Et maintenant ?

Mercredi 14 mars 2007 3 14 /03 /Mars /2007 23:42

Réveillé. Il fait encore sombre dans la chambre. L’esprit est brumeux. Je ne sais pas si j’ai encore sommeil. Je me tourne péniblement pour apercevoir le cadran du réveil. Tout est flou sans lunettes. Je dois plisser les yeux pour deviner les chiffres. Six heures. C’est vraiment très tôt. Je ne vais quand même pas me lever tout de suite ! J’ai horreur de traînailler au lit, mais quand même ! Je me tourne de nouveau vers elle. J’écoute sa respiration régulière et paisible. Elle dort bien. Je me cale, essaye de trouver une bonne position, de me détendre au maximum en appelant le sommeil. D’habitude ça marche. Je dors assez facilement à ma demande... Aujourd’hui... Solitude.

Un petit coup d’œil au radio réveil. Six heures et demi. J’ai un peu sommeillé. Mais c’est encore trop tôt. Je voudrais dormir encore une petite heure. Je ne me sens plus fatigué, mais la journée sera bien assez longue. Je recommence à vider mon cerveau. L’absence enfin. Encore un coup d’œil. Sept heures moins le quart. La colère commence à monter... Vider mon cerveau... Parti... Un coup d’œil sur le juge. Même pas moins dix ! Là c’en est trop ! Je me lève le plus doucement possible, replace les draps et les couvertures. Pourquoi ? Je sais bien par expérience que là, elle dort comme une masse. Je veux être seul un moment... Solitude ?

Tout de suite dans le bureau, je réactive l’ordi mis en veille. La petite cérémonie du matin. Je souris en pensant que je verse dans les habitudes de vieux garçon. Je souris, mais jaune. Un coup d’œil sur la messagerie. Des spams à nettoyer, les pubs habituelles de la SNCF, du téléphone, du mobile. Rien de personnel. Pourquoi quelqu’un m’écrirait-il ? Solitude. La consultation de ma-petite-boîte-perso-jardin-secret ne donne pas plus de résultat. Pas d’avertissement de commentaire sur le blog, pas de message des foromeurs BBM. Les quelques-uns uns qui avaient soulevé un sourcil par curiosité lors de mes premiers messages m’ont déjà oublié. Normal, ça roule... Justement, jetons un petit œil sur les dialogues du forum depuis hier. Tiens, j’ai l’impression qu’il y a moins de pages remplies que d’habitude. Ces gens sont dans la vie active, ils doivent avoir d’autres chats à fouetter... J’ai quand même à lire un lot de messages remplis alternativement de traits d’esprits percutants et de mamours bêtifiants... J’aime bien. Ça me distrait et même parfois me fait sourire. Mais je serais bien incapable de m’immiscer dans un tel dialogue. Je n’ai rien d’intéressant à dire. Solitude.

Il est encore un peu tôt pour préparer le petit déjeuner. Par défaut, pour ne pas penser, je visionne l’épisode de " Plus Belle la Vie " que je continue à enregistrer sans trop savoir pourquoi. Au début, je voulais des matériaux pour analyser le montage d’un téléfilm et apprendre à mon tour à manipuler les outils vidéo. Je me suis pris au jeu du feuilleton... Il y a maintenant belle lurette que je me suis lassé des intrigues abracadabrantesques et du jeu stéréotypé de ces malheureux acteurs. Mais j’ai maintenu le programme d’enregistrement. J’archive les épisodes sur des DVD en attendant le jour où j’aurai le courage et le temps de monter un film parodique. Et de temps en temps, pour masquer mon désœuvrement, je visionne un ou plusieurs épisodes. Comme ce matin. Solitude.

