Jeudi 29 novembre 2007 4 29 /11 /Nov /2007 19:52

(Début...)

anti_bug_fJe ne sais rien de lui. Ou si peu. Nous n’avons jamais vraiment parlé. Jamais échangé. Un mur immense entre nous. Jusqu’à un âge bien avancé, j’ai toujours eu peur de lui. Toujours sur la défensive. Jamais un abandon. Jamais un câlin. Pour ainsi dire jamais un baiser. On ne se serrait même pas la main, comme cela se pratique dans certaines familles. Rien. Contact = danger. Pour lui, ou pour moi ?

 

Le peu que je sais, c’est ce que ma mère a pu m’en dire, comme ça, occasionnellement, au détour d’une conversation.

Il était le fils unique d’une Papa007.jpg petite famille d’artisan, dans le Quercy profond, au fin fond d’une campagne sauvage mais plutôt riche. Entre Cahors et Moissac. Le paradis des fruits et du chasselas... Fils unique veut dire enfant gâté. Il semble que ce fut le cas. Il avait tout ce qu’il voulait. Ses parents cédaient au moindre de ses caprices. En 1926 il eut un des premiers cabriolets de la région. A 17 ans. Bon, d’accord, ma mère me racontait qu’il fallait le démarrer en courant à côté pour le lancer, et qu’il n’avait pas de marche arrière... Mais il en jetait grave, dans le patelin...


Papa004.jpg


Il avait un physique plutôt avantageux. Lui... Alors, à part le foot (où semble-t-il, il excellait), il consacrait son temps aux dames... Il n’allait quand même pas perdre son temps à l’école ou dans l’atelier de menuisier ébéniste de son père ! Quand, enfin adulte et posé, il s’engagea dans les luttes syndicales, c’est ma mère qui lui apprit à rédiger correctement. Jusque là son écrit était simplement phonétique. Ça, il me l’a avoué un jour. Pour me convaincre de ne pas perdre mon temps à l’école.


Il vouvoyait ses parents, mais leur menait la vie dure... (" Mère, vous me faites chier ! ... ", que je cite dans un vieil article...). Son père, n’en pouvant plus, l’envoya finir son apprentissage chez un oncle, menuisier à Toulouse... Je ne sais rien de cette période.

 
Papa006.jpg


Je ne peux pas dire grand chose de plus. Désolé pour mes enfants, pas grand chose à se mettre sous la dent dans la culture familiale paternelle... Mais si, quand même. Tous ceux qui l’ont connu l’ont aimé. Intensément. Pour toujours. Ma marraine, sa cousine, en parlait comme d’un Dieu. Ses autres cousins sont restés fortement attachés, alors qu’il ne les voyait presque plus. J’ai rencontré de ses amis, qui toujours, m’en ont parlé avec tendresse. Hors du champ familial, il était adorable. Ça se confirmera toujours. Bougon à la maison, charmeur à l’extérieur.

 

Papa002.jpg Un frère de ma mère, ébéniste, échoua dans cette famille au cours de son Tour de France de Compagnon. Il rencontra une amie de mon père. Contrairement à ce qui était initialement prévu, au mariage mon père eut la sœur du marié pour cavalière. Les 250 kilomètres qui séparent les deux villages n’étaient pas propices à de longues fréquentations. Peu de temps après, le mariage de mes parents était célébré. Dans la ville de la mariée, selon la tradition. Mon père fut totalement séduit par les Landes et la côte Aquitaine. Il abandonna son Quercy natal pour s’installer définitivement sur la côte landaise, dans cette petite ville proche d’Arcachon. Jusqu’à sa mort.

 

Devenu chef de famille, et sous l’impulsion de ma mère, il se devait de devenir un homme sérieux... La menuiserie ne le tentait pas. Mais il ne manquait pas d’esprit d’entreprise. Il était certain que le petit village du bord de mer avait un avenir touristique. Les milliers d’estivants qui envahissent nos côtes aujourd’hui lui donnent raison, mais...
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Il fit construire un petit salon de thé en bois, sur la dune, vue imprenable sur l’océan. Coquet. Bien pensé. Un labo photo permettait à une de mes tantes de se lancer dans l’aventure de la photographie. Mais... Violente tempête comme l’océan nous en réserve parfois. Quelques planches, deux chaises de bar, une table en rotin, un peu de vaisselle... C’est tout ce qu’ils ont retrouvé au petit matin.

