Mardi 4 mars 2008
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Quand j’étais tout petit, j’avais été profondément troublé par ce petit lapin, tout gris, tout ordinaire, qui brusquement,
la mauvaise saison arrivant, se transformait en un magnifique lapin des neiges immaculé. Enfin, il s’intégrait parfaitement dans la nature, et devenait invisible. Le blanc. La pureté. Le lapin.
La douceur et la tendresse. La discrétion. Summum de l’élégance. Tout le monde l’aimait. Pour ce qu’il était. Pour ce qu’il représentait. Mais lui… Il était aimé parce que. Et
je savais qu’il aurait voulu être aimé bien que…
Il y a bien longtemps, dans un autre temps où j’étais encore jeune… Avant les événements qui allaient faire exploser ma
vie… Au fil de mes butinages en quête d’aventures, j’avais lié sympathie avec un groupe de jeunes qui traînaient dans les allées du Centre Commercial. J’étais accueilli comme un pote, et ils
ignoraient ostensiblement le but de mes balades. Deux ou trois surent simplement profiter de mon besoin de tendresse… Sans autre conséquence. L’objet essentiel de leur préoccupation était bien
entendu « les filles »… L’un de ces tout jeunes adultes était d’une beauté à couper le souffle. Éphèbe gracieux et non gracile, athlétique, vif et nerveux, sensuel, il se trouvait
souvent au centre du cercle… Un jour où il se lamentait plus que d’habitude sur les difficultés pour « lever une nana » (ce n’était pas encore des meufs…) j’ai voulu un peu le moucher
en affirmant qu’avec sa petite gueule, quoi qu’il dise, il ne devait pas avoir beaucoup de mal… Je fus submergé par une agressivité désespérée. Il explosait littéralement, m’accusant de
« m’y mettre aussi »… Les filles ne voyaient en lui qu’un petit mignon, et ne parlaient de rien d’autre… Il ne supportait pas d’être ravalé au rang de joli bibelot… Estomaqué, je
réalisais réellement pour la première fois, combien il pouvait être difficile d’être aimé parce que. Comme il eut été doux pour lui de l’être bien que.
Ces jours derniers, je parlais avec une de mes nièces préférées de ma difficulté à accepter d’éveiller l’intérêt de jeunes
gérontophiles, parce que j’avais l’aspect débonnaire d’un gros nounours enrobé… Elle s’insurgeait ! Et si je me décidais enfin à accepter que l’on s’intéresse à moi tel que j’étais…
Que je cesse de vouloir le beurre et l’argent du beurre… Je n’ai pas su lui dire que je n’aimais pas parce que et que je préférais bien que…
Tout à l’heure, la nuit était tombée, j’avais stationné mon véhicule près d’un certain croisement au bord du Rhône… Je
pensais à ce billet, le construisant patiemment. Soudain un énorme rat se mit à trottiner au milieu de la chaussée. Un bon trois ou quatre kilos ! Immonde. Ses minuscules pattes se
démenaient à grande vitesse pour trimbaler sa lourde carcasse bossue et sa longue queue inutile qui traînait derrière lui. J’ai démarré. Avec la ferme intention de bien viser le repoussant
nuisible. J’ai arrêté le moteur. N’aurait-il pas droit, lui, au bien que ?
L’une de mes premières découvertes en abordant le monde virtuel, fut son obsession du paraître et de l’illusoire. A croire
que personne dans cet univers ne s’acceptait tel que… J’ai appris très vite à tenir pour nulles et non avenues les allusions à un aspect physique. De la belle gueule au braquemart
fantasmagorique, des plaquettes de chocolat aux biceps d’haltérophile… Par réaction peut-être, je m’acharnais, moi, à me décrire de la façon la plus crue et la moins ragoutante possible… Un jour
peut-être, mettrai-je ici un texte écrit pour refroidir les ardeurs d’un admirateur trop enthousiaste… Explicite.
Une phrase du billet précédent, écrite spontanément, m’a surpris et éveillé mes interrogations après coup. Oui, je pense
effectivement avoir essayé de développer des sens nouveaux, et, comme un aveugle, à avoir prudemment mais avec persévérance développé de nouvelles façons de percevoir et acquis de nouvelles
sensations… Dans la vie de tous les jours, nous sommes englués dans le paraître. Nos sens et notre affectif réagissent d’abord à ce que nous offre la vue. Il faut du temps (ou un œil d’artiste)
pour percevoir dans un paysage à couper le souffle le détail charmant ou anachronique qui en fait ce qu’il est. Il faut du temps (ou l’aide d’un écrivain) pour dépasser la beauté ou la laideur
d’un personnage pour atteindre son âme…
Pourquoi en serait-il différemment sur la toile ?
Les hasards de ce blog m’ont amené à établir une relation privilégiée et intense avec un jeune blogueur qui, au travers de
ses écrits, véhiculait tous les fantasmes de la gaytitude… Jeune, sportif de haut niveau, mince et nerveux, sensuel, sexuel, carnassier… Et intelligent, fin, racé, troublant, affectif, émotif,
rare.
Je n’ai aucun mérite. Là où d’autres ne voyaient qu’un jeune mâle excitant et trop parfait pour être honnête (les doutes,
quel délire !) je ne percevais qu’une personnalité attachante, avec une forte demande affective, une tristesse incompréhensible, une sensibilité exacerbée, un besoin d’amour à donner et à
recevoir, une maturité exceptionnelle qui ne pouvait s’expliquer que par un vécu douloureux mais riche, une âme rare, une intelligence hors norme. Et le tout englué dans des doutes. Mon problème
n’était pas de parvenir à toucher une image fantasmée et totalement inaccessible. C’était de trouver la bonne clef qui ouvrirait la bonne porte. Pour laisser passer sans contrainte mon rayon de
soleil…
L’huis s’est entrouvert. Ma toute nouvelle voiture m’aurait permis de faire le tour de l’Europe…. J’ai rejoint la main
tendue. Et trouvé la personnalité attachante, le besoin de donner et de recevoir, la tristesse, la sensibilité, la maturité, le vécu, la belle âme, l’intelligence bluffante. Et les doutes. Et
j’ai su que je pouvais être utile. En offrant mon amour-amitié, non pas parce que, mais bien que…