Il est bientôt huit heures. Je vais pouvoir préparer le p’tit déj sans craindre de faire du bruit. Je sais bien qu’elle ne bougera pas avant que tout soit prêt, et même je devrai peut-être attendre une demi-heure ou une heure, le café au chaud, avant qu’elle ne bouge... Mais je veux lui protéger un repos paisible. Peut-être est-elle en train de rêver, et elle aime pouvoir laisser aller ses rêves jusqu’au bout... Moi, je ne me souviens jamais de mes rêves... Solitude.

Le déjeuner est presque prêt. La chienne arrive, heureuse, sa corde jouet dans la gueule, battant de la queue. Ma femme doit bouger. La chienne ne quitte jamais la chambre tant que mon épouse ne bouge pas. En effet. J’entends les volets claquer, je l’aperçois en train d’enfiler sa robe de chambre. Le couvert est mis, le pain dégelé, le café est presque passé. Je n’aurai pas à attendre aujourd’hui. Monique arrive et vient se blottir dans mes bras. Petit câlin du matin, là, debout au milieu de la cuisine. Je dois absolument être disponible lorsqu’elle se lève. Cette petite cérémonie est indispensable à sa bonne humeur matinale... Solitude ?

Le temps est absolument magnifique, comme d’habitude. Le soleil a envahi la pièce, malgré les stores vénitiens que j’ai un peu baissés pour protéger les plantes. Ses plantes. Elle corrige leur ouverture avant de s’asseoir pour que nous puissions profiter du paysage en déjeunant. Accroché au balcon, une petite maison à oiseaux que j’ai fabriquée, protégée par un parapluie transparent... Elle a réapprovisionné la mangeoire. Les oiseaux se bousculent pour se disputer la pitance... Des moineaux, un rouge gorge, des chardonnerets. Ce sont les plus beaux et mes préférés. Un couple de tourterelles vient par moments faire un carnage... Mais les oisillons ne se laissent pas faire. Tiens, un tout petit moineau joue du bec et de piaillements pour chasser tous ses congénères. Il se croit chez lui ma parole   Monique et moi nous regardons et sourions. Notre petit spectacle du matin. En silence. Solitude ?

Au-delà du balcon, le grand champ de la voisine à l’abandon. Terrain de jeu d’une bonne quinzaine de pies, de trois ou quatre gros matous, parfois de un ou deux petits chiens entrés on ne sait par où. Pendant un temps, nous avons eu droit à trois magnifiques chevaux camarguais qui venaient sous le balcon pour que nous leur jetions des carottes. Ils ne sont plus là. Un peu plus loin, on aperçoit des joggeurs du matin sur les bords du canal. Puis le flot incessant des véhicules de la voie rapide. Assez souvent nous avons droit à un énorme bateau qui a l’air de voguer, là, juste après le canal, juché sur un énorme camion. Et à l’horizon les Monts Opiès qui vivent et changent de couleur avec le lever du soleil. Monique ne se lasse pas de regarder le paysage en silence. Mon regard va de son visage rêveur à ce même paysage. En silence. Solitude ? Solitude à deux.

Publié dans : Et maintenant ?
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 11 mars 2007 7 11 /03 /Mars /2007 15:09

En repensant à ce que j’avais écrit hier, une foule d’images et d’idées contradictoires m’ont assailli... Pas si simple de parler du sentiment amoureux. Ou de l’amour en général. Ou plus simplement des sentiments, quels qu’ils soient. Ou encore plus simplement du ressenti face à une situation, à une personne. Mon nombrilisme m’entraîne à tout ramener à moi. Alors qu’un sentiment n’a de sens que s’il est partagé. Ou plus exactement n’a de sens que dans le cadre d’un échange. Que signifie un sentiment amoureux envers une personne qui ne vous connaît pas ? Tout au plus est-ce l’expression d’une frustration, d’un besoin d’aimer et d’être aimé qui s’enferme et se replie sur lui-même. C’est pour cette raison sans doute que les groupies d’une quelconque célébrité n’ont de cesse d’être vues et remarquées par l’objet de leur passion... Que signifierait une haine radicale envers une personne qui ignorerait votre existence même ? C’est sans aucun doute pourquoi les individus emprisonnés dans de tels sentiments n’ont de cesse de faire du mal, de plus en plus de mal, pour être vus et remarqués par leurs victimes. Pour exister. C’est vers l’analyse de ces liaisons (au sens organigramme) que je devrais orienter ma réflexion.