 

Papa003.jpg Ils devaient être plus modestes. Le couple est devenu gérant d’une " Coop ", ces magasins d’alimentation de la région Aquitaine. Je ne sais pas exactement combien de temps. Mon frère et ma sœur sont nés dans l’intervalle. La guerre a limité les ambitions. Quand les Allemands ont occupé toute la côte, mon père envoya ses enfants à l’abri dans son village natal.

Je ne sais rien de la période. Ni mon père, ni ma mère n’en parlaient. Ils étaient communistes. Mon père avait sa carte d’ancien combattant, et était très estimé par ses compagnons et par ceux du Parti. C’est tout ce que je sais. Et, enfant, combien j’ai souffert de cette ignorance ! S’ils n’avaient rien à cacher, pourquoi n’en parlaient-ils jamais ?

 

La guerre n’était pas terminée, mon père, toujours convaincu de l’avenir du tourisme, se lançait dans une nouvelle aventure. Il achetait un autobus d’occasion, passait son permis " transport en commun " et tentait d’ouvrir une nouvelle ligne vers Bordeaux. Fiasco total. Il abandonnait assez vite ce projet.

 

Une opportunité leur fit " prendre " deux magasins mitoyens dans Bordeaux même. Maman vendait des fleurs, Papa tenait l’épicerie... Entreprise bien hasardeuse dans l’après-guerre. D’autant qu’un imprévu de taille ( 5 kg 250) venait perturber leurs projets. Moi.

Je devais avoir trois ou quatre ans quand ils firent faillite. Nouveau déménagement. Au fin fond de l’Aquitaine. Travail de manœuvre dans une papeterie pour mon père. Femme au foyer pour ma mère. Toujours dignes. Toujours fiers. Ce fut sans doute très très dur pour eux. L’argent était rare. Mais je n’ai jamais ressenti la misère. Je n’ai jamais eu faim. Le début des combats syndicaux.

 

Et dans cette après-guerre qui se prolongeait, les syndiqués n’étaient pas bien vus. Les syndicats peu puissants dans les petites entreprises. Mon père fut viré, à la première occasion. Nouveau déménagement. 250 kilomètres plus loin. Retour à la menuiserie. Accident du travail, main touchée. Réorientation. Chauffeur routier. Les luttes syndicales continuent. Les licenciements aussi. Mise à l’index. Liste rouge. Au sens propre. Longue période de chômage, vrai galère. Misère. Je n’ai jamais eu faim. Ma mère était là.

 

Enfin une éclaircie. Une relation de mon père lui offre l’opportunité d’être embauché malgré son âge dans La Société Nationale des Pétroles d’Aquitaine (SNPA, future Elf...). Elle vient de découvrir le gisement du gaz de Lacq, en Béarn. Une aventure industrielle gigantesque commence. Nous la vivrons de l’intérieur. Nouveau déménagement.  J’ai dix ans.

(à suivre)

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Jeudi 29 novembre 2007 4 29 /11 /Nov /2007 17:54

Juin 1984. Je suis en train de travailler tranquillement à mon bureau. Seul. Un dossier complexe à rédiger, mais comme d’habitude, je pinaille, je tourne en rond, je tergiverse... Je le sais déjà, il faudra que j’attende d’avoir le couteau sous la gorge, vingt-quatre heures avant de livrer le document au client, pour qu’enfin, d’un coup, les idées se mettent en place, l’inspiration vienne, la conception tarabiscotée du futur système informatique apparaisse comme une évidence, et que, d’un jet, je produise le document tant attendu... Jusque là, ratures, schémas incompréhensibles, frappe désordonnée dont je ne garderai qu’une ligne ou deux sur la dizaine de pages. Après avoir fait la chasse aux " oranges pas chères " (phrases inutiles), comme dit mon patron et maître...

 

Le téléphone sonne. Ma sœur. Moment de surprise. Elle ne m’a jamais téléphoné au boulot. D’ailleurs, elle n’a pas le numéro. Il a fallu qu’elle se le procure. Que se passe-t-il ? Ma sœur a l’art de se plaindre et de crier à la catastrophe pour les touts petits ennuis quotidiens. Mais elle a sa voix grave et lasse des mauvais jours. C’est grave.

