allait devenir de plus en plus profonde.

Ce drame cruel était tombé par surprise sur nous. Nous avions cru notre foyer et notre bonheur inattaquables. Les soubresauts du chagrin nous laissaient désemparés. Encore une fois, je n'étais pas capable de prendre mes distances face à l'événement, et je ne savais comment réagir.

L'un et l'autre choqués pour des raisons différentes, nous nous débattions contre notre désespoir, nous ne parvenions pas à nous soutenir mutuellement, et finalement, nous choisissions la plus mauvaise solution. Pour essayer de tout effacer, pour repartir d'un pied neuf, nous fîmes un autre enfant.

 

Les grossesses étaient trop rapprochées. Il y avait de très gros risques. Le médecin dût décider un cerclage du col au troisième mois, et Monique restait alitée jusqu'à l'accouchement. Bien sûr, nous avions tellement peur que toute idée de rapport sexuel était exclue. Six mois, c'est long. Monique ne pouvait faire aucun effort, et l'ensemble des charges du ménage m'incombaient. Heureusement, mon travail me laissait beaucoup de temps libre. Je rentrais aussitôt à la maison pour m'occuper du ménage, de la cuisine, de Fred, de Monique. J'étais la nounou, la femme de ménage, le garde-malade. Il n'y avait plus guère de place pour le mari.

En mon absence, la nourrice de Frédéric venait s'occuper de tout. Mais je ne pouvais pas abuser de sa bonté. Je me dévouais corps et âme à notre foyer. J'acceptais volontiers ces contraintes qui étaient la juste punition de mon crime. C'était me leurrer sur les possibilités de ma force de caractère. Je m'épuisais physiquement. Je souffrais de plus en plus moralement. Au bout de quelque temps je manquais d'air et j'éprouvais violemment le besoin de me sortir de cette ambiance dramatique.

Je me mis à jongler avec les horaires. J'essayais d'arracher à cette ronde infernale quelques quarts d'heures pendant lesquels j'allais traîner un peu. N'importe où. Je ne cherchais qu'un divertissement à l'inquiétude qui devenait insoutenable.

Le démon noir de la drague était de retour.

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Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...

Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!

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Clin d'oeil !

 

Bonjour...

    Pendant un an, j'ai tenu régulièrement ce blog, alors que j'accompagnais ma femme dans un combat perdu d'avance contre le crabe...

     

Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
 
       
 En tête de colonne, vous trouverez le sommaire des archives.

 

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Qui je suis

  • Boby
  • Les petites histoires de Boby
  • Homme
  • 29/04/1945
  • Provence Région Parisienne ARLES Gascon Fès au Maroc
  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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