J’y ai déjà fait allusion, ma mère fut atteinte jeune de la maladie d’Alzheimer. Je n’avais jusqu’alors jamais entendu ce nom. Je vivais depuis peu avec Monique, et ce furent les courriers de ma mère qui m’alertèrent. Elle qui était fière de ne jamais faire de fautes de d’orthographe ou de français, commença par faire des erreurs d’accord, puis des fautes grossières... Trois ou quatre mois plus tard elle commençait à écrire phonétiquement. J’appelais mon père qui était très inquiet lui aussi. Je les fis monter à Paris et le diagnostic du Professeur fut sans appel. A l’époque, aucun traitement n’existait. Quelques mois plus tard mon père dut la faire hospitaliser : il n’osait plus la laisser seule pour partir travailler.

Pendant plusieurs années je suis descendu le plus souvent possible au pays. Chaque jour j’allais à l’hôpital pour relayer un peu ma sœur qui le reste du temps faisait le voyage quotidiennement. Je vis la dégradation progressive de Maman. Lorsque je revenais, Monique devait prendre en charge des crises de désespoir de plus en plus violentes. Vint le moment où ma mère ne me reconnut pas. Sa dégradation physique et mentale était insupportable. Lorsque je rentrais de l’hôpital, Monique fut impuissante à me consoler. Je pleurais toute la nuit dans ses bras. Me laissant reconstruire par ses caresses et ses câlins. Au petit matin ma décision était prise. Je ne rendrais plus jamais visite à ma mère. Pour moi elle était morte. J’avais commencé le deuil cette nuit là. Lorsque, quelques années plus tard elle disparut effectivement, je ne versais pas une seule larme. C’était une étrangère que j’accompagnais en terre.

Ce que je viens de dire peut choquer. C’est en lien direct avec le sujet de cette réflexion. Dès l’instant où il n’y a plus une personne réactive en face de nous, je pense qu’aucun sentiment n’est réellement possible. Ni amour, ni haine. On ne peut pas avoir de sentiment pour un légume... Je ne serai jamais un légume. J’espère encore pouvoir m’arrêter avant.

La sentence de mon père condamnant mon mariage et ma paternité nous restait en travers de la gorge, autant à ma femme qu’à moi. Après les événements nous fûmes deux ans sans redescendre chez moi. Je ne pus tenir davantage. Il n’y avait pas que mon père au pays. Oncles, tantes, cousins et petits cousins me manquaient. Nous avons une relation très tribale, nous retrouvant à vingt ou vingt cinq à la moindre occasion. Nous sommes descendus aux vacances de la troisième année comme si de rien n’était. Mon père nous reçut comme si de rien n’était. Le reste de la famille ne fit aucune allusion à cette absence prolongée. Seul un oncle, celui que enfants, nous considérions tous comme le plus sévère sut m’accueillir avec les mots simples et affectueux qui montraient qu’il savait, qu’il n’avait pas à juger, et qu’il m’aimait toujours.

Mon père quant à lui ne fit jamais aucune allusion à ces quelques mois douloureux que nous avions traversés. Il adorait Monique et les enfants. Monique d’un côté, mes trois enfants de l’autre trônaient en photos, en bonne place dans le fatras de cadres sur sa télévision. Bien sûr il n’y avait aucune photo de moi. Il n’y en a jamais eu à la maison ailleurs que dans les armoires. J’en ai récupéré quelques-unes unes. Elles ne sont pas du tout fanées...