 

  •  

  • - " Papa a passé des examens à Bordeaux. Je viens d’avoir le Professeur au téléphone. C’est grave. Cancer des poumons, il est condamné. "
  •  

 

Elle ne geint ni ne gémit. C’est donc vraiment très grave.

Je lui demande les coordonnées de ce Professeur, et je l’appelle à mon tour...

 

  •  

  • - " Votre père a été orienté vers moi beaucoup trop tard. Les deux poumons sont pris. Je ne peux rien faire. Pas d’opération possible. Nous allons l’accompagner de notre mieux.
  •  

     

  • - Vous est-il possible de faire un pronostic vital ?
  •  

     

  • - Trois à six mois. Six mois grand maximum... "
  •  

 

Papa est mort le jour de Noël de la même année. Pile six mois après mon coup de téléphone...

 

Il n’a jamais prononcé le mot " cancer ". Il était malade, mais il allait se défendre... Et qu’on lui fiche la paix ! Il continuerait tranquillement à vivre chez lui... Il est resté seul dans sa maison jusqu’au dernier mois. Enfin, seul... Pas tout à fait.

D’abord les circonstances familiales ont fait que toute ma famille maternelle vit dans la même rue, au touche à touche. Notre ancêtre avait fait une maison pour chacun des enfants dans un champ qui est maintenant... en plein centre ville. Mes tantes, mes cousins et cousine étaient là, à deux pas. Et les traditions familiales, assez tribales, faisaient qu’on ne frappe pas avant d’entrer. Chacun était chez lui, chez l’autre... Les choses ont changé depuis...

Et mon cher père, à soixante-quinze ans passés, avait également une maîtresse... La veille de sa mort, il me disait de me méfier des femmes, sa maîtresse en titre ne lui ayant pas téléphoné depuis son hospitalisation... (Il ne saurait jamais que la brave dame avait eu un accident en allant le voir à l’hôpital et qu’elle était alitée à l’étage au-dessus de celui qu’il avait quitté pour venir nous retrouver... Destin...)

Quand il s’est senti trop faible, il a pris sa voiture et est allé chez le médecin. Ce dernier a paniqué en le voyant arriver... Il lui fallait la route entière pour lui tout seul... Mais il s’est déplacé en consultation. Pas question d’une visite à domicile ! Non, mais...

Le toubib a appelé une ambulance, et direction l’hôpital de Bordeaux... Où mon père s’est morfondu pendant quinze jours. Mais à l’approche de Noël, pas question de rester ainsi seul dans une chambre d’hôpital ! Il a fait une vie pas possible. Engueulé les toubibs. Signé toutes les décharges qu’on voulait. Et s’est fait conduire en ambulance chez ma sœur.

Papa001.jpg


Cette dernière a eu très peur en le voyant arriver. Il y avait de quoi. Méconnaissable. Un squelette vivant. Lui, si.... enrobé auparavant.












Elle m’a téléphoné. Le soir même je prenais le train pour la rejoindre. Mon frère aussi venait comme prévu en vacances. Pendant dix jours Papa a survécu, entouré de ses trois enfants. Le jour de Noël nous l’avions installé dans un fauteuil devant la cheminée. Nous étions tous là. C’est ma sœur qui s’est rendu compte qu’il était tombé dans le coma. Médecin. Ambulance. Nous avons pu le reconduire chez lui, à 150 kilomètres, où il s’est éteint une paire d’heures plus tard. Chez lui. Dans son lit. Comme il le souhaitait. J’étais venu avec l’ambulance. J’étais seul. Mon frère et ma sœur arrivaient, le temps de s’organiser. Seul. Avec quand même une cousine ancienne infirmière pour la toilette mortuaire. Seul pour tout préparer, pour tout prévoir...

Est-ce un pur concours de circonstances, un pur hasard, si c’était moi, le mal aimé, qui lui ai fermé les yeux ? On pourrait le penser. J’étais seul et libre. (Monique me rejoindrait plus tard avec les enfants, après avoir de son côté enterré une tante, la femme de son parrain...) Mon frère et ma sœur avaient leur famille à gérer...

Mais il y a des hasards auxquels je ne crois pas...

(à suivre)

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La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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