Pendant toutes ces années où nous sommes descendus régulièrement " pour qu’il puisse profiter des enfants ", je n’ai jamais eu de grand conflit avec lui. Si je n’avais pas existé je n’aurais pas vu la différence... Si j’ose dire. Deux fois seulement je réagis assez violemment à ses propos, mais je butais contre un mur de silence. Devant la télévision. Un soir Charles Trenet était invité pour un hommage. Mon père entre ses dents crachait toute son homophobie. " S’il te plait, Papa, au moins pas devant moi, pas devant nous ! "... J’étais excédé et prêt à mordre. Mur de silence. Une autre fois, ce furent " les juifs qui prenaient tous les postes clés à la télévision "... Son antisémitisme était viscéral. Contraire à tout ce qu’il était par ailleurs, militant de gauche et des droits de l’homme. Irraisonné. Je fis une grosse colère, lui rappelant mes luttes contre le racisme et le droit à la différence, et mes amis très proches qui avaient des origines juives... Mur de silence.

Lorsqu’ainsi toute communication est coupée, comment pourrait-il exister le moindre sentiment ? Je me suis souvent posé la question. Je n’ai pas trouvé de vraie réponse. J’ai eu l’occasion d’être le témoin de relations conflictuelles entre parents et enfants. Comme d’ailleurs entre deux personnes quelconques. Les vacheries fusent, de part et d’autre. Eventuellement les coups bas pleuvent, de façon plus ou moins sournoise... Même si c’est dans le conflit, il y a une relation minimale. Mais là... Pas d’amour. Pas de haine non plus. Je n’en ai jamais éprouvé envers lui. Peut-être aurait-il fallu ? J’ai été présent à ses côtés autant que possible. Je l’ai accompagné dans ses dernières semaines de maladie. Bien que le cadet, c’est moi qui ai fermé ses yeux, fait la toilette mortuaire, et ai fait procéder à la mise en bière. Mon frère et ma sœur étaient trop bouleversés pour pouvoir m’être d’un quelconque secours. Je n’ai pas pleuré.

Finalement, ces quelques réflexions supplémentaires ne m’apportent pas grand chose. Si, sans doute une introspection à bon compte, qui vaut largement quelques séances d’analyse. Mais quid du sentiment amoureux ? Je sais reconnaître le désir physique. Le cœur qui s’emballe, la tension artérielle qui monte, le feu aux joues, les gestes fébriles, les mots qui s’enfuient, qui disparaissent. Le comportement devenu irrationnel, les bourdes les plus ridicules qui se bousculent au portillon... Mais le sentiment qui transcende, qui élève au-dessus de la mêlée et de soi-même. Le besoin irrépressible de don de soi. L’abnégation non formulée, non consciente. Le besoin absolu, non négociable de fusionner en un seul lingot avec l’être aimé... Qui pourra me dire un jour si j’ai déjà été capable de vivre, si je suis capable de vivre une telle intensité ? L’amour ne devrait pas laisser la moindre place au doute.

Publié dans : Et maintenant ?
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Retour à l'accueil

Vous ne savez plus où vous en êtes de votre ballade...

Pour un retour en 1ère page de l'accueil,

Cliquez sur la bannière ou bien

ICI   

 

Je continue à être surpris, lorsqu'un visiteur aborde ce blog par le petit bout de la lorgnette, sans se rendre compte, le moins du monde que je vis maintenant la plupart du temps au MAROC, à FES...

Alors que parfois il semble proche, tout proche... ICI ! Je vis ici !!

1011170025m

Clin d'oeil !

 

Bonjour...

    Pendant un an, j'ai tenu régulièrement ce blog, alors que j'accompagnais ma femme dans un combat perdu d'avance contre le crabe...

     

Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
 
       
 En tête de colonne, vous trouverez le sommaire des archives.

 

Visiteur

tumblr hit counter

Depuis le début :  24020 

En ligne : Selon OB :  6 

Qui je suis

  • Boby
  • Les petites histoires de Boby
  • Homme
  • 29/04/1945
  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés